Le Croissant-Rouge libyen a procédé au ramassage de deux corps sur une plage de Sabratah, le 28 février 2022. Crédit : Twitter @rgowans / Croissant-Rouge libyen
Le Croissant-Rouge libyen a procédé au ramassage de deux corps sur une plage de Sabratah, le 28 février 2022. Crédit : Twitter @rgowans / Croissant-Rouge libyen

Le 27 février, environ cinquante migrants sont morts après le naufrage de leur embarcation, au large de la ville libyenne de Sabratah, a indiqué l'ONG Alarm Phone. Une douzaine de corps ont déjà été retrouvés sur les plages de la ville.

Nouveau drame en Méditerranée. Le 27 février dernier, un bateau a fait naufrage au large de la ville libyenne de Sabratah, à l’ouest de Tripoli. "Environ 50 personnes avaient pris place à bord de l’embarcation, aucune n'a survécu", a indiqué Alarm Phone sur son compte Twitter. Le collectif affirme également que "plus d'une douzaine de corps se sont échoués sur les côtes libyennes depuis".

Du 1er au 3 mars, le Croissant-Rouge libyen a publié des photos sur les réseaux sociaux montrant ses équipes ramasser des corps dans le sable et les rochers, et les transporter dans de grands sacs en plastique. D’après le compte Twitter Migrant Rescue Watch, proche des garde-côtes libyens, tous ont été emmenés au commissariat de Sabratah pour "effectuer les procédures légales en vigueur". En trois jours, sept corps au total ont été récupérés.

Un réfugié soudanais installé en Libye contacté par InfoMigrants a confirmé avoir vu, quant à lui, six corps sur une plage de Sabratah, le 28 février. Il a posté des photos des cadavres sur son compte Twitter.

Caroline Gluck, du Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR), a confirmé que des corps avaient bien été retrouvés à cet endroit. Mais la porte-parole installée en Libye n’a pas pu donner d’informations supplémentaires à InfoMigrants sur ce naufrage. L’Organisation internationale des migrations (OIM) non plus.

Deux femmes et un bébé parmi les cadavres

La Libye est devenue en quelques années une voie privilégiée pour les migrants cherchant à rejoindre l'Europe. C’est depuis ses côtes que des dizaines de milliers d’entre eux prennent la mer, malgré les dangers. Si certains parviennent à gagner l’Italie ou l'île de Malte, beaucoup ne survivent pas à la traversée. Fin décembre, 28 corps de migrants, dont deux femmes et un bébé, avaient été retrouvés sur les plages d’Al-Alous à 120 kilomètres à l’ouest de la capitale Tripoli.

Quelques jours plus tôt, le 21 décembre, Flavio Di Giacomo, porte-parole de OIM, avait annoncé la mort, dans deux autres naufrages, de 163 personnes au large du pays. Le premier s’était produit le 17 décembre : 102 personnes avaient perdu la vie en mer au large de Surman, à l’ouest de Tripoli. Le lendemain, 61 corps avaient été retrouvés sur un canot intercepté par les garde-côtes libyens, là encore, au large de Sabratha.

À cette date, 1 508 personnes étaient mortes dans les eaux de la Méditerranée centrale, contre 999 en 2020.

>> À (re)lire : Méditerranée : 163 migrants meurent au large des côtes libyennes

Une autre partie des exilés qui prennent la mer sont interceptés par les garde-côtes libyens, bien malgré eux. Car avec la prise en charge des autorités libyennes commence aussi pour les migrants un véritable calvaire. Jetés dans les geôles du pays, les rescapés y subissent torture, viols, et extorsions.

Pour échapper à ce qu’ils décrivent comme "un véritable enfer sur terre", certains tentent d’échapper à une interception. Avec, parfois, de terribles conséquences. Dans la nuit du 18 au 19 février, un migrant est mort, après avoir été visé par des tirs des garde-côtes libyens. Et en janvier déjà, le navire humanitaire Louise Michel avait été témoin de coups de feu tirés par les Libyens sur un passager qui tentait de leur échapper en sautant à l’eau. Le bateau n’avait pas retrouvé l’homme visé par les tirs.

"Un bateau chancelant"

Certains exilés sont plus chanceux, et sont secourus par les navires humanitaires qui patrouillent dans la zone. Dans la nuit du 5 au 6 mars, le Geo Barents de Médecins sans frontières a porté secours à une embarcation de migrants dans la SAR zone maltaise. "Après 6 heures de recherche dans l'obscurité et le mauvais temps, nous avons finalement atteint un bateau chancelant avec 31 personnes terrifiées à bord", écrit l’ONG sur son compte Twitter.

"Le bateau prenait déjà l'eau quand nous sommes arrivés, et il a chaviré alors que des gens étaient encore à bord, raconte Caroline Willemen, coordinatrice du projet MSF, à bord. Nous avons pu tous les secourir, mais qu’en serait-il si nous étions arrivés quelques heures plus tard ?".

La veille, le Geo Barents avait déjà sauvé les 80 passagers d’un canot pneumatique qui dérivait en mer. Parmi eux, des femmes et des enfants, dont six âgés de moins de 4 ans. Le même jour, 28 personnes dont dix mineurs ont été secourus par un autre navire, l’Open Arms, au large de la Libye. Pour l'ONG, "bien que l'incertitude quant à leur avenir continue d'envahir leurs pensées, la seule chose qui compte, c'est qu'ils soient vivants".

La rédaction tient à rappeler que les navires humanitaires (Ocean Viking, Sea Watch, Mare Jonio...) sillonnent une partie très limitée de la mer Méditerranée. La présence de ces ONG est loin d’être une garantie de secours pour les migrants qui veulent tenter la traversée depuis les côtes africaines. Beaucoup d’embarcations passent inaperçues dans l’immensité de la mer. Beaucoup de canots sombrent aussi sans avoir été repérés. La Méditerranée reste aujourd’hui la route maritime la plus meurtrière au monde.

 

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