La police des frontières contrôle les camions à la recherche d’éventuels migrants. Crédit : Picture alliance
La police des frontières contrôle les camions à la recherche d’éventuels migrants. Crédit : Picture alliance

Vingt-quatre hommes sont jugés depuis jeudi par le tribunal de Rennes. Ils sont soupçonnés d'appartenir à un réseau de passeurs faisant transiter des migrants de la France vers le Royaume-Uni à bord de poids lourds. En deux ans, environ 10 000 exilés ont été pris en charge par la filière, qui aurait engrangé quelque 70 millions d'euros.

Depuis jeudi 10 mars, 24 personnes soupçonnées de faire partie d’un trafic de migrants de la France vers l'Angleterre sont jugées devant le tribunal de Rennes, dans le nord-ouest. Selon les enquêteurs, le réseau tenu par des Kurdes d’Irak utilisait comme points névralgiques des aires d’autoroutes du centre du pays pour brouiller les pistes, loin des campements du littoral du nord de la France.

La présidente du tribunal a évalué à quelque 70 millions d’euros le montant collecté par la filière entre 2018 et 2020 et à environ 10 000 le nombre de migrants pris en charge, dont des enfants.

Des passages entre 6 000 et 11 000 euros

Les exilés, pour la plupart Kurdes, étaient d’abord orientés vers la région de Dunkerque (nord), où ils étaient mis en relation avec des passeurs. Ces derniers les dirigeaient ensuite vers des squats de fortune ou des "zones d’attente" dans le centre (des appartements, une scierie abandonnée ou encore une caravane).

Le jour de leur passage vers le Royaume-Uni, les migrants étaient appelés par des hommes encagoulés qui les faisaient embarquer de nuit à bord de poids lourds stationnant sur des aires d’autoroute. Certains montaient dans des camions réfrigérés au péril de leur vie.

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Les trafiquants proposaient deux "formules". La première consistait à monter dans des véhicules à l’insu des chauffeurs en échange d’environ 6 000 euros. La seconde, qualifiée de "VIP" ("Intifakir" en kurde), leur permettait d’embarquer dans un camion avec la complicité des chauffeurs, la plupart originaires des pays de l’Est, moyennant 8 000 à 11 000 euros.

"Guerres de territoire"

Très structurée, la filière utilisait un nombre important de véhicules, ainsi que des armes. Une base arrière était située aux Pays-Bas. Les passeurs accédaient aux aires d’autoroute en faisant des trous dans le grillage.

Pour se faire payer, ils avaient recours à la "hawala", un système de paiement traditionnel informel, en dehors du circuit bancaire.

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"Le caractère très lucratif de cette activité a donné lieu à des guerres de territoire, les aires d’autoroute étant devenues des enjeux entre passeurs", allant jusqu’au meurtre, a précisé la présidente du tribunal.

À la barre, les prévenus, âgés de 22 à 53 ans, ont rejeté toute implication dans l’organisation de ce trafic. Ils encourent 10 ans de prison.

 

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