Des réfugiés fuyant l'Ukraine arrivent à la station centrale de Berlin, depuis la ville polonaise de Przemysl, le 11 mars 2022. Crédit : Reuters
Des réfugiés fuyant l'Ukraine arrivent à la station centrale de Berlin, depuis la ville polonaise de Przemysl, le 11 mars 2022. Crédit : Reuters

Alors que les combats continuent en Ukraine, et se sont approchés de la frontière polonaise dimanche 13 mars, la population civile continue à fuir. Par le biais de la Pologne, beaucoup cherchent à trouver refuge notamment en Estonie, en Allemagne - où Berlin fait face à un afflux de réfugiés dépassant la vague de 2015 - ou en Israël. L’État hébreu a notamment dû alléger les critères d’accueil après une polémique sur la "loi du Retour".

21 UKRAINE / REF / POLOGNE _Enrobé Les combats se rapprochent / fuite vers la frontière 7H


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Emmitouflés dans des manteaux chauds, ils font la queue pour monter dans un bus, beaucoup de femmes, d’enfants, fatigués, avec des larmes coulant sur les visages : ces Ukrainiens viennent de traverser à pied le poste frontière de Medyka en Pologne, pour se mettre à l’abris des combats qui s’intensifient chaque jour un peu plus en Ukraine, rapporte notre envoyée spéciale à la frontière ukraino-polonaise, Murielle Paradon.

Tanya une jeune psychologue de 25 ans, a préféré partir avec son jeune frère tant qu’il en était encore temps : "Nous arrivons de Ternopil, mais normalement nous habitions à Kiev. A Kiev la situation est effrayante, les gens ne peuvent plus vivre en sécurité. C’est pourquoi j’étais partie dans l’ouest de l’Ukraine. C’est calme maintenant, mais et demain ? Nous ne pouvons rien prédire."

Julia, accompagnée de sa fille de 10 ans, vient de la banlieue de Kharkiv. Quitter sa vie et sa famille a été un déchirement pour les deux : "Ça a été dur pour elle. Elle ne voulait pas quitter ses grands-parents, ses amis, son école. Moi non plus, je ne voulais pas partir, je ne veux pas être une réfugiée. C’est le pire voyage de ma vie."

>> À (re)lire : Pologne: les réfugiés d’Ukraine continuent d’affluer jour après jour

Julia et Tanya montent dans un bus sous le contrôle de l’armée polonaise. Elles comptent trouver refuge chez des amis, en Estonie et en Allemagne, entre autres, en attendant : elles espèrent de retourner très vite dans leur pays.

La ville de Berlin, dépassée par l’afflux de réfugiés, demande de l’aide à l’État allemand

À Berlin, environ 10 000 réfugiés ukrainiens arrivent chaque jour en train, en bus ou en voiture, alors qu’en 2015, le nombre moyen de migrants arrivant de Syrie dans la capitale allemande chaque jour était d’un millier environ. La capitale est confrontée aujourd’hui à une situation inédite, doit réagir dans l’urgence et demander l’aide d’autres régions et de l’État fédéral, rapporte notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut.

"Nous sommes dépassés par la situation" : la mairesse de Berlin, Franziska Giffey, d’ordinaire toujours le sourire aux lèvres, reconnait que l’heure est grave. La gare centrale de Berlin s’est rapidement transformée en centre d’accueil improvisé avec de nombreux volontaires distribuant de la nourriture, aidant les réfugiés, proposant un hébergement privé. 300 000 lits ont été proposés, et des organisations caritatives s’activent jour et nuit.

La municipalité tablait avant l’invasion russe sur 20 000 réfugiés : plus de 100 000 sont sans doute arrivés jusqu’à présent. Face à l’afflux, la ville organise dans l’urgence des centres d’hébergement, notamment sous une tente devant la gare, dans des halles de la foire, sur le site de l’ancien aéroport de Tegel. D’autres régions sont appelées à l’aide, et des bus y transportent des réfugiés, s’ils l’acceptent.

Mais les grandes villes où vivent de plus grandes communautés ukrainiennes sont plus attractives pour les réfugiés. D’après les règles de répartition entre les régions, Berlin ne devrait accueillir que 5% des nouveaux arrivants. Mais la ville, qui n’avait pas brillé pour la prise en charge des réfugiés syriens en 2015, doit aujourd’hui supporter un poids bien plus lourd et se sent abandonnée, alors que la tâche à surmonter a une ampleur nationale.

Israël assouplit les conditions d’accueil des Ukrainiens après la polémique sur la "loi du Retour"

De l’autre côté de la méditerranée, Israël a également dû revoir ses paramètres d’accueil des réfugiés Ukrainiens, mais aussi de Russie, après un débat au sein du gouvernement. Alors que l’État hébreu avait d’abord adopté une position dure sur les critères imposés aux arrivants qui ne répondent pas aux paramètres de la loi du Retour, le gouvernement a dû tout revoir à la baisse et accueille désormais les bras ouverts les réfugiés, qu’ils soient juifs ou non.

Naftali Bennett, le chef du gouvernement israélien ne se prononce pas sur la question. Pour le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, Israël a le devoir moral d’accueillir les réfugiés ukrainiens. Et la ministre de l’intérieur Ayelet Shaked qui a opté pour une position dure face ce problème a été mise en minorité au sein de son propre gouvernement. Après avoir proposé des quotas très sévères et menacé d’expulsions les réfugiés, elle a fait volte-face dimanche 13 mars au soir, rapporte notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul.

Israël, rappelle-t-elle, est avant tout "le foyer national du peuple juif", mais les autres personnes seront autorisées à entrer sur le territoire dans le cadre "de certaines limitations", ajoute-t-elle désormais. En d’autres termes, les réfugiés répondant aux paramètres de la "loi du Retour", de religion juive mais aussi les membres de leurs familles qui ne le sont pas, pourront obtenir dès leur arrivée la nationalité israélienne.

Aucun quota ne sera désormais imposé pour les réfugiés ayant des membres de leur famille, même éloignés, en Israël. De manière générale, indique-t-on, Israël accueillera chaleureusement tous les arrivants. D’ici la fin du mois, 15 000 juifs ukrainiens sont attendus, cela en plus des 5 000 déjà arrivés. L’allègement des critères pourrait inciter des dizaines de milliers de réfugiés à se rendre en Israël.

 

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