Mahmoud vient d’Alep. Il rêve d’obtenir l’asile en Europe et de faire venir sa femme et ses enfants. Crédit : Noé Pignède/RFI
Mahmoud vient d’Alep. Il rêve d’obtenir l’asile en Europe et de faire venir sa femme et ses enfants. Crédit : Noé Pignède/RFI

En Syrie, les révolutionnaires célèbrent, ce mardi 15 mars, les 11 ans du début du mouvement de contestation contre Bachar el Assad. Onze ans plus tard, la guerre et la crise économique continuent de pousser les Syriens sur les routes de l’exil. Rencontre avec certains d'entre eux, venus tenter leur chance à Chypre.

SYRIE/CHYPRE _Enrobé 11 ans de la guerre en Syrie, le regard des Syriens de Chypre


De notre envoyé spécial à Chypre, Noé Pignède

Sur l’île de Chypre, à une cinquantaine de kilomètres des côtes syriennes, des dizaines d’exilés arrivent chaque jour sur des embarcations de fortune. Mahmoud, 30 ans a quitté Alep il y a deux mois. "Moi, je suis parti à cause de la pauvreté. Et je veux continuer mes études. Mais le régime voulait me forcer à rester huit ans à l’armée. Je refuse de me battre contre mes compatriotes".

Mahmoud décrit une Syrie devenue invivable, où les pénuries d’eau, d’électricité et de nourriture sont quotidiennes. Alors après 11 ans de guerre, il a préféré prendre la mer au péril de sa vie. Une traversée que nous raconte Habib, la vingtaine : "C’était le voyage de la mort. On est resté quatre jours en mer. Le moteur a fini par lâcher. On regardait le soleil se coucher, la lune se lever. Et rien. Nous étions entourés d’eau. On avait perdu l’espoir de rejoindre la terre ferme".


Une allée du camp de Pournara. Ce centre de rétention est conçu pour accueillir 1 200 exilés, ils sont aujourd’hui 2 500. Crédit : Noé Pignède/RFI
Une allée du camp de Pournara. Ce centre de rétention est conçu pour accueillir 1 200 exilés, ils sont aujourd’hui 2 500. Crédit : Noé Pignède/RFI


Une fois arrivé à Chypre, ces Syriens posent le pied en Europe, le "continent des droits de l’Homme", comme ils l’appellent. Mais ils sont tous enfermés dans un centre de rétention insalubre. Fahed, la cinquantaine, laisse éclater sa colère : "Ce camp, c’est le pire camp du monde. J’ai peur de mourir. Si j’avais su, je ne serais jamais venu. J’ai tout quitté pour venir : ma famille, mes enfants. Mais en fait, ici, c’est pire que chez nous".

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Aujourd’hui, tous ces exilés syriens ont les yeux rivés sur les images des vagues de déplacés venus d’Ukraine, accueillis en Union européenne. Et tous posent la même question : "Pourquoi sommes-nous traités différemment ? Nous aussi, nous fuyons la guerre !"

 

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