Des policiers britanniques examinent un camion frigorifique où 39 cadavres ont été découverts, près de Londres, le 23 octobre 2019. Crédit : Reuters
Des policiers britanniques examinent un camion frigorifique où 39 cadavres ont été découverts, près de Londres, le 23 octobre 2019. Crédit : Reuters

Un homme de 28 ans a écopé, lundi, de trois ans et dix mois de prison par une cour britannique, dans l'affaire du camion charnier de 2019. C'est lui qui était chargé de récupérer en Angleterre les migrants vietnamiens en provenance de Belgique. Quelques heures après la découverte des 39 corps, il avait fui et quitté le pays.

Nouvelle condamnation dans l’affaire du camion charnier. Un homme de 28 ans a été condamné, le 21 mars, à trois ans et dix mois de prison par la cour de l’Old Bailey, à Londres. Ce ressortissant roumain, qui avait plaidé coupable, était chargé de récupérer en Angleterre les migrants vietnamiens dans sa camionnette. Mais quelques heures après la découverte macabre des 39 corps à l’arrière d’un camion, le 23 octobre 2019, dans une zone industrielle de l’est de Londres, il avait quitté le Royaume-Uni par le port de Douvres. En juin 2021, il a finalement été arrêté en Italie, près de Milan, puis extradé au Royaume-Uni en septembre dernier.

La condamnation de Stefan D. suit celle prononcée en janvier dernier contre un Vietnamien de 45 ans, Vo Van Hong. Reconnu coupable par la justice belge d'avoir dirigé "une organisation criminelle", il a écopé d'une peine de 15 ans de prison et d'une amende de près d'un million d'euros. Le trafiquant avait permis le passage clandestin vers le Royaume-Uni d'un total de "115 personnes", identifiées entre septembre 2018 et mai 2020, date de son arrestation. Lors du procès, le parquet s’est dit "convaincu" de son rôle de "leader de la cellule belge", ce dont l’accusé s’était vivement défendu. Il avait affirmé être lui-même "une victime" de l’organisation.

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Au total 23 personnes, principalement des Vietnamiens ou bien des Belges d'origine vietnamienne, ont été jugées lors du même procès, démarré en décembre 2021 devant le tribunal correctionnel de Bruges. Parmi elles, les propriétaires des planques, les "intendants" chargés des besoins quotidiens dans la région de Bruxelles, ou encore les chauffeurs de taxis. Ces complices avaient, tout comme Vo Van Hong, nié leur implication dans ce réseau.

D'après le bon de commande, des "biscuits vietnamiens"

Un an plus tôt, un transporteur routier nord-irlandais de 41 ans, et un autre ressortissant roumain de 43 ans, accusés d’être les organisateurs du trafic, avaient été condamnés à 20 et 27 ans de prison pour homicides involontaires et trafic de migrants. Le chauffeur qui conduisait le camion au moment de la découverte des corps, a quant à lui été condamné à 13 ans et quatre mois d’emprisonnement. Et un autre conducteur, qui avait acheminé la remorque jusqu’au port belge de Zeebruges, a été condamné à 18 ans de prison. Il avait affirmé ignorer la présence des migrants à son bord.

Au total, sept hommes avaient été condamnés lors de ce procès, à Londres. Les membres du réseau acheminaient officiellement vers les îles britanniques "des biscuits vietnamiens", d'après le bon de commande qui avait trompé la vigilance de la douane belge à Zeebruges.

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Cette tragédie avait suscité une émotion planétaire. Nombre des victimes étaient originaires d'une région pauvre du centre du Vietnam, où les familles s'endettent pour des milliers de dollars afin d'envoyer l'un des leurs au Royaume-Uni.

Pour rejoindre le pays, les candidats à l'exil "vendent tout ce qu'ils ont", "maisons", "terrains", "petites exploitations agricoles", expliquait quelques semaines après le drame Georges Blanchard, fondateur de l’ONG Alliance Anti Trafic, sur RFI. Pour partir, ces personnes "engendrent aussi une dette, qu'ils pensent rembourser en partant à l'étranger. En 2013, le coût d'un exil pour le Royaume-Uni revenait à 700 millions de dongs, soit 30 000 euros".

Des sommes qu'avaient déboursées les victimes du camion charnier. Ces aspirants à une vie meilleure, 31 hommes et huit femmes, âgés de 15 à 44 ans, sont tous morts d’asphyxie et d’hyperthermie.

 

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