Pour leur sécurité, les raisons de la fuite de la famille iranienne sont tenues secrètes | Photo : Picture-alliance
Pour leur sécurité, les raisons de la fuite de la famille iranienne sont tenues secrètes | Photo : Picture-alliance

Les autorités allemandes viennent d’expulser une mère iranienne et sa fille de 13 ans. Le mari et père de l’adolescente, également menacé d'expulsion, se retrouve désormais seul en Allemagne, confronté au choix de rentrer à son tour en Iran.

La vie de Shirin*, 13 ans, vient de basculer. L’adolescente allait au collège dans la ville de Büdingen, près de Francfort. Ses parents avaient du travail et leur propre appartement. Voilà plus de dix ans que cette famille iranienne vivait en Allemagne.

Mais la semaine dernière, le 16 mars, la police allemande est venue arrêter Shirin et sa mère pour les obliger à prendre le prochain vol à destination de l’Iran, un pays que la famille avait fui avant même que Shirin ne sache marcher.

Arrivée à Téhéran, l'adolescente a pour la première fois été contrainte de porter un foulard. Pour l'instant, sans aucun moyen de subsistance, la jeune fille et sa mère sont hébergées chez le grand-père de Shirin, qui vit de sa pension de retraite.

A (re)lire également : La nouvelle solidarité européenne envers les réfugiés

Le père de Shirin, Farid*, est toujours en Allemagne. Il a été placé sur un autre vol d'expulsion. Lors de vols commerciaux, les compagnies aériennes peuvent en effet limiter le nombre d’expulsés par vol. Il arrive ainsi que les membres d’une même famille soient séparés au moment de leur renvoi.

Selon Timmo Scherenberg, qui dirige le Conseil des réfugiés de Hesse, une région dans l’ouest de l’Allemagne, Farid se retrouve actuellement dans une impasse. "Il ne se soucie pas de son propre sort. Il veut simplement que sa fille ait une belle vie et puisse grandir en Allemagne", a expliqué Timmo Scherenberg à InfoMigrants.

Mais même s'il parvenait à rester en Allemagne en débit de sa menace d'expulsion, Farid devra attendre des années avant d’espérer faire revenir sa famille. Shirin et sa mère sont notamment interdites d'entrée en Allemagne pendant une période de deux ans, au nom d’un règlement qui s’applique aux personnes ayant été expulsées de force.

S'il veut revoir sa famille, la meilleure option pour Farid reste de quitter volontairement l'Allemagne pour retourner en Iran. "C'est le calcul cynique des autorités", estime Timmo Scherenberg. "Elles se disent qu’en expulsant deux membres de la famille, le troisième suivra de lui-même."


Une femme passe devant un portrait de l’Ayatollah Khomeini à Qom en Iran | Photo : Sobhan Farajvan/Pacific Press/picture-alliance
Une femme passe devant un portrait de l’Ayatollah Khomeini à Qom en Iran | Photo : Sobhan Farajvan/Pacific Press/picture-alliance


Rien que dans la région de Hesse, quelque 15.000 personnes sont sous la menace d'une expulsion. La famille de Shirin, dont la dernière demande d’asile a été rejetée, figurait sur cette liste depuis plusieurs années. Selon Timmo Scherenberg, la famille n’a pas obtenu de protection par manque d’assistance et de conseils juridiques, alors que la Hesse ne met à disposition aucune aide juridique en matière de droit d’asile.

"Les autorités devraient être obligées de proposer ce type de conseils lorsqu'elles constatent qu'une personne est en situation irrégulière depuis dix ans et qu'elle remplit les conditions requises pour obtenir un permis de séjour", affirme le directeur du Conseil des réfugiés de Hesse. Celui-ci appelle à la suspension des expulsions des demandeurs d’asile déboutés n’ayant pas eu de réelle chance de prouver leur droit de rester en Allemagne.

Ce moratoire a déjà été appliqué dans certaines régions d'Allemagne, mais jamais en Hesse.

Aussi, ailleurs qu’en Hesse, une série d’exécutifs régionaux ont d’ores et déjà décidé de mettre en œuvre un projet du nouveau gouvernement de coalition, qui consiste à accorder un droit de séjour temporaire à ceux qui vivent en Allemagne sans statut légal depuis au moins cinq ans. Là encore, la Hesse semble vouloir attendre qu’une loi en ce sens soit d’abord adoptée au niveau fédéral.


Les expulsions se déroulent par vols charters mais aussi sur des vols commerciaux | Photo : Picture-alliance
Les expulsions se déroulent par vols charters mais aussi sur des vols commerciaux | Photo : Picture-alliance


Les risques d'un retour en Iran

Les raisons qui avaient poussé la famille à fuir l’Iran à l’origine et les risques auxquels Shirin et sa mère sont actuellement exposées n’ont pas été rendus publics pour des raisons de sécurité. En Iran, aucune loi ne régit les violences domestiques, les autorités encadrent strictement la liberté de se rassembler et jettent régulièrement des militants des droits de l’homme en prison. Le pays est également l’un de ceux qui applique le plus la peine de mort, d’après un récent rapport de Human Rights Watch.

Sous la loi iranienne, Shirin, qui n’a que 13 ans, a déjà l’âge légal d’être mariée. Une fois mariée, elle ne pourrait plus obtenir de passeport ou voyager en dehors de l’Iran sans la permission de son mari.

Aussi, la famille pourrait être prise pour cible par les autorités iraniennes pour avoir tenté d’obtenir l’asile dans un autre pays. De nombreux rapports montrent que des Iraniens en exil et politiquement actifs, mais aussi des personnes issues de minorités sexuelles ou encore des activistes, ont été poursuivis ou emprisonnés à leur retour en Iran.

A (re)lire également : Une réfugiée iranienne porte plainte contre la Grèce pour "torture" et expulsions sommaires

En 2021, l'Iran est arrivé à la neuvième place sur la liste des pays d'origine des nouveaux demandeurs d’asile en Allemagne, avec 2.693 demandes, soit environ 1,8 % du total des demandes d’asile sur l’année. Ces dernières ont dans leur grande majorité, dans 73% des cas, été rejetées.

Au total, près de 11.000 personnes toutes origines confondues ont été expulsées d'Allemagne en 2021, selon les chiffres de l'Office fédéral pour la migration et les réfugiés (BAMF).


*les noms ont été changé

 

Et aussi