© RFI / Romain Philips | Catherine, Julie et Philippe devant la dépendance où ils accueillent des demandeurs d'asile.
© RFI / Romain Philips | Catherine, Julie et Philippe devant la dépendance où ils accueillent des demandeurs d'asile.

Pendant longtemps, Catherine et sa famille se sont demandé quoi faire de la dépendance dans le jardin de leur maison. Après une discussion avec des amis, ils ont finalement trouvé. Depuis presque deux ans maintenant, ils accueillent des demandeurs d’asile.

Quand le débat sur l’immigration s’oriente vers la fermeture des portes, Catherine, au contraire, ouvre les siennes. Bibliothécaire, elle accueille des migrants cherchant l’asile en France. Mais dire que cette "aventure" est la sienne serait faux. C’est avec son mari, Philippe, ex-ingénieur à la retraite, et sa fille Julie, étudiante, que les Gabiniens – les habitants de la ville de Gagny, en Île-de-France – proposent un toit aux demandeurs d’asile qui viennent en France. "Le point de départ, c’était qu’on soit d’accord tous les trois."

À Paris ou dans d’autres villes du pays, de nombreux demandeurs d’asile dorment dans la rue, faute de places dans les dispositifs d’accueil. Mais depuis presque deux ans, trois personnes ont pu trouver refuge chez Catherine. "On n’a jamais eu peur d’accueillir quelqu’un chez nous. On est très contents de le faire", raconte Catherine. Courts cheveux roux, lunettes relevées sur la tête, jeans et Converse aux pieds, la quinquagénaire s’exprime sur un ton rythmé par un inlassable sourire.

Sofia* a été la première à croiser la route de Catherine et sa famille. Scientifique de profession, elle a quitté l’Iran pour la France et a séjourné une première fois dans la dépendance de Gagny. Aujourd’hui, après un second séjour plus long, elle est devenue une amie. "Elle avait le désir de rencontrer des gens. Donc, on partageait ensemble les repas. Elle rencontrait nos amis. On a fait beaucoup de choses avec Sofia. On a même fêté Noël ensemble", raconte la mère de famille. Un plaisir d’ailleurs partagé. "Chez eux, je n’avais pas l’impression d’être une étrangère. J’ai vu beaucoup d’humanité en eux et je suis très fière d’avoir été acceptée dans cette famille", témoigne Sofia.

"Tu veux dîner avec nous ?"

Catherine est aussi une grande optimiste. Même quand elle évoque certaines difficultés. "Il faut voir les petits coins de ciel bleu et pas forcément les choses qui peuvent poser des problèmes". Car sa première expérience dans l’accueil ne s'est pas passée comme prévu.

"Un soir, il y avait un jeune à la bibliothèque qui était sans domicile. Donc, j’ai appelé Philippe en lui demandant s’il pouvait venir à la maison. Mais on s’est vite rendu compte qu’accueillir comme ça, sans être accompagné par un travailleur social, c’était très difficile. Tout ça nous a fait réfléchir", raconte Catherine.

Il ne fallait qu’une association pour la rassurer. Et cette association, JRS, s’est portée garante pour le logement de Sofia. "Le soir, quand on passait à table, on lui envoyait un petit message : 'Tu veux diner avec nous ?'", raconte Catherine.

"Elle avait même un côté très maternel [avec Sofia]. Chaque soir, elle se comportait un peu comme avec moi, elle nous demandait si Sofia était bien rentrée", ajoute sa fille en riant.

"Rien qu’à son sourire, on savait que ça allait bien se passer"

Catherine a été sensibilisée à la question de l’accueil des réfugiés à la paroisse qu’elle fréquente. La famille s'implique pour accueillir une famille syrienne. "On avait participé matériellement à l’accueil et à l’accompagnement des enfants en faisant du soutien scolaire", confie la mère.

Sa démarche n’a rien de politique, assure-t-elle. C’est après la rencontre de Sofia que, pour de bon, l'aventure commence. Même en plein confinement, lorsque l’association JRS les contacte à 18h pour accueillir Abdi, un jeune Somalien de 21 ans qui a traversé l’Europe, au pied levé.

Aucun des trois n'a rechigné. "Il y a quand même une petite appréhension en se disant : 'Qui va arriver ?'" Mais dès la rencontre, tout roule. Abdi, je m’en rappelle encore. Il a passé la porte à 9h du soir et, rien qu’à son sourire, on savait que ça allait bien se passer", témoigne Catherine, cherchant du regard l'approbation de sa famille.

Toutes ces rencontres ne l’ont pas laissée de marbre : "Toutes les personnes qui arrivent ici ont vécu une histoire très douloureuse". Et émotionnellement, c’est aussi une épreuve pour les hébergeurs.

Si la famille s’est accordée un "break" après les quatorze mois passés avec Sofia, "il n’y a pas de raison de s’arrêter", assure Catherine. La porte est grande ouverte.

*Le prénom a été modifié

 

Et aussi