Des réfugiés ukrainiens dans la ville de Calais, le 8 mars 2022. Crédit : Reuters
Des réfugiés ukrainiens dans la ville de Calais, le 8 mars 2022. Crédit : Reuters

Depuis le 11 mars, les autorités britanniques ont ouvert un bureau temporaire dans les locaux de la préfecture d'Arras (Pas-de-Calais), à une centaine de kilomètres de Calais. Chargé d’examiner les demandes de visas, il vise à faciliter la venue des réfugiés ukrainiens au Royaume-Uni.

C'est un pas vers la simplification des procédures pour les Ukrainiens attendant de rejoindre leurs proches outre-Manche. Depuis le 11 mars, le gouvernement britannique a mis en place une procédure spéciale d'entrée au Royaume-Uni depuis la ville d'Arras. Plus besoin de se rendre à Paris pour effectuer des démarches administratives, un bureau britannique a ouvert dans les locaux de la préfecture de la ville du Pas-de-Calais. Ce poste diplomatique est chargé d’examiner les demandes de visas et d’accorder les documents nécessaires aux Ukrainiens.

Pourquoi cette ville ? Arras se trouve dans les terres, à une centaine de kilomètres des côtes du Calaisis. Un choix voulu par les autorités britanniques. "À Calais, il y avait un risque de créer un pôle d’attraction", a expliqué l’ambassadrice du Royaume-Uni, Menna Rawlings, à la Voix du Nord. "À Calais [...], nous avons déjà des problèmes avec les bandes criminelles, les passeurs et les migrants avec les passages de petits bateaux. C’était nécessaire d’éviter d’autres soucis et d’ouvrir ce centre, à la fois un peu plus loin de la frontière et de la Manche et plus facile d’accès que notre consulat à Paris."


La ville d'Arras, en France.
La ville d'Arras, en France.


Les autorités françaises se félicitent de la mise en place d’un tel bureau dans le nord de la France. Une mesure inédite - et qui se faisait attendre... Dans une lettre adressée, début mars, à son homologue britannique Priti Patel, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait critiqué la lenteur, la "réponse totalement inadaptée" et le "manque d'humanité" du Royaume-Uni à l'égard des réfugiés ukrainiens refoulés au port de Calais, faute de visas.

"Nous avons résolu les soucis entre le Royaume-Uni et la France"

Menna Rawlings tenait à réparer l’affront : "M. Darmanin avait clairement exprimé ses inquiétudes sur le sujet […] Mais nous avons résolu les petits soucis entre le Royaume-Uni et la France." Pour l'heure, selon le journal britannique The Guardian, seuls 1 000 visas ont été accordés aux Ukrainiens.

Selon la Voix du Nord, deux minibus par jour, affrétés par les autorités britanniques, font la navette entre Calais et Arras pour amener les réfugiés ukrainiens.

L’ambassadrice du Royaume-Uni a également tenu à se dédouaner d’un système à deux vitesses – favorisant les réfugiés ukrainiens au détriment des autres nationalités qui survivent à Calais dans l’espoir de rejoindre les côtes britanniques. "À chaque guerre, nous avons des programmes humanitaires et des voies légales, ce qui nous a permis d’accueillir 20 000 Afghans", a-t-elle affirmé. "À Calais, beaucoup sont des migrants économiques, pas des réfugiés […] Nous ne pouvons pas les encourager à faire ce voyage très dangereux, dont profitent les passeurs, et d’entrer au Royaume-Uni dans la clandestinité".

"Bons" et "mauvais" réfugiés

Même justification de la part de la maire de Calais, Natacha Bouchart, accusée de faire la différence entre les "bons" et les "mauvais" réfugiés. L'édile qui a bataillé auprès des services du consulat britannique pour que les Ukrainiens obtiennent rapidement une autorisation de séjour outre-Manche a également débloqué des places d’hébergement d’urgence pour les loger. "[Les exilés présents sur le littoral nord] sont en situation irrégulière quand les ressortissants ukrainiens sont en situation régulière et demandent de façon régulière le passage en Angleterre", s'est-elle justifiée, le 7 mars, sur BFMTV.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, de nombreuses associations du Calaisis s’insurgent contre la différence de traitement entre les déplacés ukrainiens et les autres exilés. 

Environ 1 500 exilés non-ukrainiens vivent dans le dénuement le plus total dans les rues de Calais et dans les alentours. Leurs camps informels sont démantelés plusieurs fois par semaine. Pour empêcher la formation de lieux de vie informels, la mairie a, ces dernières années, fait installer des rochersdes arceaux de vélo, et a déboisé un terrain où vivaient des migrants.

Depuis septembre 2020, un arrêté préfectoral interdit même aux associations non mandatées par l’État de distribuer de la nourriture aux exilés dans le centre-ville de Calais

 

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