Une patrouille de gendarmes sur la plage Saint-Gabriel au sud de Boulogne-sur-Mer, le 20 août 2020. Crédit : RFI/Alexis Bédu
Une patrouille de gendarmes sur la plage Saint-Gabriel au sud de Boulogne-sur-Mer, le 20 août 2020. Crédit : RFI/Alexis Bédu

Il avait été arrêté en pleine nuit avec 47 personnes dans sa fourgonnette, sur l'autoroute qui menait à Calais. Ce ressortissant albanais de 23 ans a été condamné quelques jours plus tard, le 29 mars, à 18 mois de prison ferme par le tribunal de Boulogne-sur-Mer.

Dix-huit mois de prison ferme et cinq ans d’interdiction de résider en France. C’est la peine à laquelle a été condamné, en comparution immédiate, mardi 29 mars, un homme de 23 ans, par le tribunal de Boulogne-sur-Mer. Ce ressortissant albanais avait transporté 47 candidats à l’exil dans une fourgonnette vers le littoral calaisien, point de départ vers le Royaume-Uni.

La police l’avait intercepté dans la nuit du 25 au 26 mars sur l’autoroute, intriguée par ce véhicule surchargé roulant à faible allure vers Calais. Après la découverte des 47 passagers à bord, le chauffeur a d’abord refusé d’obtempérer, puis il a tenté de se dissimuler parmi les migrants, a précisé le parquet.

Il a finalement été identifié par un policier, et confondu par les recherches menées sur son téléphone – l’adresse d’un lieu dans les dunes, point de départ connu des traversées migratoires vers les côtes anglaises, et de sites Internet sur les bateaux pneumatiques utilisés pour ces traversées - selon le quotidien La Voix du Nord.

Le 24 mars, 27 personnes, des Kurdes irakiens, ont elles aussi été condamnées à différentes peines de prison par le tribunal correctionnel de Rennes. Les membres de la filière acheminaient des exilés depuis le centre de la France jusqu'en Angleterre. Deux options leur étaient alors proposées : rejoindre le Royaume-Uni par bateau - pour la somme de 1 000 euros -, ou par camion, si l'exilé pouvait débourser les 6 000 euros demandés. Le montant du "service" pouvait augmenter à 8 000 voire 10 000 euros si le chauffeur, complice, y aménageait une cache. C’était l’option qualifiée de VIP ("Intifakir" en kurde) par les trafiquants.

>> À (re)lire : À Rennes, les membres d'un vaste réseau de passeurs condamnés à des peines de 18 mois à 7 ans de prison

Deux semaines plus tôt à Dunkerque, trois passeurs kurdes irakiens, considérés comme les "têtes" d'un vaste réseau, avaient écopé de peines de prison ferme. Rizgar Hamed Amin, 35 ans, Saywan Yasin, alias "tonton Star", 39 ans ont été condamnés à 5 et 3 ans de prison. Goran Tofiq, 27 ans, à 30 mois. Ils acheminaient des bateaux et faisaient la navette entre les camps de migrants et les plages du littoral, dans le nord de la France. Entre le 5 mai 2021 et le 24 janvier 2022, le groupe a organisé une vingtaine de traversées à bord de "small boats", dont quatre passages dans la nuit du 4 août.

Plus de caméras de surveillance, de 4x4, de zodiacs

En 2021, plus de 28 000 personnes ont atteint les côtes britanniques, contre 8 466 en 2020. Face à l'augmentation des chiffres, la France et le Royaume-Uni développent encore un peu plus leur arsenal pour lutter contre les traversées de la Manche. Les autorités comptent s'appuyer, entre autres, sur la vidéosurveillance. Des caméras, financées par les Britanniques, vont bientôt être installées sur le littoral français qui s’étend sur plus de 130 km, du Dunkerquois à la baie de Somme.

Équipées de "quatre têtes", ces caméras seront "plus perfectionnées que celles existant sur la commune", avait déclaré à l’AFP la maire de Wissant, Laurence Prouvot. Dans cette ville, située à une vingtaine de kilomètres de Calais, "14 caméras doivent être installées". Certaines serviront spécifiquement à la lecture des plaques minéralogiques, à "toutes les intersections d’entrée", a expliqué l’édile. Plus généralement, les autorités ont identifié des "points stratégiques, comme les intersections de départementales et points d'accès à la mer", souvent dénués de vidéosurveillance.

>> À (re)lire : Des quads, des 4x4, des caméras... Dans le nord de la France, toujours plus de moyens pour lutter contre les traversées clandestines

Ces nouvelles technologies font partie d’un ensemble de moyens mis en place par Paris et Londres, annoncés fin novembre 2021 par le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin. Des véhicules mobiles, des quads, des 4x4, des caméras thermiques sur la plage, et des zodiacs dans la Manche : l’État français ne lésine pas sur les moyens pour surveiller la zone. Mais le nombre de traversées comptabilisées ces derniers mois sème le doute quant à l’efficacité de cette politique ultra sécuritaire. En janvier 2022, 1 302 personnes ont débarqué sur les côtes britanniques. Soit cinq fois plus que l’année précédente, au même moment.

 

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