La veille de l'évacuation, le 29 mars 2022, une cinquantaine de migrants étaient encore installées dans le gymnase de la Poterie, à Rennes. Crédit : @Utopia56 / Twitter
La veille de l'évacuation, le 29 mars 2022, une cinquantaine de migrants étaient encore installées dans le gymnase de la Poterie, à Rennes. Crédit : @Utopia56 / Twitter

Les derniers occupants du gymnase de la Poterie, à Rennes, dans l'ouest de la France, ont été évacués ce mercredi matin. Depuis janvier, une centaine de migrants au total avaient trouvé refuge dans le bâtiment chauffé et pourvu de sanitaires. Les associations craignent aujourd'hui "un retour à la rue" pour plusieurs de ces familles.

Ils étaient les derniers à encore occuper les lieux. Ce mercredi 30 mars, à 6h30 du matin, les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation du gymnase de la Poterie à Rennes, a rapporté la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Ces personnes "qui ne figuraient pas sur la liste fournie par les associations se sont vues remettre une convocation pour permettre l'étude de leur situation par les services de l'État", précise le communiqué. Sur place, la situation était calme et des policiers bloquaient l'entrée du bâtiment, a constaté une journaliste de l'AFP.

Les chiffres concernant le nombre de personnes évacuées restent, à ce jour, flous. D'après la préfecture, une dizaine de migrants ont été évacués du gymnase mercredi, alors que l'association Utopia56 comptabilisait, le même jour, 144 exilés.

Parmi eux, "une quarantaine de personnes" attendaient "sur le trottoir sans nulle part où aller", alors que leurs enfants étaient à l’école. L'association dénonce par ailleurs une expulsion "par surprise".

Manar Hassan, une Syrienne de 41 ans évacuée dans un hôtel avec deux enfants en bas âge, a fait part de son dépit. "Je suis stressée, triste et en colère. Mes enfants sont tout le temps malades", a-t-elle indiqué à l'AFP. "On s’y attendait, mais pas si tôt, expliquait un autre migrant, sorti avec ses affaires. Je ne sais pas où aller." Autour de lui, plusieurs familles, comme lui, étaient dans l’attente, affirme le journal Ouest France.

Au total, 81 personnes ont été mises à l'abri depuis le début de l'occupation du gymnase il y a deux mois et demi, d'après la préfecture.

"On stresse en permanence"

Le 15 janvier, une centaine de migrants et leurs enfants avaient investi ce gymnase situé dans le sud de Rennes. Ces personnes, originaires de Géorgie, de Tchétchénie ou d’Albanie, avaient précédemment vécu sur le campement des Gayeulles ouvert début juillet 2019, dans le nord de la ville.

Parmi ces exilés "ni régularisables, ni expulsables", figuraient des familles qui seraient en danger si elles retournaient dans leur pays, mais qui ne parviennent pas à obtenir l'asile en France. C'est le cas de la famille de Ramzan, qui a fui la Tchétchénie avec sa femme il y a 10 ans. Aujourd'hui père de quatre enfants, il racontait en janvier à l'AFP "être dehors" depuis 2017.

"J'ai mal au cœur pour les enfants. À l'automne, on a dormi quatre mois dans une voiture. On stresse en permanence, le petit pleure toujours et me dit : 'Papa, ne sors pas'. Il a vu comment la police m'a attrapé pour m'emmener au centre de rétention", a raconté le trentenaire, débouté de l'asile, qui compte sur ses années de présence en France pour régulariser sa situation.

>> À (re)lire : À Rennes, environ 70 migrants, sans hébergement depuis des mois, ont investi un gymnase

Bien que plus confortable qu'un campement informel dehors - le gymnase disposait du chauffage et de sanitaires - les associations comme les occupants attendaient tout de même une solution plus pérenne. "Il était temps que cette situation s'arrête car il y avait plein de problèmes dans ce gymnase, a réagi auprès de l'AFP Camille, membre de l’association "Un toit c'est un droit", qui n’a pas souhaité donner son nom de famille, lors de l’évacuation du 30 mars. Si la militante se satisfait des "relogements", elle craint en revanche l’installation d’un "nouveau campement, avec des personnes sans solution".

 

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