La ville de Mykolaïv a été la cible de bombardements russes. Crédit : Reuters
La ville de Mykolaïv a été la cible de bombardements russes. Crédit : Reuters

Des dizaines de migrants enfermés en centre de rétention en Ukraine ne peuvent pas fuir la guerre, a affirmé Human Rights Watch dans un rapport publié lundi 4 avril. Plusieurs de ces structures se trouvent en pleine zone de conflit, alors que le pays tente de résister à l’invasion russe et que des milliers de civils ont péri dans les affrontements. L’ONG s’inquiète pour la sécurité des personnes retenues et demande leur libération.

Des étrangers toujours enfermés dans les centres de rétention ukrainiens malgré les bombardements. C’est ce que révèle Human Rights Watch dans un rapport, rendu public lundi 4 avril. Selon l’ONG, des dizaines de personnes continuent d’être privées de leurs mouvements alors que l’Ukraine subit quotidiennement des frappes russes sur son territoire et que des milliers de civils ont péri dans les affrontements.

"Les migrants et demandeurs d’asile sont actuellement enfermés au milieu d’une zone de guerre et sont, à juste titre, terrifiés", déclare à InfoMigrants Nadia Hardman, chercheuse sur les droits des réfugiés et des migrants à Human Rights Watch.

Si le centre de Tchernihiv, près de la frontière biélorusse, a été vidé de ses occupants depuis le début de l’offensive russe le 24 février, celui de Mykolaïv, au sud de l’Ukraine, à une centaine de kilomètres d’Odessa, et de Zhuravychi, au nord du pays à une quarantaine de kilomètres de Loutsk, fonctionnent encore. Deux régions touchées par le conflit, où des explosions ont encore été entendues ces dernières semaines.

"Nous avons contacté les autorités ukrainiennes à ce sujet, mais nous n'avons reçu aucune réponse à ce jour", explique Nadia Hardman. Bien sûr, nous mesurons les conditions difficiles qui règnent actuellement, mais cela ne justifie pas le maintien en détention des immigrés."


Un bâtiment bombardé à Mykolaïv, au sud de l'Ukraine, le 24 mars 2022. Crédit : Reuters
Un bâtiment bombardé à Mykolaïv, au sud de l'Ukraine, le 24 mars 2022. Crédit : Reuters


Les membres de HRW n’ont pas pu entrer en contact avec les personnes retenues dans le centre de Mykolaïv. "Ce qui est très préoccupant car cette région est le théâtre d’actions militaires majeures", insiste Nadia Hardman.

Une libération contre une participation à l'effort de guerre

L'ONG a en revanche pu s’entretenir avec des étrangers de Zhuravychi. Lors des entretiens réalisés par HRW, début mars, une centaine d’exilés y étaient emprisonnés, dont des Afghans, des Algériens, des Camerounais, des Ghanéens ou encore des Syriens. Certains ont pu négocier leur libération, parfois avec l’aide de leurs ambassades.

Selon Lighthouse Reports qui enquête également sur cette affaire, il resterait quelque 45 personnes sur le site de Zhuravychi, parmi lesquelles des femmes et un enfant de trois ans.

Ces immigrés ont été placés dans ces centres après avoir essayé de franchir illégalement la frontière avec la Pologne, avant l’invasion russe. Ils ont déclaré à HRW que leur visa étudiant avait expiré et qu’ils avaient voulu tenter leur chance dans un autre pays européen. Les migrants ont écopé d’une peine d’enfermement allant de 6 à 18 mois, sans avoir pu bénéficier d’un avocat ou de la possibilité de déposer l’asile dans le pays.

Pour être libérés, les gardes ont proposé aux retenus de rejoindre l’effort de guerre, signale HRW. "Ils ont ajouté qu’ils obtiendraient alors tous immédiatement la citoyenneté ukrainienne", note le rapport. Aucun étranger n’aurait accepté cette "offre".

Un ancienne caserne militaire qui a repris ses fonctions initiales

La structure de Zhuravychi est une ancienne caserne militaire, transformée en centre de rétention en 2007 avec des fonds de l’Union européenne. Dans les jours qui ont suivi l'offensive russe, une partie du site a repris ses fonctions initiales : des membres de l’armée ukrainienne ont emménagé dans le centre, indique HRW, qui s’appuie sur des témoignages et des vidéos vérifiées. Les migrants ont alors été regroupés et déplacés dans un autre bâtiment du complexe, afin de faire de la place pour les soldats.

Zhuravychi est donc une cible majeure pour l’armée russe. Les personnes retenues "peuvent entendre les bruits des tirs d’artillerie et des explosions", explique encore Nadia Hardman. Et ce, alors que, d’après le média arabe Al-Jazeera, le site ne possède aucun abri pour se protéger des bombardements. "L’épouse d’un détenu libéré la semaine dernière a déclaré que les gardes ont couru dans la rue lorsque la sirène [prévenant de l'imminence de frappes russes, ndlr] a retenti", écrivent les auteurs de l’article paru le 4 avril. Les exilés, eux, n'ont pas pu quitter leurs cellules.

 

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