Une manifestation de sans-papiers à Bruxelles, en octobre 2021. Crédit : Romy Arroyo Fernandez/NurPhoto
Une manifestation de sans-papiers à Bruxelles, en octobre 2021. Crédit : Romy Arroyo Fernandez/NurPhoto

Le gouvernement belge a annoncé, fin mars, la construction de trois nouveaux centres fermés, équivalent des centres de rétention en France, et un centre de départ, créant ainsi 500 places supplémentaires. Leur nombre passera de 635 à 1 145, d’ici 2029. Les associations d'aide aux migrants et certains députés regrettent cette mesure, dont le coût s'élève à 100 millions d'euros.

La Belgique veut expulser un plus grand nombre de personnes en situation irrégulière. Pour mener à bien son projet, le gouvernement a décidé de construire trois nouveaux centres fermés et un centre de départ, créant ainsi 500 places supplémentaires destinées aux renvois forcés. La capacité totale de ces structures atteindra les 1 145 places, contre 635 actuellement.

Dans le centre de départ, les sans-papiers ne resteront qu’un jour ou deux pour permettre un retour rapide vers leur pays d’origine. Le lieu devrait voir le jour prochainement. Pour les trois autres sites, les appels d’offres viennent seulement d’être publiés. Ils devraient sortir de terre entre 2024 et 2029, indique le site d’informations belge VRT NWS.

"Décision historique"

"Cette décision historique marque un véritable tournant. Nous créons plus de capacité de retour que jamais et pouvons faire un pas de géant dans la politique de retour de notre pays", s’est réjouit le Secrétaire d’État à la Migration, Sammy Mahdi.

Chaque année, environ 24 000 personnes reçoivent un ordre de quitter le territoire belge. Mais seul un quart d’entre elles rentrent dans leur pays d’origine, selon les autorités. Les retours forcés ne concernent que les étrangers en séjour irrégulier dans le pays, ceux qui perturbent l’ordre public ou les personnes condamnées pour des faits criminels.

L’accord gouvernemental prévoit également de doubler le nombre de logements de retour en centres non fermés, passant de 28 à 54 places. Ces structures sont réservées aux familles avec des enfants mineurs notamment.

Le coût d’une telle mesure s’élève à 100 millions d’euros.

"Le gouvernement se trompe d’enjeu"

Cette annonce révolte les associations d’aide aux migrants. "Ce choix budgétaire est indécent", a réagi dans un communiqué la coalition Move, qui regroupe plusieurs associations dont Caritas Internationale ou encore le Ciré. "En misant sur la démultiplication des lieux de détention, le gouvernement se trompe d’enjeu", estime la coalition.

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Les humanitaires rappellent que les centres fermés ressemblent à bien des égards à des prisons et ont des effets néfastes sur leurs occupants. Par ailleurs, "en communiquant de la sorte, le Secrétaire d’État diffuse une vision criminalisante des migrants en général et des personnes en séjour irrégulier en particulier", déplore Move.

Dans la majorité fédérale non plus, cette décision ne fait pas l’unanimité. "Je ne veux pas des places en centres fermés pour des personnes qui majoritairement n’ont rien fait. Je veux des places pour les demandeurs d’asile qui dorment dehors depuis des semaines dans la rue", a tweeté le député écologiste Simon Moutquin, exprimant sa "honte".

Cet hiver, des centaines de personnes ont été contraintes de dormir sur les trottoirs du pays, faute de places dans les centres d’hébergements, arrivés à saturation. Une situation qui s’est améliorée avec l’ouverture en urgence de nouvelles structures, mais qui est loin d’être réglée. Des dizaines de migrants continuent de vivre dans la rue, et sont dépendants des hébergements citoyens gérés par les associations.

 

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