Un homme de 28 ans, originaire de Côte d'Ivoire a été arrêté au péage de Biriatou dans le Pays basque. Dans son véhicule, il transportait quatre exilés. Crédit : Police nationale 62/Twitter
Un homme de 28 ans, originaire de Côte d'Ivoire a été arrêté au péage de Biriatou dans le Pays basque. Dans son véhicule, il transportait quatre exilés. Crédit : Police nationale 62/Twitter

Un résident espagnol originaire de Côte d'Ivoire a été condamné, lundi 4 avril, à dix mois de prison avec sursis. Cet homme de 28 ans transportait des migrants d'Irun, en Espagne, jusqu'à Bayonne, côté français. Il en coûtait 80 euros à chaque exilé.

Jugé en comparution immédiate deux jours après son arrestation, un homme de 28 ans a été condamné à dix mois de prison avec sursis par le tribunal de Bayonne, dans le sud-ouest de la France, pour avoir transporté des migrants. Sa peine a été assortie d’une Interdiction d’entrée sur le territoire français (IRTF) de cinq ans. Une sanction plus clémente que les huit mois avec mandat de dépôt et sept ans d’interdiction requis quelques minutes plus tôt, lundi 4 avril, par la procureure.

Ce résident espagnol, originaire de Côte d’Ivoire, récupérait des exilés d’Afrique subsaharienne à Irun, en Espagne, et les conduisait de l’autre côté de la frontière, à Bayonne, en France. Il aurait ainsi effectué six voyages depuis le 31 mars 2022 en faisant payer 80 euros ou moins à chaque passager. Le jour de son arrestation au péage de Biriatou, 750 euros ont été saisis dans son véhicule. D’après le journal Sud-Ouest, le prévenu a reconnu avoir effectué ces allers-retours "pour l’argent". "Je n’avais pas l’intention de continuer, je voudrais demander pardon", a-t-il affirmé lors de son procès.

D'autres passeurs arrêtés dans la zone

En janvier, un autre passeur avait été condamné, lui, à quatre ans de prison ferme par le même tribunal. Ce berger, Daniel, âgé de 49 ans, avait indiqué avoir agi dans "un but uniquement humanitaire". Au volant de sa camionnette, il transportait des migrants depuis la Croix-Rouge d’Irun jusqu’au centre Pausa de Bayonne. En un peu plus d'un mois, sa camionnette avait transporté au total 162 migrants subsahariens, lors de 24 trajets. D’après lui, ce "service" était totalement gratuit pour les exilés. "Jamais je ne demande d’argent, ils me font de la peine", avait-il affirmé. Le jour de son arrestation, Daniel avait été interpellé avec 2 400 euros en liquide sur lui.

>> À (re)lire : "Jamais je ne demande d'argent, ils me font de la peine" : à Bayonne, un passeur condamné à quatre ans de prison ferme

Début décembre, un homme de 20 ans originaire du Mali, avait lui aussi été arrêté à Bayonne. Interpellé en flagrant délit, il transportait quatre femmes originaires d'Afrique subsaharienne en situation irrégulière dans sa voiture. Le jeune Malien proposait des trajets similaires pour une somme comprise entre 100 et 200 euros, à chaque passager.

Plus de 13 000 refoulements à la frontière

Le Pays basque est une route régulièrement traversée par les migrants arrivés en Espagne qui cherchent à gagner la France. Mais la multiplication des contrôles policiers dans la zone pousse les exilés à prendre toujours plus de risques. Certains tentent de traverser la frontière naturelle du fleuve Bidassoa à la nage, où les courants sont très forts. Le 31 mars, le corps d’un homme, "probablement celui d'un migrant disparu" a été retrouvé dans l’eau. Il avait essayé, une quinzaine de jours plus tôt, de traverser le cours d’eau avec deux autres personnes.

L’année dernière, trois personnes s’étaient déjà noyées dans la Bidassoa. Au mois de mai, Anaïtze Aguirre, membre de l'association Irungo Harrera Sarea, confiait ses craintes à InfoMigrants : "Pour ces gens qui ont traversé le désert et la mer dans des conditions chaotiques, relier les deux rives d’un fleuve semble anecdotique. Et pourtant, c’est tout aussi dangereux".

>> À (re)lire : Bayonne, ville étape sur la route des migrants

En 2021, le nombre de non-admissions à la frontière franco-espagnole dans le département des Pyrénées-Atlantiques a plus que doublé par rapport à 2020 (13 164 contre 5 976, soit une augmentation de 120%), selon la préfecture. Parmi ces migrants, plus de la moitié est originaire de pays du Maghreb, et un tiers de pays francophones d'Afrique subsaharienne (Mali, Guinée, Côte d'Ivoire, Sénégal), d'après les autorités françaises.

 

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