Samuel Kofi Yeboah est mort à l'âge de 27 ans, en 1991. Crédit  : police du Land de Sarre
Samuel Kofi Yeboah est mort à l'âge de 27 ans, en 1991. Crédit : police du Land de Sarre

Un homme a été inculpé pour le meurtre de Samuel Kofi Yeboah, décédé en 1991 dans l’incendie criminel de son centre d’accueil pour réfugiés de Sarrelouis, en Allemagne.

Un suspect vient d'être arrêté et inculpé en Allemagne pour la mort d’un demandeur d’asile ghanéen, décédé en 1991 dans l’incendie de son centre d’hébergement à Sarrelouis, dans l’ouest du pays, à quelques kilomètres seulement de la frontière française. 

Samuel Kofi Yeboah, âgé de 27 ans, avait succombé à de graves brûlures et aux inhalations de fumée.

Le suspect, Peter S., est un ressortissant allemand de 50 ans. Il a été interpellé à Sarrelouis lundi 4 avril. L'homme est désormais accusé de meurtre, de tentative de meurtre et d'incendie volontaire ayant entraîné la mort.

Retour sur les faits. Le soir du 18 septembre 1991, Peter S. a rencontré un groupe de sympathisants d’extrême-droite dans un bar de la ville, indiquent les procureurs. Le groupe aurait discuté d’une série d’incidents racistes qui s'étaient produits ce mois-là à Hoyerswerda, dans l'est de l'Allemagne, près de Dresde. 

Le lendemain à l’aube, Peter S. se serait rendu au centre d’accueil de demandeurs d’asile, un ancien hôtel familial appelé Weißes Rössl, avant de verser de l'essence sur l'escalier et d’y mettre le feu.

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Le feu s'est ensuite rapidement propagé dans la cage d'escalier du bâtiment pour atteindre le dernier étage où dormait Samuel Kofi Yeboah. Le Ghanéen a tenté de s'échapper, mais est décédé quelques heures plus tard à l'hôpital. Deux autres personnes ont été blessées après avoir sauté par les fenêtres de l’immeuble. Les 18 autres résidents ont réussi à s’en sortir indemnes.

Samuel Kofi Yeboah travaillait comme concierge dans le centre. Selon la fondation Amadeu Antonio, une ONG allemande de lutte contre le racisme, le jeune homme était agriculteur au Ghana avant de venir en Europe.


L’incident de Sarrelouis n’a pas été un incident isolé. Dans les années 90, de nombreux incendies avaient frappé les centres d’accueil de la région. Crédit : police de la Sarre
L’incident de Sarrelouis n’a pas été un incident isolé. Dans les années 90, de nombreux incendies avaient frappé les centres d’accueil de la région. Crédit : police de la Sarre


Une série d'attaques dans les années 90

Depuis la mort de Samuel Kofi Yeboah, des événements de commémorations se déroulent régulièrement à Sarrelouis.

L’incendie du Weißes Rössl avait fait partie d'une série d'attaques contre des centres pour demandeurs d’asile au début des années 90 dans la ville.

Incapables de trouver le moindre suspect, les enquêteurs avaient fini par classer l’affaire. Elle a finalement été relancée en 2020 après la découverte de nouveaux éléments et de manquements dans le déroulé de l’enquête. Les autorités expliquent simplement avoir constaté des "lacunes dans la collecte, l’évaluation et la transmission d’informations".

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Lundi 4 avril, après l'arrestation du principal suspect, le chef de la police de la Sarre, Norbert Rupp, a présenté ses excuses dans un communiqué. "Je suis soulagé que cet acte terrible semble enfin élucidé après plus de 30 ans". "Je présente mes excuses au nom de la police de la Sarre pour les lacunes dans le travail de la police qui avaient à cette époque manifestement conduit à l'abandon de l’enquête", a-t-il ajouté. "Une telle chose ne doit pas pouvoir se reproduire". 

Depuis les années 1990, des centaines d'attaques mortelles ont été perpétrées contre des demandeurs d'asile en Allemagne, notamment par des incendies criminels contre des centres d’accueil. L'une de ces attaques, dans la ville de Lübeck le 17 janvier 1996, avait coûté la vie à 10 personnes et blessé une quarantaine d’autres.

Bien que leur nombre soit en baisse, il se produit en Allemagne en moyenne une attaque contre un centre d'accueil par semaine.

 

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