Plusieurs personnes étaient déjà tombées à l'eau lorsque les sauveteurs du Sea Watch 3 sont arrivés sur les lieux du naufrage, samedi 9 avril 2022. Crédit : Sea-Watch international
Plusieurs personnes étaient déjà tombées à l'eau lorsque les sauveteurs du Sea Watch 3 sont arrivés sur les lieux du naufrage, samedi 9 avril 2022. Crédit : Sea-Watch international

Le navire humanitaire Sea Watch 3 a procédé à cinq sauvetages en Méditerranée en 24 heures, ce week-end. En tout, 211 personnes ont pu être secourues. Toutefois une des opérations de sauvetage de l'ONG allemande éponyme s'est déroulée dans des conditions chaotiques et plusieurs naufragés sont portés disparus.

Cette fois-ci, le drame n'a pas pu être totalement évité. Le navire humanitaire Sea Watch 3, de l'ONG allemande Sea-Watch international, a porté secours à plus de 200 personnes en Méditerranée, durant le week-end. Cinq opérations de sauvetage ont été menées par l'équipage mais l'une d'elle n'a pas permis de secourir tous les naufragés d'une embarcation.

La première opération a eu lieu vendredi 8 avril et a permis de porter secours, sans encombre, à 13 personnes, dont quatre mineurs, qui se trouvaient en détresse en mer. Au cours de la même journée, 13 autres migrants ont été secourus alors qu'ils se trouvaient en pleine mer à bord d'un petit bateau en bois.

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Le lendemain, le Sea Watch 3 a porté assistance à 60 personnes. "Plusieurs d'entre eux avaient besoin de soins médicaux", a précisé l'ONG sur Twitter.

Plusieurs personnes disparues

Quelques heures plus tard, l'équipage reçoit un nouveau message de détresse provenant d'une embarcation, indiquant que 50 des passagers seraient déjà tombés à l'eau. "Lorsque nos vedettes sont arrivées sur place, la situation était chaotique et hors de contrôle. Le canot pneumatique avait coulé et des dizaines de personnes tentaient désespérément de survivre dans l'eau. Un navire de la soi-disant garde-côtière libyenne était également sur place", a décrit l'ONG sur Twitter.

En tout 34 personnes seront secourues par l'équipage du Sea Watch 3. Mais, selon les rescapés, 53 exilés se trouvaient sur l'embarcation pneumatique au départ.

Quelques instants à peine après ce sauvetage chaotique, le Sea Watch 3 a porté secours à une cinquième embarcation, elle aussi en grande difficulté. Les 87 passagers ont pu être aidés et ramenés à bord du navire humanitaire.

"Au total, il y a plus de 200 survivants […] dont beaucoup ont un besoin urgent de soins médicaux", a résumé l'ONG sur Twitter. Dimanche soir, cinq personnes fragiles, dont une femme enceinte, ont été évacuées. Deux cent cinq migrants se trouvent toujours, lundi, à bord du Sea Watch 3. Le navire demande à se voir désigner un port d'arrivée de toute urgence.

Le Geo Barents, de Médecins sans frontières (MSF), a quant à lui pu accoster dimanche au port sicilien d'Augusta avec ses 113 passagers. Ils attendaient depuis 10 jours en mer l'attribution d'un port sûr.

Une route toujours aussi dangereuse

La route de la Méditerranée est toujours aussi meurtrière. Plus d'une centaine de personnes ont perdu la vie en deux jours, début avril, en tentant d'atteindre les côtes européennes. Médecins sans frontières a dénoncé dans un récent communiqué "la négligence" des pays européens, qui font preuve d’une "inacceptable indifférence". 

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Depuis 2017, l’Italie et d’autres pays de l’Union européenne apportent un soutien financier et matériel aux autorités libyennes afin de stopper les embarcations de migrants en route vers les côtes européennes. Ils forment les garde-côtes et fournissent des vedettes rapides aux forces libyennes. L’accord donne aussi à Tripoli la responsabilité de la coordination des secours dans cette zone maritime - tâche qui incombait auparavant à Rome et La Valette.

La Méditerranée centrale, qui relie la Libye et les pays du Maghreb à l'Italie ou Malte, est la route migratoire la plus dangereuse du monde, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). L'agence onusienne y estime à plus de 23 500 le nombre de morts et disparus depuis 2014, dont 2 048 l'an dernier, et plus de 400 pour les quatre premiers mois de 2022. Un chiffre en deçà de la réalité selon les humanitaires, qui craignent que des canots disparaissent sans laisser de traces.

La rédaction tient à rappeler que les navires humanitaires (Ocean Viking, Sea Watch, Mare Jonio...) sillonnent une partie très limitée de la mer Méditerranée. La présence de ces ONG est loin d’être une garantie de secours pour les migrants qui veulent tenter la traversée depuis les côtes africaines. Beaucoup d’embarcations passent inaperçues dans l’immensité de la mer. Beaucoup de canots sombrent aussi sans avoir été repérés. La Méditerranée reste aujourd’hui la route maritime la plus meurtrière au monde.

 

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