Des personnes fuyant l'Ukraine se dirigent vers le poste frontière polonais de Shehyni . Crédit : Picture alliance
Des personnes fuyant l'Ukraine se dirigent vers le poste frontière polonais de Shehyni . Crédit : Picture alliance

Face aux nombreux cas de discrimination signalés depuis le début de l'exode causé par la guerre en Ukraine, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) appelle une nouvelle fois à lutter contre l’inégalité de traitement des réfugiés en fonction de leurs origines.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, de nombreux témoignages et enquêtes font état des cas de discrimination, de violence et de xénophobie à l’encontre des étudiants étrangers installés en Ukraine qui tentent eux aussi de fuir les bombes de l’armée russe.

"Nous saluons l'accueil chaleureux que les Ukrainiens et les personnes originaires d'autres pays ont reçu dans les pays voisins", a déclaré la directrice générale adjointe de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), Ugochi Daniels, lors d'une conférence de presse à Berlin. "Dans le même temps, nous continuons à souligner que ce soutien doit être fourni sans discrimination fondée sur le sexe, la race, le genre, l’identité ethnique ou la religion."

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Pour Ugochi Daniels, ceux qui ont l'intention de rester dans les pays de l'Union européenne (UE) doivent avoir accès aux services sociaux de base, au marché du travail, à l’éducation, au logement mais aussi à une aide en cas de retour volontaire.

"Dans plusieurs pays européens, les autorités nous ont assuré qu'il ne s'agissait pas d'une politique de l’État et que les incidents discriminatoires se produisaient sur une base individuelle", a indiqué à InfoMigrants Ugochi Daniels.

Plus de 200 000 non-Ukrainiens ont fui le pays

Sur les quelque 450 000 ressortissants étrangers qui vivaient en Ukraine avant la guerre, environ 213 000 ont quitté le pays jusqu'à présent, selon les derniers chiffres de l'OIM.

D’après le service ukrainien en charge des migrations, près de 300 000 étrangers résidaient en Ukraine en 2020 avec le statut de résident permanent. Environ 150 000 autres y vivaient avec un titre de résidence temporaire, dont environ la moitié étaient des étudiants. L’éducation nationale ukrainienne note que ces étudiants internationaux étaient principalement originaires d'Inde (24 %), du Maroc (12 %), du Turkménistan (7 %), d'Azerbaïdjan et du Nigéria (6 % chacun) ainsi que de Chine et de Turquie (5 % chacun).

Parmi les non-Ukrainiens se trouvaient également au moins 5 000 demandeurs d'asile et réfugiés, la plupart originaires d'Afghanistan et de Syrie, selon le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR).

Selon l’ONU, un quart de la population ukrainienne est actuellement déplacée. Quelque 5 millions de personnes ont fui le pays depuis le début de l’invasion russe le 24 février, d'après les derniers chiffres de l'ONU. Par ailleurs, la guerre a fait plus de 7 millions de déplacés internes. 

Confiscation de passeports

Tareq Alaows, un réfugié syrien travaillant au Conseil des réfugiés de Berlin, affirme que la police allemande a confisqué à de nombreuses reprises des passeports de ressortissants non-ukrainiens fuyant la guerre lorsqu’ils ont tenté de s’enregistrer auprès des services de l’État à Berlin et en Bavière. Dans "plusieurs dizaines de cas", les passeports ont été rendus à leur propriétaire après l’intervention du Conseil des réfugiés.

L’activiste cite l’exemple de trois familles non-ukrainiennes composées notamment d’étudiants africains, qui ont dû attendre trois semaines pour récupérer leurs passeports.

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"C’est illégal et place ces personnes dans une situation où elles sont incapables d’agir", dénonce Tareq Alaows, qui explique que l’une des personnes concernées n’a pas eu accès à son compte en banque à cause de la confiscation de ses documents d'identité.

Pour le Syrien, il s’agit clairement de délit de faciès. "Toutes les personnes ont le droit de savoir pourquoi on leur retire leur passeport", rappelle-t-il. "Ces cas n'avaient aucune justification ou base légale. Les ressortissants de pays tiers sont affectés par la guerre tout comme les Ukrainiens. Ils méritent d'être traités de la même manière et de se voir offrir des opportunités, notamment en matière d’éducation, afin de pouvoir rester en Allemagne et dans d'autres pays européens."

Protection temporaire

Grâce à la directive sur la protection temporaire, approuvée par les ministres de l’Intérieur de l'UE début mars, les personnes fuyant la guerre en Ukraine bénéficient automatiquement d'une protection temporaire pour une durée maximale de trois ans.

Les déplacés évitent ainsi de passer par de longues procédures de demande d’asile. La protection temporaire donne droit à un permis de séjour, un accès au logement, à l’aide médicale, au marché de l'emploi et à l’aide sociale.

Ce dispositif inclut également "les ressortissants de pays tiers non ukrainiens et les apatrides qui résident légalement en Ukraine et qui ne peuvent retourner dans leur pays ou région d'origine, tels que les demandeurs d'asile ou les bénéficiaires d'une protection internationale et les membres de leur famille."

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En revanche, "les autres personnes en séjour régulier en Ukraine pour une courte durée et qui sont en mesure de retourner en toute sécurité dans leur pays d'origine ne relèveront pas du champ d'application de cette protection. Elles devraient néanmoins être autorisées à transiter par l'UE avant de regagner leur pays d'origine."

Cela peut notamment être le cas d’étudiants étrangers, note un fonctionnaire de la Commission européenne.

Enfin, la Commission européenne précise que même les personnes non-éligibles à cette protection temporaire peuvent demander une protection internationale ou un statut de migration légal au sein de l’UE.

En Allemagne, les autorités ont par ailleurs décidé qu'au vu de l’urgence de la situation, toute personne qui séjournait en Ukraine le 24 février et qui a fui vers l'Allemagne peut résider légalement dans le pays jusqu'au 31 août prochain, peu importe sa nationalité et son statut en Ukraine.

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De son côté, l’OIM dit travailler avec les ambassades des pays d'origine des non-Ukrainiens qui auraient perdu leurs documents d’identité et qui souhaitent rester en Europe.

Aussi, l'OIM assure avoir aidé quelque 700 ressortissants de pays tiers à retourner dans leur pays d'origine, notamment en Tunisie, au Ghana, au Liban et en Équateur. La plupart étaient des étudiants.

 

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