Des migrants entrent dans un camp de réfugiés à Chypre. Crédit : Picture alliance
Des migrants entrent dans un camp de réfugiés à Chypre. Crédit : Picture alliance

Depuis 2019, et jusqu'à aujourd'hui, les autorités chypriotes et les ONG ont perdu la trace d'au moins 11 mineurs non accompagnés. Après une première enquête infructueuse, la police a annoncé la réouverture des dossiers pour une investigation plus approfondie. Des parlementaires dénoncent un double standard dans le traitement de ces disparitions d'enfants.

La police de Chypre a annoncé l'ouverture d'une nouvelle enquête, plus approfondie, sur la disparition de 11 mineurs non accompagnés (MNA). Les autorités et les ONG ont perdu leur trace depuis 2019, à partir de leur enregistrement au centre pour migrants de Pournara.

Un premier travail d'investigation n'avait abouti à aucune piste, mais la police compte étudier de nouveau chacun des dossiers de façon plus détaillée, affirme la presse nationale.

Quatre de ces jeunes ont disparu en 2019, trois en 2021 et quatre en 2022. Les portraits de ces mineurs, originaires de pays africains et dont certains pourraient être devenus majeurs entre-temps, seront affichés dans des endroits fréquentés par leurs compatriotes comme le camp de Pournara, explique le média In Cyprus.

La dénonciation d'un double standard

Des élus chypriotes, en particulier des députés, ont dénoncé un double standard dans le traitement de ces affaires de disparitions. “Si des enfants chypriotes étaient amenés à disparaître, la population entière serait horrifiée", a soutenu jeudi 14 avril Alexandra Attalides, parlementaire écologiste à la Chambre des représentants de Chypre. Elle craint que les disparus soient sous l'emprise de réseaux de trafic d'organes ou d'exploitation sexuelle, relate le média Cyprus Mail. Pour la députée, leur disparition est inacceptable dans la mesure où ils se trouvaient sous la responsabilité de l'État, à partir du moment où ils ont été enregistrés à Pournara.

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De son côté, le député Kyriakos Hadjiyiannis a insisté sur le fait que, selon lui, "les mêmes procédures, les mêmes règles, le même zèle doivent être appliqués partout où l'on présume qu'un enfant a disparu", qu'il soit exilé ou chypriote.

Ces réactions font suite au premier rapport d'enquête sur les 11 disparitions, rendu public par le ministère des affaires sociales. L'adjointe au ministre, Anastasia Anthousi, a annoncé que des appels d'offre seraient lancés dans les prochains jours pour un meilleur suivi des mineurs non accompagnés, selon Cyprus Mail.

Au-delà de Chypre, une question européenne

Missionné par la Commission européenne, le Réseau européen des migrations avait publié en 2020 un rapport sur les disparitions de mineurs non accompagnés dans l'Union européenne, en étudiant les pratiques des États membres et en interrogeant les ONG. À Chypre, "les informations personnelles et une photographie des mineurs sont publiées sur le site officiel de la police chypriote, dans la rubrique des personnes disparues", décrivait le rapport.

À l'heure de la rédaction de ce rapport, Chypre avait indiqué qu’entre 2017 et 2019, "un seul mineur non accompagné a été porté disparu. Il s’agissait d’une ressortissante somalienne, âgée de plus de 15 ans".

Le Réseau européen des migrations déplorait l'écart entre les procédures théoriques et la pratique. Mais aussi le manque de données comparables sur les disparitions de mineurs exilés entre pays de l'UE, ou encore, l'absence de "mécanisme uniforme de coopération transfrontalière". Certes, les alertes de personnes disparues, dont les MNA, sont généralement regroupées dans le système d’information Schengen (SIS). Mais Chypre, par exemple, n'utilise pas le SIS pour y intégrer les disparitions de mineurs isolés.

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Entre 2018 et 2020, plus de 18 000 mineurs non accompagnés, ont disparu des écrans radars en Europe, selon l'organisation Lost in Europe, qui regroupe des journalistes d'investigation issus de sept pays. "Cette situation est, en partie, une conséquence des politiques migratoires mises en place", exposait Adriana Homolova, journaliste de Lost in Europe, à InfoMigrants. "À l'heure actuelle, et malgré ces chiffres, aucun outil n'existe au niveau international pour recenser les migrants mineurs disparus."

Les arrivées se démultiplient

Panicos Leonidou, membre du parti démocrate à la Chambre des représentants, estime que cette affaire des 11 disparus s'inscrit dans un enjeu plus large : celui d'un manque de planification dans la gestion des arrivées, rapporte Cyprus Mail.

De fait, ces arrivées sont de plus en plus nombreuses. D'après les chiffres communiqués par l'agence européenne de surveillance des frontières, Frontex, les entrées de migrants dans l'Union européenne via Chypre se démultiplient. L'agence européenne fait état d'un triplement des arrivées (plus de 5 100 personnes) au cours des trois premiers mois de 2022, par rapport au premier trimestre de l'année passée.

 

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