Le fleuve Evros est une frontière naturelle entre la Turquie et la Grèce. Crédit : InfoMigrants
Le fleuve Evros est une frontière naturelle entre la Turquie et la Grèce. Crédit : InfoMigrants

Après plusieurs jours bloquées sur un îlot du fleuve Evros, à la frontière gréco-turque, 64 personnes ont été secourues par les autorités grecques. Selon ces dernières, elles avaient été laissées là par des passeurs. Les ONG saluent le sauvetage, mais dénoncent d'autres situations de détresse et les pratiques de refoulement qui les engendrent.

Les autorités grecques ont annoncé avoir secouru 64 migrants coincés sur le fleuve Evros, à proximité de la ville de Didymoteicho, jeudi 22 avril. Tous ont déclaré être des ressortissants syriens souhaitant demander l'asile dans l'Union européenne (UE), rapporte l'agence AP News. Parmi eux, les secours ont dénombré 10 enfants.

La police grecque affirme que les migrants avaient été localisés mercredi soir, après que les autorités grecques ont été informées de leur présence. Mais elle assure qu'ils ont refusé d'embarquer une première fois mercredi, avant d'accepter ce jeudi. La zone étant militarisée et inaccessible pour les médias et ONG, il est difficile de confirmer le déroulé des événements et de savoir qui sont exactement les personnes secourues.

On sait cependant que parmi elles se trouvait le groupe de 37 migrants, dont la situation avait fait l'objet de plusieurs interpellations d'ONG. La veille du sauvetage, le collectif Alarm Phone alertait encore sur leur situation : "Le niveau de la rivière monte et l'eau est en train de submerger l'îlot".

Le sauvetage intervient aussi après la saisine de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) par le Conseil grec pour les réfugiés, une ONG. Ce type de recours permet d'imposer à l'État grec des mesures provisoires de protection des personnes bloquées. Ce fut le cas début avril, pour un groupe de 34 exilés, coincés pendant plus de 48 heures. La CEDH avait obligé les autorités grecques à leur fournir un abri et des vivres. Elle avait ainsi "créé la pression dont nous avions besoin pour augmenter les possibilités d'évacuation des personnes", soulignait alors Lorenz, responsable d'Alarm Phone, auprès d'InfoMigrants.

Les responsables : passeurs ou garde-frontières grecs ?

D'après la version des autorités grecques, qui assurent relayer les témoignages des 64 exilés, ce sont des passeurs qui les auraient déposer là, en bateau, depuis la rive turque.

Les ONG ont un autre discours sur ce qu'il se passe dans l'Evros. "Depuis 2020, craignant des représailles, les Grecs ne déposent plus toujours les migrants côté turc, ils ne s'approchent plus des rives voisines, et laissent les exilés sur ces îles entre les deux pays", exposait Natalie Gruber, porte-parole de l’association Josoor, à une équipe d'InfoMigrants sur place, fin 2021.

Cette crainte est fondée : au cours du sauvetage de 64 personnes, la police grecque a indiqué avoir essuyé des tirs provenant de la rive turque. Ce contexte dangereux met aussi en danger les exilés. Dimanche 17 avril, une femme a perdu la vie, tuée par une balle, dans un échange de tirs.

>> À (re)lire : "On fait ça et en échange la police nous donnera des papiers" : dans l'Evros, la police grecque se sert des exilés pour refouler d'autres migrants

Toujours est-il que les ONG et collectifs reçoivent régulièrement des récits de migrants qui "arrivent sur le territoire grec, se font repérer, et refouler par les autorités sur ces petites îles dans la rivière", avait décrit Lorenz lors d'un précédent cas. La localisation de ces îlots, sur la ligne frontalière, permet aux deux États de se renvoyer chacun la responsabilité des exilés qui s'y trouvent.

Crainte d'un refoulement pour un autre groupe

Pas plus tard que le 17 avril, un groupe de 13 personnes aurait été refoulé par les garde-frontières grecs vers la Turquie, selon Alarm Phone, après avoir été déposé dans un premier temps sur un îlot proche de la commune grecque de Marasia.

À la mi-mars également, 30 Syriens étaient restés bloqués sur un îlot pendant près de cinq jours. Selon leurs témoignages, les autorités grecques elles-mêmes les auraient expulsés sur ce bout de terre. Durant cette opération de refoulement, un petit garçon de quatre ans s'était noyé.

Au-delà du sauvetage opéré par les autorités grecques, d'autres situations inquiétantes demeurent dans l'Evros. Alarm Phone assure avoir perdu contact avec une quarantaine de personnes. Le collectif craint qu'un "pushback" vers la Turquie n'ait déjà eu lieu.

La CEDH a également été saisie, par le Conseil grec pour les réfugiés, du cas de ce groupe d'une quarantaine de personnes.

 

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