Une embarcation de migrants interceptée par les forces britanniques, au large de Douvres. Crédit : Picture alliance
Une embarcation de migrants interceptée par les forces britanniques, au large de Douvres. Crédit : Picture alliance

Le Royaume-Uni a finalement décidé d'abandonner son projet consistant à repousser hors des eaux britanniques les embarcations de migrants qui tentent de rejoindre les côtes anglaises via la Manche. La mesure controversée, portée par la ministre de l'Intérieur Priti Patel, devait être contestée devant les tribunaux dans quelques jours.

Priti Patel fait marche arrière. La ministre britannique de l’Intérieur répétait inlassablement depuis des mois qu’elle souhaitait autoriser les garde-côtes à repousser hors des eaux anglaises les embarcations de migrants qui tentent de traverser la Manche. Les forces frontalières devaient intercepter les canots et les ramener côté français.

La mesure controversée ne sera finalement pas mise en place, a indiqué, mardi 26 avril, la BBC.

Ce revirement gouvernemental intervient quelques jours avant une date fatidique : le 3 mai. La proposition devait être contestée devant les tribunaux britanniques à partir de ce jour-là. Le syndicat des fonctionnaires PCS (Public and commercial services union), les associations Care4Calais, Channel rescue et Freedom from torture avaient intenté une action en justice, estimant que la Border force n’avait pas le pouvoir légal de repousser les bateaux d’exilés et qu’une telle manœuvre violerait les droits humains - en plus d'être extrêmement dangereuse pour la sécurité des exilés.

Le secrétaire général du PCS, Mark Serwotka, s’est dit "fier" d’avoir, "aux côtés de groupes de réfugiés", empêché que "cette proposition moralement répréhensible et totalement inhumaine ne voie le jour". "Il ne fait aucun doute que des vies ont été sauvées", a-t-il ajouté.

Des pratiques "contraires au droit de la mer"

Cette tactique de refoulement avait aussi été vivement critiquée par les autorités françaises. "La France n’acceptera aucune pratique contraire au droit de la mer", avait déclaré sur Twitter le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, en septembre 2021, répondant aux menaces de son homologue britannique.

Pour Paris, de telles méthodes auraient été contraires au droit maritime international et auraient entrainé des risques pour la sécurité des embarcations de fortune qui entreprennent la traversée de la Manche. "En mer, la sauvegarde de la vie humaine prime sur des considérations de nationalité, de statut et de politique migratoire", avait insisté le ministre français, dans une lettre adressée à Priti Patel.

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Londres, de son côté, justifiait sa décision en déclarant vouloir décourager les passeurs, qui mettent en danger de nombreuses vies. Pour mener à bien sa politique, Priti Patel avait demandé que soit réécrite en ce sens l’interprétation par le Royaume-Uni du droit maritime international, avait révélé le Times.

Cette stratégie, qui avait reçu l'assentiment du Premier ministre, Boris Johnson, ne devait être utilisée que dans "des circonstances très limitées" d'après le Telegraph : pour les plus gros bateaux et quand la situation était jugée sûre.

Plus de 28 000 migrants ont atteint les côtes britanniques en 2021

Une autre mesure, qui fait également polémique, devrait aussi être attaquée en justice par les défenseurs des droits : l'accord Royaume-Uni / Rwanda. Jeudi 14 avril, Londres a annoncé la signature d’un partenariat avec Kigali pour renvoyer les demandeurs d’asile arrivés illégalement en Angleterre au Rwanda. Le projet doit encore être débattu à la Chambre des députés mais la proposition a provoqué un tollé outre-Manche, dès sa proclamation.

Le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) a immédiatement prévenu que ce plan était contraire "à l’esprit de la Convention de Genève", ratifiée par le Royaume-Uni.

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Ces dernières années, le gouvernement britannique tente par tous les moyens d’empêcher les traversées de la Manche, qui ne cessent d’augmenter. En 2021, environ 28 500 personnes ont atteint les côtes britanniques sur des embarcations de fortune, contre 8 400 en 2020. Depuis janvier, ce sont déjà plus de 4 000 migrants qui ont rejoint le Royaume-Uni par la Manche.

 

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