Sans l’aide d’ONG, de nombreux déplacés de la guerre en Ukraine ne pourraient pas s’en sortir | Photo : Reuters/Arnd Wiegmann
Sans l’aide d’ONG, de nombreux déplacés de la guerre en Ukraine ne pourraient pas s’en sortir | Photo : Reuters/Arnd Wiegmann

En Suisse, les aides sociales sont insuffisantes pour de nombreux déplacés ukrainiens qui peinent à joindre les deux bouts dans un pays où le coût de la vie est l’un des plus élevés au monde.

Le week-end dernier, dans le centre de Zurich, des centaines d'Ukrainiens ont fait la queue devant une banque alimentaire appelée "Essen für Alle" (À manger pour tous). Parmi eux, Kristina s’est présentée avec sa fille de sept ans. Elle vit chez une famille d’accueil suisse, mais explique que ses hôtes ne sont pas en mesure de couvrir l’ensemble des repas. "On vient ici pour chercher de la nourriture parce que nous n’avons pas d’autre choix", assure Kristina, 42 ans et originaire de Kiev.

>> À (re)lire : L'accueil des réfugiés ukrainiens en Pologne, ou comment panser les plaies de l'Histoire

Les déplacés perçoivent une certaine aide financière de l’État, peu importe qu’ils soient hébergés à titre privé ou dans des logements gérés par les autorités. Dans certains districts ou cantons, l’État verse également une contribution aux familles d’accueil. Mais face au coût de la vie en Suisse, qui est parmi les plus élevés au monde, de nombreux déplacés ont malgré tout du mal à s’en sortir.

Les organisations caritatives suisses affirment qu'un grand nombre de personnes s'adressent à elles pour de la nourriture, des vêtements et des soins médicaux. "Certains vivent avec des familles qui ne peuvent plus payer leur nourriture. D’autres sont dans des centres pour demandeurs d’asile, où la nourriture est insuffisante. Nous constatons une forte demande", confirme Ariane Stocklin, du projet d'aide "Incontro".

Sentiment d’abandon des familles d'accueil 

Heike Isselhorst, porte-parole du département des services sociaux de Zurich, a déclaré que l’État couvrait les besoins de base des réfugiés et des demandeurs d'asile hébergés par les autorités. Mais rien n’est prévu pour fournir une aide aux déplacés ukrainiens qui séjournent dans des familles d'accueil.

La semaine dernière, Gaby Szoelloesy, qui coordonne les services cantonaux d'aide sociale, a même présenté ses excuses aux familles qui se sentaient abandonnés. "C'est tout simplement très difficile si nous n’avons même pas connaissance de l’engagement d’une famille d’accueil parce que celle-ci n’est pas passée par les canaux officiels", a-t-il déclaré.


Des déplacés ukrainiens font la queue devant une banque alimentaire de Zurich, le 23 avril 2022. Crédit : Reuters
Des déplacés ukrainiens font la queue devant une banque alimentaire de Zurich, le 23 avril 2022. Crédit : Reuters


Comme de nombreux autres pays européens, la Suisse permet aux déplacés d'Ukraine de demander un permis de séjour et de travail temporaire. Ils bénéficient d'un statut de protection spécial ("S") sans passer par la procédure bien plus longue qui s'applique aux autres demandeurs d'asile, comme ceux d'Afghanistan ou d'Érythrée.

Malgré les avantages du statut "S", le journal Sonntagszeitung affirme que dans certaines régions du pays, les Ukrainiens seraient financièrement moins bien lotis que les autres demandeurs d'asile.

De plus en plus de voix s'élèvent ainsi pour appeler à davantage d’aide pour ceux qui fuient la guerre en Ukraine. Andreas Glarner, député du parti populiste d'extrême droite UDC et bien connu pour ses positions anti-migrants, estime qu’il faut renforcer l’aide. Pour lui, les Ukrainiens sont de "vrais réfugiés" et la Suisse se doit de veiller à leur santé.

Moins de 8 euros par jour

Avant la guerre en Ukraine, les prestations sociales versées aux demandeurs d'asile ne permettaient déjà pas de vivre convenablement dans de nombreuses régions de Suisse. En 2017, Zurich a même décidé de baisser le niveau des aides sociales par demandeur d’asile à environ 500 francs suisses par mois (environ 480 euros).

Selon les calculs du journal Sonntagszeitung, une famille de trois déplacés ukrainiens dans le canton d'Argovie, au nord de la Suisse, reçoit actuellement moins de 8 francs par personne et par jour (un peu moins de 8 euros). À titre de comparaison, un Big Mac au McDonald's d'Aarau, la capitale du canton, coûte 7,20 francs (environ 7 euros).

La Suisse a accueilli environ 40 000 déplacés depuis le début de l'invasion russe fin février.

 

Et aussi