Des migrants, secourus dans la Manche par les forces britanniques, arrivent à Douvres, le 14 avril 2022. Crédit : Reuters
Des migrants, secourus dans la Manche par les forces britanniques, arrivent à Douvres, le 14 avril 2022. Crédit : Reuters

La réforme du droit d’asile, qui prévoit notamment de renvoyer au Rwanda les demandeurs d’asile arrivés illégalement au Royaume-Uni, est entrée dans la loi britannique jeudi. La ministre de l’Intérieur, Priti Patel, a qualifié le moment d’"historique", tandis que les associations et les organisations internationales ont évoqué un "triste jour". Les ONG ont indiqué vouloir contester le texte devant les tribunaux.

La ministre de l’Intérieur britannique, Priti Patel, l’a fièrement annoncé sur son compte Twitter dans une vidéo de plus de deux minutes. "Aujourd’hui, le projet sur la nationalité et les frontières a reçu l’assentiment royal et est désormais une loi", s’est félicitée la ministre, jeudi 28 avril.

Il s'agit "d'un moment historique pour le pays" qui va permettre "d'aller encore plus loin pour combattre l'immigration illégale et les groupes criminels en offrant des sanctions plus sévères contre ceux qui facilitent l'entrée illégale et dangereuse au Royaume-Uni", a-t-elle argué.

Sa réforme controversée du droit d’asile avait franchi mercredi un dernier obstacle au Parlement britannique. Il ne manquait plus que l’assentiment de la reine Elizabeth II. La chambre des Lords avait rejeté par 212 voix contre 157 une dernière tentative pour bloquer le texte, à savoir garantir que la nouvelle législation soit conforme aux obligations internationales du Royaume-Uni envers les réfugiés. À l’annonce du résultat, des cris de honte de certains députés ont retenti dans le Parlement, indique le quotidien The Guardian.

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La loi prévoit notamment de durcir les sanctions contre les passeurs et les migrants arrivés illégalement dans le pays, ainsi que l'envoi au Rwanda des demandeurs d’asile. Il y a deux semaines, le gouvernement conservateur de Boris Johnson a signé un accord avec Kigali pour que le pays d’Afrique de l’Est "accueille" les exilés venus de manière illégale en Angleterre et qu’il soit en charge du traitement de leurs dossiers d’asile. Ce partenariat fait polémique outre-Manche.

Critiques et actions en justice

La loi a été accueillie par une salve de critiques d’organisations internationales et d’ONG de défense des droits humains. Le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) a "regretté" sur Twitter un texte "qui sape le droit et les pratiques internationales en matière de protection des réfugiés".

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L’association Care4Calais a de son côté évoqué un "triste jour". "Nous sommes en colère, nous sommes bouleversés, nous sommes inquiets pour les personnes que nous soutenons. Cette législation les affectera concrètement, en les criminalisant pour avoir choisi de fuir leur foyer", peut-on lire sur sa page Twitter.

Mais les militants n’ont pas dit leur dernier mot. "Le gouvernement pense que c’est gagné, mais il ferait mieux d’y réfléchir à deux fois", a assuré Freedom from torture, ajoutant que "la riposte commence maintenant". L’ONG s’apprête à intenter une action en justice contre la nouvelle législation, doutant de sa légalité en vertu de la Convention de Genève, signée par le Royaume-Uni et qui régit le statut de réfugié. 

Les associations ont déjà obtenu une importante victoire cette semaine. Le gouvernement a abandonné son projet de repousser hors des eaux britanniques les embarcations de migrants qui tentent de rejoindre les côtes anglaises. Priti Patel a fait marche arrière, quelques jours avant que la proposition ne soit contestée devant les tribunaux.

 

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