Deux embarcations de migrants récupérées par les forces britanniques, le 1er mai 2022, au large de Douvres. Crédit : Reuters
Deux embarcations de migrants récupérées par les forces britanniques, le 1er mai 2022, au large de Douvres. Crédit : Reuters

Un homme accusé de trafic d'être humains a été arrêté à Londres, mercredi 4 mai. Le Royaume-Uni et la Belgique, qui ont mené conjointement l'enquête, le soupçonnent d'être à la tête de "l'un des plus importants réseaux criminels impliqués dans la fourniture de bateaux à des passeurs". Ces embarcations de fortune servent aux traversées de la Manche pour les exilés du nord de la France souhaitant rejoindre les côtes britanniques.

Âgé de 29 ans, Hewa Rahimpur est un ressortissant iranien, établi au Royaume-Uni. Mercredi 4 mai, dans l'après-midi, l'agence britannique de lutte contre la criminalité (NCA) a procédé à son arrestation, à Londres. "Il est accusé d’être un acteur majeur dans ce que nous qualifierions de l’un des plus importants réseaux criminels impliqués dans la fourniture de bateaux à des passeurs", a affirmé Jacque Beer, le directeur régional des investigations de la NCA, dans un communiqué de l'agence.

L'homme est présenté ce jeudi 5 mai devant les juges du tribunal de Westminster, à Londres, relate l'AFP. Les infractions commises relèvent, selon le parquet, d'un "trafic systématique d'êtres humains".

L'enquête avait débuté en octobre 2021, lorsque la police belge avait découvert plusieurs bateaux et moteurs cachés à l'arrière d'un véhicule, à la frontière entre la Belgique et la France. Depuis lors, le Royaume-Uni et la Belgique travaillaient conjointement sur l'enquête.

Les bateaux fournis par le réseau criminel proviendraient de Turquie. Leur livraison se serait faite régulièrement en direction de l'Allemagne, de la Belgique et des Pays-Bas. Puis, des complices acheminaient les embarcations de fortune jusque sur les côtes du littoral nord français, selon les enquêteurs.

"Des pièges mortels"

Les canots fournis par le réseau servaient ainsi à la traversée de la Manche pour les migrants souhaitant rejoindre les côtes britanniques. "Certains des bateaux que nous avons vus n’étaient rien moins que des pièges mortels, maintenus à l’aide de ruban adhésif et de planches de bois", expose Andrea Wilson, directrice-adjointe chargée de la criminalité organisée en matière d’immigration à la NCA.

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En mars 2022, la NCA avait émis un nouvel appel aux acteurs de l'industrie maritime britannique, pour les sensibiliser aux risques d'être ciblés par des réseaux criminels cherchant à se fournir en embarcations et équipement.

Cette vigilance accrue s'inscrit dans un contexte de constante augmentation des traversées de la Manche, et ce depuis 2018. En 2021, plus de 28 500 personnes ont effectué ces périlleuses traversées, selon le ministère de l'Intérieur. Elles étaient 8 466 en 2020, 1 843 en 2019 et 299 en 2018.

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Un système de très haute sécurité a été mise en place aux abords de l'Eurotunnel et autres terminaux de ferries dans la région de Calais. Impossible ou presque désormais de grimper dans les camions en direction de l'Angleterre. Les candidats au départ se tournent presque tous vers la mer. Cette "sur-militarisation du littoral nord conduit à une prise de risque plus grande", déplorait en début de semaine Marguerite Combes, coordinatrice de l’antenne d’Utopia 56 à Calais, auprès d'InfoMigrants.

Au lendemain du naufrage de fin novembre 2021, lors duquel 27 personnes avaient perdu la vie, Franck Dhersin, vice-président (LR) de la région Hauts-de-France en charge des mobilités, avait appelé à traquer les têtes des réseaux de trafiquants à Londres. "On arrête des passeurs, des secondes mains, des petites mains, des lieutenants. On peut en arrêter 100 par semaine, il y en a 100 autres qui vont venir (...) Pour pouvoir lutter, il faut arrêter les organisateurs, les chefs de la mafia", avait-il soutenu sur BFMTV.

 

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