Sans l’aide d’ONG, de nombreux déplacés de la guerre en Ukraine ne pourraient pas s’en sortir . Crédit : Reuters
Sans l’aide d’ONG, de nombreux déplacés de la guerre en Ukraine ne pourraient pas s’en sortir . Crédit : Reuters

Avant la guerre, Lena* dirigeait sa propre agence de communication en Ukraine. Aujourd’hui, elle vit en Bulgarie avec son fils. L'Ukrainienne de 40 ans a confié son histoire à InfoMigrants. Dans cette deuxième partie, elle raconte comment elle tente de reconstruire sa vie à Sofia et comment la guerre a divisé sa famille.

>> Retrouvez la première partie du récit de Lena ici : "Vous vous demandez comment vous avez pu en arriver là" : Lena raconte sa fuite d'Ukraine (1/2)

"Quand nous sommes arrivés en Bulgarie, la population nous a apporté toutes sortes de choses. Je ne m’y attendais pas. Les gens sont tellement adorables ici. C'était vraiment magique.

Cette mère de famille vivait à Kiev avec son fils avant que la guerre n’éclate. Aujourd’hui, elle se retrouve déplacée à l'étranger comme des millions d’autres Ukrainiens. Lena cherche désormais un semblant de retour à la normalité. Au début, se souvient-elle, il a fallu être débrouillard face à des institutions bulgares mal préparées.

La seule chose que je pourrais peut-être critiquer est le manque d'informations de la part du gouvernement. Quand nous sommes arrivés, il n'était pas très clair où nous devions aller, ou bien où nos enfants pouvaient aller à l'école. Et puis, j'avais vraiment peur. Je devais résoudre la question de l'achat d'un ordinateur pour mon fils, d'un appartement et de son éducation, car l'éducation est tellement importante pour moi.

Les premiers jours et les premières semaines ont été très difficiles. Je ne savais pas ce qui se passait, j'étais absorbée par les informations sur la guerre. Je n'avais aucun contact avec qui que ce soit.


Des Ukrainiens arrivant à Przemysl en Pologne, le pays qui abrite le plus grand nombre de déplacés actuellement. Crédit : EPA
Des Ukrainiens arrivant à Przemysl en Pologne, le pays qui abrite le plus grand nombre de déplacés actuellement. Crédit : EPA


Ce qui m'a aidé en arrivant en Bulgarie, c'est mon expérience internationale. J'ai vécu en Lituanie pendant un an et j'ai travaillé pour l’AISEC [une organisation étudiante, ndlr] après avoir terminé mon master en économie internationale.

>> À (re)lire : Guerre en Ukraine : malgré sa bonne santé financière, la Suisse peine à assurer l'accueil des déplacés

Ce qui a été dur en revanche, c'est de recevoir de l'aide. Au début, on me donnait des vêtements au centre pour réfugiés, c'était mentalement difficile à gérer. J'étais vraiment très reconnaissante et d'un autre côté, j'étais habituée à un certain niveau de vie. J'avais mon entreprise de communication en Ukraine, j'étais une femme d'affaires. Je ne voulais pas paraître ingrate. Je ne correspondais pas aux stéréotypes sur les réfugiés et j'ai eu du mal à l'accepter.

S'intégrer en Bulgarie

L'autre défi de Lena a été la scolarisation de son fils. Paradoxalement, la pandémie de coronavirus a eu des retombées positives puisque les cours en ligne mis en place pendant les confinements se poursuivent.

La plupart des enseignants sont encore sur le territoire ukrainien. Il est arrivé qu'ils donnent des cours depuis des abris anti-bombes. Tous ces enseignants sont des héros. Mais malgré tout, cette nouvelle vie est difficile pour mon fils. Il ne parle pas aussi bien anglais que moi et les enfants bulgares ne parlent pas non plus très bien anglais. La communication peut s'avérer difficile. Il est introverti et je pense que cela prendra du temps. Par contre il s'entend bien avec les adultes.


Certains enfants ukrainiens ont retrouvé le chemin de l’école à l’étranger. Le fils de Lena continue à suivre  les cours à distance mis en place pendant la pandémie. Crédit : Picture alliance
Certains enfants ukrainiens ont retrouvé le chemin de l’école à l’étranger. Le fils de Lena continue à suivre les cours à distance mis en place pendant la pandémie. Crédit : Picture alliance


À Sofia, la jeune femme vit seule dans un appartement avec son fils. Elle s’est liée d’amitié avec la famille qui les a aidés à leur arrivée en Bulgarie. Lena apprend aussi ses premières phrases en bulgare.

J'ai trouvé des applications pour apprendre rapidement. Je n'aime pas aller à l'école, je suis plutôt pour le monde virtuel. Je suis une communicante mais j'aime le monde virtuel.

>> À (re)lire : L'école pour Anna, réfugiée ukrainienne, une échappatoire pour se reconstruire

Aujourd'hui, la mère de famille a commencé à retrouver sa fibre entrepreneuriale et a proposé ses services aux autorités bulgares qui cherchent à digitaliser les processus administratifs.

Tout s'est arrêté avec la guerre. Il faut maintenant trouver de nouveaux contrats, dans un nouveau pays, et tout recommencer à zéro. Mais j'ai réussi à lancer ici des applications que j'avais développées en Ukraine. J'ai rencontré des ministres et le département de la communication du ministère bulgare de l’Intérieur. Je travaille également sur des applications permettant aux réfugiés ukrainiens de placer leur argent ici pour qu'ils se sentent en sécurité. Il est important d'avoir un programme clair en langue ukrainienne ou russe pour que les Ukrainiens comprennent ce qu’ils achètent.

Des habitants de Marioupol cherchant à quitter la ville. Crédit : Picture alliance

Conflits avec sa famille

Si elle s'intègre en Bulgarie, Lena espère malgré tout retourner en Ukraine quand la paix sera revenue.

Ce n'était pas dans mes plans de changer de patrie. J'étais arrivée à un moment où tous mes projets professionnels étaient liées aux réformes économiques de l’Ukraine. Je voulais améliorer la vie des gens. Actuellement, je regarde ce qui se passe et je ne sais pas quand je pourrai rentrer dans mon pays.

Mais même si la guerre prend fin, le conflit aura profondément marqué sa famille. Ses proches sont russophones et originaires de la région de Marioupol, dans le sud-est de l’Ukraine. La guerre a divisé la patrie.

Je suis toujours en contact avec ma mère, mais je ne parle plus à mon frère ni à ma sœur. Elle vit en Russie et elle m'accuse d''être une 'fasciste' et de 'mentir' sur les bombardements. J'ai essayé de lui expliquer que les Russes tuent des gens, et qu'il ne s'agit pas d'une simple 'opération'. Mais elle pense qu’on m’a fait un lavage de cerveau et qu’on me cache la vérité. Elle estime que je n’étais pas informée en étant réfugiée dans un abri anti-bombes et que les Ukrainiens se tiraient eux-mêmes dessus.

J'ai fini par bloquer toutes les publications de ma sœur sur les réseaux sociaux. Elle postait de la propagande pro-russe, selon laquelle les Ukrainiens devraient être tués.

*Lena est un pseudonyme pour protéger les membres de sa famille.

 

Et aussi