Kira, 14 ans, a fui l'Ukraine avec Daryna, sa petite soeur de 8 ans. Crédit : Monika Sieradzka/DW
Kira, 14 ans, a fui l'Ukraine avec Daryna, sa petite soeur de 8 ans. Crédit : Monika Sieradzka/DW

Plus de 4 000 enfants vivant dans des orphelinats ou des familles d’accueil en Ukraine ont été évacués vers la Pologne pour échapper à la guerre.

Fin février, seule une poignée d'enfants polonais vivaient dans l'un des foyer pour enfants de Lodz, dans le centre de la Pologne. Désormais, l’établissement a fort à faire. Depuis que la guerre a éclaté en Ukraine le 24 février, le foyer accueille plusieurs dizaines de jeunes venus d’un orphelinat de la ville de Kovel, dans l’ouest de l’Ukraine.

Parmi ces enfants se trouve Kira, 14 ans. "Je suis allée à l'école de musique pendant cinq ans. Je voulais commencer ma formation de chef de chœur pour pouvoir un jour diriger ma propre chorale d'église. Je veux apprendre aux enfants à chanter", explique-t-elle. Pour le moment, la guerre a mis son rêve entre parenthèses et Kira doit faire face à sa nouvelle réalité. 

Elle fait partie des plus âgés du groupe de réfugiés ukrainiens et aide Galina Jovikà, l'ancienne directrice de l’orphelinat de Kovel, à s'occuper des plus petits. Selon Galina Jovikà, quitter l’Ukraine était nécessaire, pour assurer la sécurité des plus jeunes.

"La nuit, nous étions réveillés par les sirènes toutes les deux heures et nous devions aller au sous-sol. À chaque fois, il fallait réveiller les enfants, les habiller, puis les remonter à l'étage, les déshabiller et les remettre au lit. C'était difficile. Nous avons fini par décider de passer les nuits entières dans le sous-sol", se souvient la cinquantenaire.


Quarante-et-un enfants ukrainiens ont trouvé refuge dans ce foyer pour enfants de Lodz, dans le centre de la Pologne. Crédit : Monika Sieradzka/DW
Quarante-et-un enfants ukrainiens ont trouvé refuge dans ce foyer pour enfants de Lodz, dans le centre de la Pologne. Crédit : Monika Sieradzka/DW


La directrice a fini par accepter la proposition du ministère ukrainien des Affaires sociales d'évacuer l’orphelinat. Galina Jovikà a également emmené son petit-fils de six ans, Artyom. Sa fille et son frère font tous les deux partie de l’armée et sont restés en Ukraine.

À Lodz, elle s'occupe désormais d'un groupe de 20 enfants âgés de trois à 16 ans. Ils ont été rejoints par un deuxième groupe de 21 enfants handicapés, en provenance d’un autre foyer d’enfants de la région de Kovel.

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Leur hébergement a été organisé par l'ONG Happy Kids, qui s'occupe d'orphelins et de familles d'accueil en Pologne depuis 20 ans. L’organisation peut également compter sur un vaste réseau en Ukraine.

"Dès le début de la guerre, nous avons immédiatement contacté nos organisations partenaires ukrainiennes et les autorités", se souvient Przemyslaw Macholak de Happy Kids. "Jusqu'à présent, nous avons évacué quelque 1 500 enfants ukrainiens vers la Pologne et les avons placés dans 10 foyers différents."

"Si cette tragédie continue, il y aura de plus en plus d'enfants qui vont perdre leurs parents dans cette guerre", ajoute sa collègue, Izabela Kartasinska. "Nous essaierons également d'aider ces orphelins de guerre."

Plus de 4 000 enfants accueillis

Pour une meilleure prise en charge des enfants, la Pologne a tenté ces 20 dernières années de fermer les grands foyers dans le cadre de ses réformes sociales. Près de 80 % des enfants polonais pris en charge par les services sociaux ont ainsi été placés dans des familles d'accueil. Aujourd’hui, ce sont les enfants ukrainiens qui remplissent à nouveau les foyers pour enfants.

"Nous nous battons depuis 20 ans pour nous débarrasser de ces énormes établissements. Le fait que ces foyers se remplissent à nouveau aujourd'hui est une ironie de l'Histoire, mais heureusement, c'est pour la bonne cause", note Izabela Kartasinska de Happy Kids.

Depuis la mi-mars, tous les enfants provenant de foyers et d'orphelinats ukrainiens doivent être enregistrés dans un centre dédié à Stalowa Wola, à près de 150 kilomètres de la frontière avec l'Ukraine. De là, ils sont répartis à travers le pays dans d'anciens foyers pour enfants et des centres de convalescence.

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À ce jour, plus de 4 000 enfants ukrainiens dépendant des services sociaux ont ainsi trouvé refuge en Pologne. Comme la plupart d'entre eux ont traversé la frontière sans leurs tuteurs légaux, la Pologne a mis en place une forme de tutelle temporaire.

Des enfants sous le choc

Au foyer pour enfants de Lodz, les plus âgés fréquentent une école polonaise. Galina Jovik veille à ce que les cours d'ukrainien se poursuivent également. Elle espère que les enfants pourront bientôt rentrer dans leur pays, mais en attendant, il est important pour eux de retrouver une certaine routine.


Retrouver une certaine normalité est important pour réussir à digérer le choc de la guerre. Crédit : Monika Sieradzka/DW
Retrouver une certaine normalité est important pour réussir à digérer le choc de la guerre. Crédit : Monika Sieradzka/DW


"Le plus important est de dire la vérité aux enfants. Ils ressentent notre nervosité, notre tension", assure Galina Jovik. "Il ne faut pas cacher les problèmes, car les enfants n'aiment pas être trompés. Ils ne vous le pardonneront jamais."

Elle a néanmoins cherché à protéger les plus jeunes de la vérité, en leur expliquant qu’ils partaient en vacances pour se faire de nouveaux amis.

Pour les enfants plus âgés comme Kira, cependant, la guerre est bien présente dans leurs pensées. "J'ai peur que la guerre continue", dit-elle. Les larmes aux yeux, elle ajoute qu'elle ne trouve pas les mots pour parler de ce qui se passe dans l'est de l'Ukraine, où "les Russes tirent et tuent des petits enfants".

Chaque jour, elle prie et chante pour la paix. "Nous survivrons toutes les batailles", dit Kira, du haut de ses 14 ans, fermement convaincue que l'Ukraine l'emportera.

Auteure : Monika Sieradzka

Source : dw.com

 

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