Le camp érigé en janvier n'avait cessé de grossir au fil des mois. Crédit : Utopia 56
Le camp érigé en janvier n'avait cessé de grossir au fil des mois. Crédit : Utopia 56

Environ 500 migrants, majoritairement originaires d'Afghanistan, ont été évacués, mercredi matin, de leur campement de Pantin, au nord de Paris. Le camp avait été érigé dans un square, en janvier, et n’avait cessé de grossir depuis. Les associations regrettent qu'une quarantaine de personnes n'aient pas été prises en charge, faute de places disponibles dans les centres d'hébergement, et que certains exilés aient déjà été remis à la rue.

Mercredi 11 mai, dès 7h du matin, les premiers migrants ont été évacués de leur campement de fortune, installé en janvier dans un square de Pantin, au nord de Paris. Le démantèlement s’est déroulé jusqu’à près de 11h, sans encombres, d’après la préfecture de Seine-Saint-Denis, citée par l’AFP.

Pour les humanitaires en revanche, l’évacuation a été "chaotique" et "désorganisée". "Ça a pris beaucoup plus de temps que d’habitude", rapporte à InfoMigrants Pierre Mathurin, coordinateur d’Utopia 56 à Paris. En cause, selon lui : une opération assurée uniquement par les forces de l’ordre, qui ont maintenus à l’écart les membres de France terre d’asile, association mandatée par l’État pour informer les exilés de la suite des évènements.


Environ 500 migrants sont montés dans les bus affrétés pour le démantèlement. Crédit : Utopia 56
Environ 500 migrants sont montés dans les bus affrétés pour le démantèlement. Crédit : Utopia 56


Environ 500 personnes, majoritairement originaires d’Afghanistan, sont montées dans les bus affrétés pour l’occasion. En priorité, les femmes et les enfants, puis les hommes seuls.

Les militants ont été surpris de voir les migrants subir des "palpations approfondies" et être passés au détecteur de métaux avant de prendre place dans les véhicules. Une première lors d’une évacuation, à notre connaissance.

"J’en avais marre de dormir dehors"

Les occupants de ce square de Pantin étaient soulagés de quitter le camp, qui n’a eu de cesse de grossir au fil des mois. "Je suis très content, j’en avais marre de dormir dehors, sous une tente. Là, au moins j’aurai un toit au-dessus de ma tête", déclare à InfoMigrants Arsalan*, un Afghan de 30 ans. Son compatriote Ahmad*, un réfugié statutaire âgé de 18 ans, se dit, lui aussi, "heureux d’avoir trouvé un abri". "Le camp, c’était l’enfer", affirme-t-il.

Le soulagement a pourtant vite laissé place à l’inquiétude. La plupart des migrants ont été orientés vers des centres d’hébergement en Ile-de-France mais aussi en province. Ahmad, lui, a été envoyé avec sa mère en région parisienne, mais il est quand même préoccupé. "C’est mieux que rien mais je vais à l’école dans Paris. Je pense que la distance va me poser des problèmes, d’autant que ma mère a des troubles psychologiques et je ne peux pas la laisser seule trop longtemps", raconte le jeune homme.

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Beaucoup éprouvent aussi une certaine lassitude : leur expérience de ces "mises à l’abri" ne leur laisse guère d’illusion. Ils savent qu’elles sont éphémères et qu’elles sont souvent suivies d’un retour à la rue, en raison de leur statut administratif. Nombre d’entre eux sont des "dublinés" : leur demande d’asile dépend du premier pays d’arrivée en Europe et ils ne peuvent prétendre à un hébergement en France pendant au moins 18 mois.

Retour à la rue

Et la remise à la rue a déjà commencé, quelques heures seulement après le démantèlement. Un Afghan affecté au CAES (centre d’accueil d’examen de la situation) de Clichy, dans les Hauts-de-Seine, s’est vu refuser un hébergement dès son arrivée, indique Pierre Mathurin. L’homme, dont la demande d’asile a été déboutée, attend son recours à la CNDA (Cour nationale du droit d’asile). Pour le personnel du centre, "cette procédure ne coïncide pas avec une prise en charge", précise le responsable d’Utopia 56. Une dizaine serait dans la même situation.

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D’autres migrants n’ont, quant à eux, pas pu profiter de l’évacuation. Une quarantaine de personnes n’ont pas eu le droit de monter dans les bus, faute de places suffisantes dans les lieux d’accueil, signalent les associations. Ces personnes ont été dispersées par la police et sommées de quitter le quartier.

"C’est toujours la même chose, dès demain, tout va recommencer", déplore Philippe Caro, du collectif Solidarité migrants Wilson, joint par InfoMigrants. "Certains ont un répit de quelques jours ou semaines, d’autres doivent repartir de zéro".

"On veut le même traitement que celui réservé aux Ukrainiens"

Les migrants laissés sur le carreau mercredi se retrouvent démunis. Leur ancien campement est désormais interdit d’accès : un cadenas a été installé sur la porte du parking, des grillages ont été déposés devant, les toilettes et points d’eau emportés.


Un cadenas a été installé sur la porte d'entrée du campement de Pantin. Crédit : Utopia 56
Un cadenas a été installé sur la porte d'entrée du campement de Pantin. Crédit : Utopia 56


"Après une mise à l’abri comme celle de ce matin, c’est toujours compliqué pour les personnes à la rue. Pendant plusieurs semaines, les exilés renvoyés dehors ainsi que les primo-arrivants ne savent pas où s’installer car ils sont chassés toutes les nuits par les policiers", explique Pierre Mathurin.

"On veut le même traitement que celui réservé aux Ukrainiens", insiste Philippe Caro. "On le savait, mais on a eu la preuve qu'il est possible de trouver des logements dans l’urgence et de permettre aux gens de vivre légalement en France. Il faut arrêter de se leurrer : les Afghans ne retourneront pas à Kaboul, alors offrons leur un traitement digne et pérenne".

 

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