Entre 1 000 et 1 500 migrants vivent à Calais, dans le nord de la France. Crédit : Reuters
Entre 1 000 et 1 500 migrants vivent à Calais, dans le nord de la France. Crédit : Reuters

Le corps d'un exilé "a priori érythréen" a été découvert mercredi en fin d'après-midi à Marck, près de Calais. Il s'était pendu à une sangle de camion, dans une remorque, a affirmé le parquet de Boulogne-sur-Mer. Le lieu de l'accident est tout proche d'un campement où survivent près de 300 personnes, éreintées psychologiquement par leurs conditions de vie.

Découverte macabre dans le nord de la France. Le 11 mai, vers 16h, un migrant a été retrouvé mort, pendu à une sangle de camion dans une remorque. Le véhicule était stationné sur un parking de la zone d’activité de Transmarck, à Marck, près de Calais. Une enquête a été ouverte, "en recherche des causes de la mort", mais d’après le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, Guirec Le Bras, la "thèse suicidaire est privilégiée".

La victime, "à priori d’origine érythréenne et âgée d’environ 20 à 25 ans", n’a "pas pu être identifiée" à ce stade, a-t-il précisé. Ses amis interrogés par InfoMigrants affirment qu'il est Soudanais, originaire de la région du Darfour.

Selon les premiers éléments, "il est décédé quelques heures avant la découverte" de son corps par des exilés présents dans la zone, qui ont prévenu les CRS. Toujours selon le procureur, "il n’y a pas de témoin du drame".

Les migrants tentent régulièrement de monter dans les camions de ce parking grillagé situé près de la rocade portuaire et de l’A16, pour atteindre le Royaume-Uni et échapper aux conditions désastreuses dans lesquelles ils vivent. Mais accrocher les poids lourds en circulation est très dangereux. En janvier, un Soudanais de 18 ans est mort, après avoir essayé de monter sur l'un d'eux. Il avait "chuté" et avait "été écrasé par ce camion", d’après le parquet de Boulogne-sur-Mer.

D’une vingtaine de personnes à plus de 300

Tout près de là tentent de survivre près de 300 exilés, soudanais pour la plupart, et quelques érythréens. "Certainement le lieu de vie de la personne décédée", indique à InfoMigrants Pauline Joyau, coordinatrice de l’association Utopia 56. "En 2019, il n’y avait qu’une vingtaine de personnes, des ressortissants afghans. Mais les expulsions incessantes dans la région, de la zone des Dunes et de l’hôpital notamment, ont poussé les personnes à s’installer ici, explique-t-elle. Cet endroit est désormais un des seuls où les exilés peuvent poser leurs tentes. Et depuis septembre, leur nombre ne fait qu’augmenter".

Si jusqu’ici, le campement était relativement épargné par les expulsions, depuis quelques mois, les autorités y multiplient les tentatives de dissuasion. Tranchées, tas de terres et terrain labouré : "tout est mis en œuvre pour que les gens ne puissent plus s’installer, affirme Pauline Joyau. Ce qui les oblige à se rapprocher, de plus en plus, de la voie ferrée".

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Avec là aussi, des conséquences dramatiques. Le 28 février dernier, un Soudanais de 25 ans est décédé après avoir été percuté par un train, à Marck. Il marchait le long de la ligne de chemin de fer avec une autre personne, qui a survécu.

Détresse psychologique

Ces accidents, couplés aux conditions de vie déplorables et au "harcèlement policier" - actuellement dans la région, des expulsions ont lieu toutes les 36 ou 48h – détériorent considérablement la santé mentale des migrants. Plus récemment, l’annonce de l’externalisation des demandes d’asile au Rwanda par le Royaume-Uni a décuplé leur angoisse. "Nombre d’entre eux sont en détresse psychologique, déplore Pauline Joyau. Mais comme pour tout le reste, les moyens manquent".

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Utopia 56 dispose d’une permanence en soins de santé – dont des soins psychologiques – deux fois par semaine. Et les centres médico-psychologiques de la région sont accessibles aux exilés. "Mais ça ne suffit pas. Avec si peu de moyens à disposition, impossible d’engager un vrai suivi", regrette Pauline Joyau.

Conséquence : les migrants sont livrés à eux-mêmes. Certains, pour échapper à la réalité, tombent dans les addictions. Ou pire, pensent n'avoir plus d'autre solution que de mettre fin à leur vie, à l'image du jeune décédé ce mercredi.

Il y a un an, un de ses compatriotes a suivi le même chemin. Il s’était aussi pendu, à plus de 1000 km de là, sur les rives du fleuve franco-espagnol de la Bidassoa.

 

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