Un travailleur égyptien sur un chantier à Milan, en Italie. Crédit : Ansa
Un travailleur égyptien sur un chantier à Milan, en Italie. Crédit : Ansa

Le gouvernement italien a signé lundi un accord avec les partenaires sociaux pour former 3 000 demandeurs d’asile et réfugiés dans le secteur du bâtiment. Ce domaine d’activité subit une pénurie de main-d’œuvre et a besoin de 260 000 personnes supplémentaires.

"Une grande opportunité pour les travailleurs et pour le pays". Le ministre Italien du Travail et des Politiques sociales Andrea Orlando s’est félicité lundi 16 mai dans un communiqué de la signature d’un accord entre les partenaires sociaux et le gouvernement pour la formation et l’embauche de 3 000 migrants dans le secteur du bâtiment.

Les personnes visées par ce protocole inédit sont les demandeurs d’asile et les réfugiés, mais aussi les mineurs non accompagnés en passe de devenir majeur et les anciens mineurs isolés pris en charge en Italie et ayant déjà atteint la majorité. Les candidats seront sélectionnés dans les centres d’accueil de tout le pays.

"Favoriser l’intégration"

L’accord prévoit le financement de leur formation dans des écoles de construction, coordonnée par la Formedil (organisme national de formation professionnelle dans le bâtiment), et des stages dans les entreprises du secteur. Des contrats d’apprentissage sont également envisagés pour les mineurs non accompagnés. À l’issue de l’enseignement, les exilés ayant fait leurs preuves se verront proposer des contrats dans des sociétés du bâtiment.

"La formation et le travail sont toujours des leviers extraordinaires pour favoriser l’intégration, permettre aux migrants de construire une nouvelle vie en Italie et contribuer à la croissance de notre pays", a déclaré Andrea Orlando, ajoutant qu’il espérait signer prochainement des accords similaires dans d’autres secteurs d’activité.

La ministre de l’Intérieur Luciana Lamorgese a pour sa part salué "un modèle important pour de nouvelles alliances entre le public et le privé". " Face aux mouvements migratoires, il est nécessaire que notre société renforce rapidement sa capacité de résilience, en se montrant capable non seulement d’accueillir les personnes dans le besoin, mais aussi de puiser sa force dans leur pleine intégration dans le tissu social et économique", a-t-elle affirmé.

Un secteur en pénurie de main-d’œuvre

Cet accord est signé alors que le secteur du bâtiment souffre d’une importante pénurie de main-d’œuvre. Selon le quotidien italien Il Fatto Quotidiano, 260 000 postes sont vacants dans le domaine de la construction. D'autres secteurs comme celui du tourisme par exemple connaissent le même problème.

L'Italie, principale porte d’entrée des migrants en Europe via la Méditerranée, a pourtant ces dernières années tout fait pour empêcher les exilés de venir sur son sol. Même si la nomination en 2019 de la ministre Luciana Lamorgese, à la suite du chef du parti d’extrême droite Matteo Salvini, a quelque peu changé la donne, la politique d’accueil reste toujours en "tâtonnement", selon le dernier rapport de la Fondation Migrantes, une ONG catholique italienne. "Aucun gouvernement n’a eu de véritable vision de l’intégration des exilés, ou un projet politique dédié", regrettait en fin d’année dernière le chercheur Aldo Liga, joint par InfoMigrants.

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La logique sera-t-elle en train de changer ? Ce nouvel accord pour la formation des migrants va en tout cas à l’encontre de la loi de 2020. Celle-ci empêche le financement de cours professionnels pour les demandeurs d’asile. L’Italie estimait alors qu’un apprentissage sans garantie de régularisation n’était pas rentable et représentait une perte de temps pour la société.

Un pays "schizophrène" ?

"Soit le ministère a compris l’absurdité et il faut un décret pour changer la loi, soit nous sommes schizophrènes", a réagi Gianfranco Schiavone, membre de l’association d’aide aux migrants Asgi, cité par le média italien Il Fatto Quotidiano.

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Face à sa population vieillissante et un État qui ne pourra pas soutenir son système de protection sociale sans l’aide des travailleurs immigrés, le gouvernement italien reconnait donc à demi-mot que le pays a besoin des étrangers pour faire vivre son économie.

Fin 2021, Rome avait déjà été obligée de le constater : pour reconstruire le pays après la pandémie de Covid-19, l'Italie avait besoin des étrangers. L'État avait approuvé l'octroi de 69 700 permis de travail aux migrants algériens, bangladais et ivoiriens notamment, soit le double de l'année précédente. Les principaux secteurs concernés par ce décret étaient ceux du transport de marchandises, du bâtiment et de l'hôtellerie. Et en 2020, l'Italie avait annoncé son intention de régulariser 600 000 sans-papiers pour combler un manque d'effectif dans l'agriculture.

 

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