Une embarcation de migrants en mer Égée. Crédit : Reuters
Une embarcation de migrants en mer Égée. Crédit : Reuters

Le tribunal de Samos a blanchi, mercredi, un père de famille afghan accusé d'avoir provoqué la mort de son fils, âgé de 6 ans, après le naufrage de leur embarcation en 2020. Le garçon s'était noyé près de cette île grecque lors d’une traversée maritime depuis les côtes turques.

Un demandeur d'asile afghan de 26 ans, Nander, dont le fils de cinq ans s’était noyé lors d’une traversée en canot depuis la Turquie, en novembre 2020, a été acquitté, mercredi 18 mai, des accusations de mise en danger de la vie de son enfant. Il risquait jusqu'à 10 ans de prison.

"Nous sommes incroyablement heureux", a réagi l’ONG Bordeline-Europe, à l’annonce du verdict. "Nous sommes très heureux et nous continuerons la lutte contre la criminalisation de l'asile", a également commenté sur Facebook le militant grec Iasonas Apostoulopoulos, présent à Samos pour le procès.

Nander était poursuivi pour la mort de son enfant, le 7 novembre 2020 après le naufrage du bateau sur lequel il avait pris place aux côtés de 24 autres personnes. Dans l'obscurité, le canot avait heurté des rochers au large de l'île de Samos, en mer Égée, puis avait chaviré. Durant le drame, Nander avait perdu de vue son fils et le garçon avait disparu dans les vagues.

Son corps avait été retrouvé quelques heures plus tard par les autorités grecques, échoué sur les rives du cap Prasso, une partie escarpée et rocheuse de l'île, parfois appelée "le cap de la mort". À ses côtés, se trouvait une femme enceinte. Inconsciente, elle avait pu être transportée à l’hôpital et avait survécu.

Dimitris Choulis, l'avocat de Nander, a déclaré qu'à sa connaissance, le cas de son client était inédit. C’est la première fois qu’un demandeur d'asile était inculpé en Grèce pour la mort de son enfant dans un naufrage.

Le conducteur du bateau condamné à du sursis

Au cours du procès, Dimitris Choulis a défendu son client mais il a aussi accusé les Grecs de non-assistance à personnes en danger. Selon les témoignages de rescapés qu’il a recueillis, une vedette des autorités grecques patrouillant dans la zone aurait braqué ses lumières sur l’embarcation en détresse mais ne lui a pas porté secours.

Un autre homme, Hasan, accusé d'être le capitaine du canot dans lequel se trouvaient Nander et son fils a, lui, été condamné à 15 mois de prison avec sursis.

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Hasan a répété durant le procès qu'il avait été forcé par les passeurs à conduire le bateau et qu'il n'a eu d'autre choix que d'obtempérer.

Le cas d’Hasan n’est pas isolé : il fait partie d'un nombre croissant de demandeurs d'asile accusés de trafic d’êtres humains en Grèce pour avoir piloté un canot. La plupart sont condamnés à des peines de prison ferme. Près de 2 000 demandeurs d'asile sont actuellement emprisonnés dans des geôles grecques.

Parmi eux, Amir Zahiri et Akif Razuli. Ces deux Afghans de 27 et 24 ans ont été reconnus coupables en septembre 2020 d’avoir "facilité l’entrée illégale" de migrants et condamnés à 50 ans de prison en première instance.

En mai 2021, Mohamad Hanad Abdi, un Somalien de 27 ans, a été condamné à 146 ans de prison par un tribunal de Lesbos pour "transport illégal de ressortissants de pays tiers sur le territoire grec", "mise en danger de la vie d’autrui" et pour être responsable de la mort de deux personnes. 

D’après un rapport daté de 2020 produit par plusieurs ONG de défense des droits des exilés, les demandeurs d’asile condamnés pour trafic d’êtres humains représentaient la deuxième plus grande catégorie de détenus en Grèce.

 

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