Des migrants font la queue pour récupérer un petit-déjeuner distribué par une association à Grande-Synthe. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Des migrants font la queue pour récupérer un petit-déjeuner distribué par une association à Grande-Synthe. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Deux migrants ont été blessés dimanche dans une fusillade survenue en pleine journée dans le camp informel de Grande-Synthe, dans le nord de la France. Selon des bénévoles présents au moment des faits, ce déchaînement de violences est inédit. "Je n’avais encore jamais été confrontée à des tirs pareils", a déclaré une militante associative contactée par la rédaction.

Deux migrants ont été blessés dimanche 22 mai dans des "échanges de coups de feu" dans un vaste campement de Grande-Synthe, près de Dunkerque, a-t-on appris auprès de la préfecture et d'associations.

Claudette Hannebicque, membre de l’association ADRA et présidente de l’antenne locale, était présente au moment des faits. "Ça s’est passé vers 13h30, 13h45. Je me trouvais loin de l’entrée du campement de Grande-Synthe, à l’autre extrémité du camp quand j’ai entendu une première rafale", raconte-t-elle à InfoMigrants. Sur le moment, Claudette et les autres bénévoles ne pensent pas à une arme, plutôt à des "pétards" ou à des "moteurs de motos".

"C’est quand nous avons vu les [migrants] commencer à courir dans le camp, complètement paniqués, qu’on a réalisé que c’était des tirs d’armes à feu... C'était comme une mitraillette. Je me suis jetée à terre", continue la bénévole.

Selon ses souvenirs, les rafales ont été tirées en trois temps, et venaient des dunes vers l’entrée du camp. "C’était très violent. Ça fait 10 ans qu’on est sur le terrain, je n’avais encore jamais été confrontée à des tirs pareils".

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"En tout, ca a duré une minute, je pense. Une rafale, quelques secondes d’accalmie, une deuxième rafale, quelques secondes d’accalmie, et une troisième rafale". Les équipes associatives situées à l’entrée du camp arrivent à s’abriter derrière des véhicules. Claudette et les autres, situés à 800 mètres de là, ne peuvent que se coucher sur le sol pour éviter les balles perdues.

"Il avait reçu une balle dans le bras", un autre "était touché à l'abdomen"

En cherchant une issue, Claudette a vu arriver vers elle un premier blessé. "Il avait reçu une balle dans le bras. Il pouvait marcher mais il saignait. On a appelé les pompiers, puis la police. Ensuite, un autre homme est arrivé quelques secondes plus tard, c'était un Kurde irakien. Il était transporté dans une couverture par d’autres personnes, il avait été touché à l’abdomen, je crois, il était mal en point".

Ces "échanges de coups de feu" ont donné lieu à une enquête, a indiqué la préfecture du Nord, sans préciser la gravité des blessures des deux migrants. "À la demande du préfet, un renfort d'une demi-compagnie de CRS a été envoyé pour appuyer les effectifs locaux", ont précisé les autorités.

Ce n'est pas la première fois que des échanges de tirs ont lieu sur le littoral nord dans les camps de migrants. Selon l'antenne de Grande-Synthe de l'association Adra comme de l’association Utopia 56, "il y a des coups de feu depuis jeudi au moins" dans ce campement, à l'origine de l'hospitalisation d'"au moins trois personnes" ces derniers jours.

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Mais généralement, les tirs "ont lieu la nuit et on les entend de loin", précise Claudette Hannebicque. "Là, on ne voyait pas les tireurs, mais ça se passait près de nous en pleine journée !". La bénévole s’étonne même du bilan. "Vu la fusillade, je suis étonnée qu’il n’y ait pas plus de blessés", affirme-t-elle.

"Règlements de compte entre passeurs"

Pour Claire Millot, de l'association Salam, la venue de nombreux migrants ces derniers mois, de nationalités diverses a engendré des tensions. "On a l'habitude d'un camp majoritairement kurde, mais on remarque maintenant qu'il y a beaucoup plus de nationalités présentes, des Koweitiens, des Africains, des Bangladais… Sans doute parce qu’il y a de plus en plus de passages (en Angleterre)".

"Peut-être que ces règlements de comptes sont liés à une guerre entre des passeurs de différentes nationalités", avance-t-elle.

Les associations comptabilisent entre 300 et 500 personnes dans le campement de Grande-Synthe. L’immense majorité de ses occupants cherchent en effet à rallier l'Angleterre. Ces derniers jours, la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord a fait état de multiples opérations de secours d'embarcations de migrants en difficulté. La seule nuit de mercredi à jeudi, 69 personnes ont été secourues et ramenées sur les côtes françaises.

 

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