Entre 300 et 500 personnes vivaient dans le camp de Grande-Synthe démantelé ce mercredi 25 mai. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Entre 300 et 500 personnes vivaient dans le camp de Grande-Synthe démantelé ce mercredi 25 mai. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Les forces de l'ordre ont procédé ce mercredi au démantèlement du campement de Grande-Synthe, dans le Nord, où vivaient près de 500 migrants. Depuis dimanche, des affrontements violents à l'arme lourde avaient eu lieu dans la zone. Un exilé est mort tué par balles et plusieurs autres ont été blessés.

La police a lancé mercredi 25 mai dans la matinée une opération d'évacuation du camp informel de Grande-Synthe (plus précisément dans la commune de Loon-Plage), deux jours après le début d’affrontements violents dans la zone, a indiqué la préfecture du Nord.

Au petit matin, des cars de CRS bloquaient l'accès au campement situé non loin des dunes et un premier car était arrivé en début de matinée pour convoyer les migrants, tandis que quelques petits groupes commençaient à quitter les lieux à pied, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Il y avait un gros dispositif des autorités puisqu'on a comptabilisé 18 vans de CRS", raconte à InfoMigrants Léa, militante au sein du collectif Human Rights Observers (HRO), présente lors de l'évacuation - mais maintenue à distance par les autorités. "C'était assez calme, mais on a remarqué que les forces de l'ordre étaient plus armées que d'habitude, souligne-t-elle. Ils avaient presque tous des semi-automatiques, mis en évidence au niveau de leur torse. Ca change un peu des démantèlements précédents. Il y a souvent des membres des forces de l'ordre armés mais là, ils étaient très majoritaires."

Selon l'AFP, après l'évacuation, un large groupe s'est reformé aux abords du camp, pour l'essentiel des hommes seuls, kurdes irakiens. Des associatifs leur servaient des bouteilles d'eau et un petit-déjeuner.

"C'était comme une mitraillette"

L'opération a été qualifiée de "mise à l'abri" par la préfecture qui dénombre quelque 500 migrants vivant dans le campement, en attente d'un passage vers l'Angleterre. L’immense majorité de ses occupants cherchent en effet à rallier les côtes britanniques. Ces derniers mois, la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord a fait état de multiples opérations de secours d'embarcations de migrants en difficulté. 

Dimanche de violents affrontements à l’arme lourde ont eu lieu dans ce campement, en pleine journée, et alors que des bénévoles distribuaient des repas. Ces violences ont continué les jours suivants.

>> À (re)lire : "Une rafale, quelques secondes d’accalmie, puis une 2e rafale" : fusillade "inédite" dans le camp de Grande-Synthe

"C’est quand nous avons vu les [migrants] commencer à courir dans le camp, complètement paniqués, qu’on a réalisé que c’était des tirs d’armes à feu... C'était comme une mitraillette. Je me suis jetée à terre", a expliqué à InfoMigrants lundi Claudette Hannebicque, une humanitaire témoin de l’incident. "En tout, ça a duré une minute, je pense. Une rafale, quelques secondes d’accalmie, une deuxième rafale, quelques secondes d’accalmie, et une troisième rafale […] C’était très violent, je n’avais jamais été confrontée à des tirs pareils".


Le camp de Loon-plage, non loin de Grande-Synthe, a été le théâtre de fusillades entre le 22 et le 24 mai 2022. Crédit : association Adra Dunkerque
Le camp de Loon-plage, non loin de Grande-Synthe, a été le théâtre de fusillades entre le 22 et le 24 mai 2022. Crédit : association Adra Dunkerque


Les autorités déplorent la mort d’une personne, tuée par balles. Plusieurs autres migrants, notamment des Kurdes irakiens ont été blessés lors des échanges de coups de feu.

Le procureur de Dunkerque, Sébastien Piève, a confirmé mardi à l'AFP que "des munitions percutées d'armes de guerre" ont été retrouvées à Loon-Plage. "La particularité des faits de dimanche et lundi, c'est la gravité des blessures", a-t-il noté.

La Police aux frontières et la police judiciaire ont été saisies des enquêtes.

Démantèlements quasi quotidiens

Interrogé sur la piste de règlements de comptes entre passeurs dans ce campement, Sébastien Piève a estimé que cela constituait "une hypothèse, mais pas facile à établir". "Il est certain qu'il y a un arrière-plan de trafic d'êtres humains", a-t-il ajouté.

Les démantèlements de camps informels sont courants sur le littoral nord. Ils ont lieu tous les 48 heures environ. Le 24 février, environ 200 CRS avaient déjà investi un campement de Grande-Synthe où 180 personnes, dont des femmes et des enfants, avaient élu domicile depuis plusieurs mois. Les tractopelles déployés par les autorités avaient balayé les tentes, les couvertures et les sacs de couchage des exilés.

Et un autre campement de la ville avait déjà été évacué le 13 janvier, selon le même mode opératoire. Au moins 149 tentes et bâches, ainsi que 88 couvertures avaient déjà été détruites par les pelleteuses.

 

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