Des demandeurs d'asile soudanais marchent vers les locaux du HCR à Agadez pour protester contre leurs conditions de vie, en 2020 (archives). Crédit : DR
Des demandeurs d'asile soudanais marchent vers les locaux du HCR à Agadez pour protester contre leurs conditions de vie, en 2020 (archives). Crédit : DR

Lors d'affrontements entre des réfugiés et des gendarmes, un Soudanais de 27 ans est décédé mercredi dans le centre du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) d’Agadez, au Niger. Les circonstances du drame sont encore floues : on ne sait pas si l’homme a été touché par des tirs de la police ou par des pierres qui auraient été lancées par les exilés.

Le centre du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) d’Agadez, au Niger, est sous le choc. La structure a été le théâtre de violents affrontements entre des réfugiés et les forces de l’ordre mercredi 25 mai. Les échauffourées ont provoqué la mort d’un résident de 27 ans, originaire du Soudan, a appris vendredi InfoMigrants.

Retour sur les événements. En début de matinée, des gendarmes débarquent dans le camp pour identifier une personne soupçonnée d’avoir égorgé deux vaches d’un éleveur nigérien des environs. À partir de là, les versions diffèrent.

Une enquête ouverte

Selon le HCR contacté par InfoMigrants, plusieurs réfugiés prennent à partie les policiers et leur envoient des pierres.

Les exilés eux ont un autre récit. "Nous faisions un sit-in pacifique pour obtenir des informations sur nos dossiers de réinstallation et la police a pris d'assaut le camp. Ils nous ont tiré dessus, des femmes et des enfants ont aussi été violentés", raconte à InfoMigrants Abdullah*, un Soudanais vivant dans le centre depuis 2019. "Nous n'avons jamais jeté des pierres, c'est complètement faux", assure-t-il.

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Les gendarmes lancent des tirs de sommation et font usage de gaz lacrymogènes afin de disperser la foule. Lors de la rixe, un homme tombe au sol et meurt de ses blessures. Il s’agit d’un réfugié soudanais de 27 ans, indique le HCR à InfoMigrants.

Les circonstances de sa mort sont encore floues : on ne sait pas si le jeune homme a été tué par un tir de la police ou par un jet de pierres provenant éventuellement des manifestants. Une enquête médico-légale et judiciaire a été ouverte pour éclaircir les zones d’ombre du drame.

Pendant ces affrontements, un bureau d’un des partenaires de l’agence onusienne et celui de la police ont été incendiés, et des motos ont été retrouvées calcinées, rapporte l'ONU.

"Tout le monde a peur"

Vendredi, le calme était revenu dans le centre, mais l'émotion était encore vive. "Ce qu’il s’est passé est dramatique. Les résidents sont choqués, les équipes du HCR sont effondrées", déclare Jean-Sébastien Josset, chargé de communication de l'organisation au Niger.

"Nous sommes tristes. Tout le monde a peur, nous avons même peur de dormir", confie Abdullah.

Le camp d’Agadez accueille en ce moment environ 800 demandeurs d’asile et réfugiés, dont des femmes et des enfants. La plupart sont arrivés dans le centre après avoir été renvoyés d’Algérie ou de Libye. "Beaucoup sont des jeunes gens ayant vécu des traumatismes sur la route, dont il est très dur de se remettre. Certains nourrissent l’espoir de profiter du mécanisme de réinstallation dans un pays tiers mais ils sont déçus car les critères de cette procédure sont stricts et concernent en priorité les personnes vulnérables (femmes, enfants, mineurs non accompagnés, personnes handicapées)", explique Jean-Sébastien Josset.

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Un petit groupe d’entre eux ne respecterait pas les règles du centre et créerait des tensions, d'après le HCR. "Leur objectif est l’Europe et ils ont du mal à admettre qu’ils ne sont pas éligibles à la réinstallation. Cela engendre des frustrations, qui aggravent leurs troubles psychologiques", estime le représentant de l'agence onusienne.

"Une prison à ciel ouvert"

La structure d'Agadez a déjà été la cible d'attaques. En janvier 2020, une centaine de Soudanais avait incendié le camp. Environ 80% des lieux avaient été détruits. Les exilés protestaient contre leurs conditions de vie, la lenteur du traitement de leur dossier d’asile et réclamaient leur réinstallation dans un autre pays.

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Ils avaient été condamnés à de la prison avec sursis par un tribunal d’Agadez. Leur avocat s’était réjoui du verdict mais avait dénoncé leur quotidien dans le centre. "Ce camp est une sorte de prison à ciel ouvert, car les journées [des habitants] sont toujours les mêmes. La vie d’un être humain ne se limite pas à manger et boire. Chacun a des rêves qu’il veut réaliser", avait déclaré au micro de RFI Me Rabiou Oumarou.

Un an et demi plus tard, force est de constater que la situation n’a pas changé dans le centre. Abdullah affirme que certaines personnes vivent dans le camp depuis 2017. "Notre avenir est compromis, nous avons besoin de réponses et personne ne nous en apporte", dit le Soudanais. "Quand pourrons-nous avoir une vie meilleure, sans guerre et en sécurité ?"

*Le prénom a été modifié pour des questions de sécurité.

 

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