L'association Utopia 56 a installé, samedi 28 mai 2022, un campement de mineurs place de la Bastille, à Paris, pour alerter sur le manque de prise en charge de ces jeunes en recours. Crédit : Utopia 56
L'association Utopia 56 a installé, samedi 28 mai 2022, un campement de mineurs place de la Bastille, à Paris, pour alerter sur le manque de prise en charge de ces jeunes en recours. Crédit : Utopia 56

Un campement de mineurs isolés a vu le jour, samedi, place de la Bastille, à Paris. L'association Utopia 56, à l'origine de l'événement, entend alerter sur la situation des jeunes non reconnus mineurs et qui, dans l'attente du résultat de leur recours en justice, sont sans solution d'hébergement.

Des petites tentes ont investi la place de la Bastille, dans le centre de Paris, samedi 28 mai. L'association Utopia 56, qui vient en aide aux migrants, a monté ce campement pour alerter sur la situation des mineurs isolés à la rue. L'association prévoit de laisser le dispositif en place "pour une durée illimitée" bien qu'il soit probable que le campement soit démantelé assez rapidement, comme c'est souvent le cas dans la capitale.

Les jeunes migrants qui vivent dans le camp sont des mineurs en recours. C'est-à-dire des jeunes qui se disent mineurs mais qui n'ont pas été reconnus comme tels par le dispositif chargé d'évaluer leur âge. Dans l'attente de la réponse à leur recours devant la justice, ils sont sans solution d'hébergement, n'étant admis ni dans les structures pour majeurs, ni pris en charge en tant que mineurs.

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"L'objectif est de demander la création de structures d'accompagnement et d'hébergement pour les mineurs isolés", a expliqué à l'AFP Pierre Mathurin, coordinateur d'Utopia 56 Paris. "Ces jeunes se retrouvent à la rue en attendant que leur recours soit examiné par le juge des enfants alors qu'ils sont vulnérables et qu'ils ont souvent un parcours d'exil traumatique".

Un seul lieu d’hébergement existe à Paris pour accueillir ces jeunes en recours : le centre Émile Zola dans le 15e arrondissement. Doté d’une quarantaine de lits, il n’est pas en mesure de recevoir davantage de personnes.

Plus de la moitié des jeunes finalement reconnus mineurs

Utopia 56 demande "la reconnaissance et le respect de la présomption de minorité, de l'intérêt supérieur de l'enfant et du droit au recours effectif, partout en France, jusqu'à décision contraire du juge des enfants".

Environ 65 % des jeunes accompagnés par Utopia 56 à Paris ont finalement été reconnus mineurs en 2021, à l'issue d'un recours. Cette même année, l'association a accompagné plus de 500 jeunes en France.

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La semaine dernière, la Ligue des droits de l'Homme et une soixantaine d'autres associations ont appelé à "protéger d'urgence" les mineurs isolés, dénonçant les "carences" de l'État pour leur prise en charge.

Début mai, Utopia 56 avait investi avec des dizaines de mineurs en recours un square parisien, porte de Clignancourt (nord de Paris), mais le site a été rapidement évacué et les jeunes envoyés en centre d'hébergement pour majeurs, avant d'en être expulsés sans explication. "Je travaille à Paris depuis longtemps et je n’avais encore jamais vu de centre d’hébergement refouler aussi vite. Normalement, les migrants peuvent dormir au chaud quelques semaines voire quelques mois avant une remise à la rue. Là, ce fut immédiat", avait rapporté Pierre Mathurin à InfoMigrants.

Manque de places d'hébergement

Depuis des années, des jeunes migrants, âgés de 14 à 17 ans, survivent ainsi, sans toit ni aide de l’État, à Paris. L'impact de cette errance sur leur santé mentale et psychique est souvent catastrophique.

Selon Utopia 56, ils seraient actuellement entre 150 et 200. "Difficile de connaître exactement leur nombre, certains échappent à nos radars et préfèrent s’isoler", expliquait mi-mai à InfoMigrants Pierre Mathurin. Originaires d’Afrique de l’ouest, principalement de Côte d’Ivoire, du Mali, ou encore de République démocratique du Congo (RDC), ils sont une majorité de garçons "bien qu'il y ait aussi quelques filles".

D'après une estimation de l'Assemblée des départements de France, environ 40 000 mineurs isolés étrangers étaient pris en charge en 2020 au titre de l'Aide sociale à l'enfance (ASE). Pour l'année 2019, plus de 16 000 mineurs ont été confiés à l'ASE par décision de justice.

 

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