Le camp de Nea Kavala, au nord de la Grèce, en octobre 2021. Crédit : InfoMigrants
Le camp de Nea Kavala, au nord de la Grèce, en octobre 2021. Crédit : InfoMigrants

À Nea Kavala, rien ne change. Depuis plusieurs mois, de nombreux migrants de ce campement grec, non loin de la frontière macédonienne, n’ont plus accès à la nourriture. C’est le cas de Marie, une mère de famille congolaise et de son fils de 7 ans. Elle et son enfant ont été exclus du dispositif alimentaire. Témoignage.

Depuis le mois d'octobre 2021, la rédaction d'InfoMigrants suit la situation dans le camp grec de Nea Kavala, dans le nord du pays. Cet hiver, plusieurs centaines de migrants se plaignaient d'avoir été exclus du dispositif alimentaire du camp. Ils ne recevaient également plus d'allocations financières. Huit mois plus tard, rien n'a changé.

Les personnes ayant obtenu le statut de réfugié et celles dont la demande d'asile a été rejetée n'ont droit à rien. C'est le cas de Marie, une mère de famille congolaise qui vit à Nea Kavala avec son fils de 7 ans. Régularisée mais sans revenus, et en attente de son titre de séjour (et de son passeport), elle n'a pas d'autre choix que de rester dans le camp avec son garçon.

Au mois d'octobre 2021, elle avait manifesté dans le camp contre ces mesures jugées "inhumaines". Recontactée cette semaine, Marie se dit désespérée. Pour manger, elle dépend exclusivement de ses voisins de campement. Voici son témoignage.

"Je n’ai pas de sources de revenus. Ce sont les autres Africains vivant dans le camp qui m’aident. Ils me donnent 5 ou 10 euros de temps en temps. C'est pas grand chose mais ça me permet d'acheter l'essentiel pour mon fils et moi.

Le camp compte une majorité d'Afghans, mais aussi des Syriens, des Irakiens, des Iraniens et quelques Congolais. Ce sont ces derniers qui viennent en aide à Marie.

Mon fils a 7 ans, il aura 8 ans en octobre prochain. Il mange, je peux pas vous dire le contraire, mais il n’est jamais rassasié. C’est difficile.


Nea Kavala se trouve non loin de la frontière de la Macédoine du nord. Crédit : Google maps
Nea Kavala se trouve non loin de la frontière de la Macédoine du nord. Crédit : Google maps


Il ne boit jamais de lait, par exemple. Ça fait des mois… Normalement, on en boit beaucoup mais on n’a pas les moyens d’en acheter. Il ne boit pas assez d’eau non plus, parce qu’on n’a pas accès aux bouteilles d'eau. Quand tu vas demander de l’eau, les gens de la distribution te disent 'non'.

"Peu de personnes ont accès à la nourriture"

Si tu as reçu un titre de séjour, comme moi, tu n’as plus accès ni à la nourriture ni à une aide financière. Depuis le mois d’octobre 2021, je ne reçois donc plus rien. Ca va faire huit mois que je survis comme ça, sans nourriture, sans aide. Je n’ai pas le choix, c’est ma vie ici.

>> À (re)lire : En Grèce, demander l’asile est devenu (presque) mission impossible

Il y a une ONG qui s'appelle Drop [Drop in the Ocean, ndlr]. C'est bien quand ils viennent, mais ils ne sont là que deux fois par mois. Ils nous donnent à tous de la farine, du sel...

De manière générale, peu de personnes ont accès à la nourriture. Je voulais vous montrer la file d'attente mais c’est dur de prendre des photos, il y a des gardes partout et ils me demandent pourquoi je les filme avec mon portable. Franchement, presque personne ne vient. Là, il est presque midi [jeudi 26 mai], j’ai vu seulement deux personnes se présenter au stand.


Un migrant se présente à la distribution de nourriture, jeudi 26 mai 2022 à Nea Kavala. Crédit : DR
Un migrant se présente à la distribution de nourriture, jeudi 26 mai 2022 à Nea Kavala. Crédit : DR


Je pense qu’on est moins de 1 000 personnes à Nea Kavala en ce moment. On doit être 500 ou 600 personnes maximum [contre environ 1 500 en octobre 2021, ndlr]. Il n’y a plus beaucoup de gens au camp. Beaucoup ont fui face à ces conditions de vie. Ils ne supportent plus la situation… Ils sont allés vers la frontière de la Macédoine [du Nord].

>> À (re)lire : "Mon fils se réveille la nuit parce qu'il a faim" : en Grèce, une crise alimentaire dans les camps de réfugiés

Vous me demandez pourquoi je reste dans le camp, mais je ne peux pas partir pour le moment. Ma demande d’asile a été acceptée, oui, mais j’attends toujours mon passeport. Il y a eu des frais administratifs, j’ai mis du temps à payer… Une fois que je le reçois, je pourrai partir du camp et tenter ma chance ailleurs en Europe, dans un pays francophone.

Je demanderai à mes amis ici et ailleurs de me payer un billet d'avion pour la Belgique ou pour la France. Mon souhait serait la France. Je pourrai venir avec mon fils."

Une fois un dossier d’asile accepté en Grèce, un réfugié peut se voir accorder une protection internationale. Un titre de séjour lui est alors délivré. Il est valable pour une durée de trois ans, ou d’un an (pouvant être prolongée de deux ans) si la personne a été reconnue bénéficiaire de la protection subsidiaire. Le titre de séjour est renouvelable. Un réfugié peut aussi présenter une demande de titre de voyage.

 

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