Dawda vient de Gambie. Depuis son arrivée à Paris mi-mai, il dort à la rue. Crédit : InfoMigrants
Dawda vient de Gambie. Depuis son arrivée à Paris mi-mai, il dort à la rue. Crédit : InfoMigrants

Une trentaine de mineurs isolés étrangers vivent depuis samedi dans un campement installé sur la place de la Bastille, dans le centre de Paris, à l'initiative de l'association Utopia 56. Pour ces jeunes considérés comme majeurs par le dispositif d'évaluation, l'attente de leur recours en justice se fait dans la rue, sans assistance, ni accès à la scolarité. Témoignages.

Ils vivent à la rue en attendant d'être reconnus mineurs. Ces jeunes, pour la plupart originaires d'Afrique, sont considérés comme des majeurs par l'administration. Un statut qui ne leur permet pas de bénéficier d'une prise en charge par les départements. Pendant le recours de leur statut auprès d'un juge pour enfants, ils passent leurs journées et leurs nuits sur les trottoirs de Paris, livrés à eux-mêmes. L'association Utopia 56, qui leur vient en aide, a une nouvelle fois voulu visibiliser cette population en installant samedi 25 mai un campement sur la place de la Bastille, en plein centre de Paris. InfoMigrants a rencontré trois d'entre eux. Ils racontent leur quotidien.

Dawda, Gambien de 17 ans : "Dans la rue, je ne peux jamais reposer mon esprit"

"Je viens de Gambie. J'ai quitté mon pays en septembre 2021 et je suis arrivé en France il y a quelques semaines. J'ai dû quitter l'hôtel où je dormais quand le Demie (Dispositif d'évaluation des mineurs isolés étrangers) a refusé de me reconnaître mineur. J'ai alors dormi avec d'autres jeunes pendant une semaine dans un camp encadré par Utopia 56 à Saint Mandé [en région parisienne, ndlr]. Mais la police venait presque tous les jours nous dire de partir.

Je suis très fatigué parce que je ne dors pas bien dans la rue. Je ne peux jamais reposer mon esprit. Je passe mes journées à aller chercher à manger. Personne ne voudrait vivre comme cela.

>> À (re)lire : Où trouver des distributions de nourriture à Paris ?

Je pensais qu'en venant en France, tout irait bien. Je suis venu ici parce qu'en Italie, je ne comprenais pas du tout la langue et je ne pouvais pas aller à l'école. Je suis né en Gambie mais ma famille est originaire de Guinée, donc je comprends le français mais je n'arrive pas à le parler.

J'ai quitté mon pays parce que ma mère est morte et j'ai dû aller vivre avec mon père et sa nouvelle femme mais cette dernière me traitait mal. Elle refusait que j'aille à l'école et me traitait comme son domestique."

Abdul, Ivoirien de 16 ans : "Depuis ce matin, je n'ai rien mangé à part du pain sec"


Abdul, 16 ans, rêve de débuter une formation de mécanique en France. Crédit : InfoMigrants
Abdul, 16 ans, rêve de débuter une formation de mécanique en France. Crédit : InfoMigrants


"Je suis originaire de Côte d'Ivoire. Si je suis venu en France depuis l'Italie, c'est que des amis m'ont dit qu'ils avaient pu aller facilement à l'école ici. Pour eux, ça a été facile, mais pas pour moi. Je voudrais aller à l'école et faire une formation en mécanique. Je m'y connais déjà un petit peu parce que mon frère est mécanicien. Je l'ai aidé parfois.

>> À (re)voir : Migrants en France : l'avenir en suspens des mineurs étrangers isolés

J'ai eu une réponse négative du Demie concernant ma prise en charge en tant que mineur le 4 mai et, depuis, je dors à la rue. Souvent la police vient et nous dit que l'on doit bouger. C'est difficile, on ne fait rien de nos journées, on s'ennuie beaucoup. Depuis ce matin, je n'ai rien mangé à part du pain sec.

Utopia 56 parvient, grâce aux invendus des boulangeries, à distribuer du pain le matin aux jeunes. Le repas du soir est assuré par l'association la Chorba. Mais, en début de semaine, les jeunes ont le plus grand mal à obtenir un déjeuner. Du jeudi au dimanche, l'association les Midis du mie distribue des repas dans le 20e arrondissement.

Parfois, quand on pense à l'incertitude de nos démarches administratives, on devient fou."


Une trentaine de jeunes étrangers vivent dans le campement installé le 28 mai, sur la place de la Bastille, à Paris, par l'association Utopia 56. Crédit : InfoMigrants
Une trentaine de jeunes étrangers vivent dans le campement installé le 28 mai, sur la place de la Bastille, à Paris, par l'association Utopia 56. Crédit : InfoMigrants


Inoussa, 16 ans : "La rue peur provoquer des idées suicidaires"

"Je ne vis pas sur le campement. Depuis 11 jours, je suis hébergé dans un CAES (centre d'accueil et d'examen des situations administratives) en Seine-et-Marne [région parisienne, ndlr]. Nous sommes au moins une vingtaine de mineurs là-bas, dans un espace séparé des personnes majeures. Avant ça, je dormais à la rue avec d'autres mineurs soutenus par Utopia 56. On a dormi dans différents endroits.

Inoussa a été pris en charge en mai par l'État après le démantèlement de son camp, dans le nord de Paris. Certains de ses amis qui se déclarent mineurs ont en revanche été remis à la rue, quelques heures ou jours après leur entrée dans le centre. Le personnel estimant que leur statut de mineur en recours ne leur permettait pas d'être hébergé dans la structure.

Personne ne mérite de vivre à la rue, encore moins les plus jeunes. Chez certains, ça peut provoquer des choses comme des dépressions ou des idées suicidaires.

Je viens ici sur le campement pour me sentir utile et pour rendre un peu de ce qu'on a fait pour moi. Les membres d'Utopia ont su m'approcher et m'écouter quand j'avais l'impression que tout le monde m'ignorait. J'ai raconté mon histoire au Demie et j'ai l'impression qu'ils se sont moqués de moi. Pourtant, pour tous les jeunes ici, c'est difficile de parler. Quand je viens ici, je leur dis de rester fort, de persévérer et, surtout, de faire attention à leurs fréquentations."

 

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