En près de six mois, l'Algérie a déjà refoulé, vers sa frontière avec le Niger, au sud, plus de 14 000 exilés. Parmi eux figurent des personnes "souffrant d'importants traumatismes" physiques et mentaux et des "femmes victimes de viols", affirme Médecins sans frontières (MSF).
Malgré les dénonciations régulières des associations, l’Algérie fait la sourde oreille. Cette année encore, de janvier à mai 2022, 14 196 migrants ont été refoulés du pays vers le Niger. Ces exilés ont été abandonnés à la frontière, en plein désert, au lieu-dit "Point Zéro" qui se situe à 15 km de la petite ville nigérienne d’Assamaka.
Parmi les 2 000 personnes expulsées chaque mois figurent "des blessés graves, des femmes victimes de viols ou des personnes souffrant d’importants traumatismes", rapporte Médecins sans frontières (MSF) dans un communiqué publié mercredi 1er juin. "Les témoignages de nos patients et leur état de santé physique et mental à leur arrivée dans nos structures sanitaires prouvent que ces personnes ont vécu des violences extrêmes au cours de leur expulsion des territoires algériens et libyens", confirme Jamal Mrrouch, chef de mission de MSF au Niger.
Face à cette situation, l’association lance un énième appel "aux autorités concernées, à l’Union européenne et aux partenaires humanitaires afin que des mesures immédiates soient prises pour le respect de la dignité humaine dans le contrôle des frontières. Nous ne pouvons plus continuer à simplement ignorer cette situation en pensant que le problème se résoudra de lui-même".
Des expulsions en hausse
Les expulsions violentes de migrants de l’Algérie vers le Niger ne sont pas nouvelles. D’après les Nations unies, depuis 2014, Alger a renvoyé des dizaines d'exilés en situation irrégulière dans cette région. Y compris pendant le pic de la pandémie de Covid-19, alors même que la frontière était fermée : sur l'ensemble de l'année 2020, plus de 23 000 migrants ont traversé le désert, selon les chiffres de MSF.
En 2021, année de sa réouverture , 27 208 migrants - soit une hausse de plus de 17 % - ont été expulsés d’Algérie vers Assamaka.

Le procédé des refoulements est, pour les exilés, toujours le même. En 2021, Falikou Dosso, un Ivoirien, avait raconté son expulsion d'Algérie à InfoMigrants. "Fin août, je me suis fait arrêter, avec d'autres personnes, par les gendarmes algériens car nous n'avions pas de papiers. Nous avons passé trois jours en prison. Quand nous avons été relâchés, on a été forcés de monter dans des bus".
Le véhicule l’a ensuite conduit lui et les autres passagers à Tamanrasset, dans le sud du pays. "Là, on a dû monter dans des gros camions qui nous ont amené près de la frontière avec le Niger. Nous étions expulsés. On nous a déposés à environ 15 kilomètres de la frontière, dans le désert. Le reste, on a dû le faire à pied. Cette nuit-là, entre 2h et 6h, on a marché vers le Niger. On était environ 400 personnes".
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Falikou Dosso est arrivé sain et sauf de l’autre côté de la frontière, puis a été pris en charge par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Mais d’autres n’ont pas cette chance. Beaucoup de migrants, livrés à eux-mêmes dans le désert sans carte ni moyen de localisation, se perdent et errent plusieurs jours à la recherche d'un village. En 2020 et 2021, 38 corps ont été retrouvés dans la zone, à quelques kilomètres d’Assamaka.