En septembre 2020, un incendie avait ravagé le camp de Moria, sur l'île grecque de Lesbos. Crédit : Picture alliance
En septembre 2020, un incendie avait ravagé le camp de Moria, sur l'île grecque de Lesbos. Crédit : Picture alliance

Deux Afghans ont été condamnés mardi à quatre ans de prison par la Cour d’appel de l’île grecque de Lesbos. Les deux jeunes, mineurs au moment des faits qui leur sont reprochés, ont été reconnus coupables d’être à l’origine de l’incident du camp de Moria en septembre 2020. Les associations crient au scandale.

Nouvelle désillusion pour deux demandeurs d'asile et leurs soutiens. La Cour d’appel pour mineurs de l’île grecque de Lesbos a confirmé le premier jugement rendu en mars 2021 à l’encontre de deux Afghans accusés d'être à l'origine de l'incendie du camp de Moria en septembre 2020.

AA et MH, âgés de 17 au moment des faits, ont été de nouveau condamnés mardi 7 juin à quatre ans de prison. La Cour a néanmoins réduit la peine d’un an, pour bonne conduite.

Le camp de Moria, à Lesbos, avait été ravagé par deux incendies survenus les 8 et 9 septembre 2020. Environ 13 000 demandeurs d’asile s’entassaient dans ce campement de fortune, le plus grand d’Europe. Au moment des départs de feu, la situation était explosive à Moria. Les exilés vivaient dans des conditions d’hygiène déplorables et étaient frappés depuis des mois par un confinement strict en raison de la pandémie de Covid-19.

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Quelques jours après le sinistre, six demandeurs d'asile afghans avaient été arrêtés, soupçonnés d'avoir mis le feu pour protester contre la quarantaine imposée à certains migrants positifs au coronavirus. En juin 2021, quatre autres Afghans avaient été condamnés à 10 ans de prison par un tribunal de l’île de Chios.

Condamnation "sans preuve crédible"

Dans l'affaire des deux mineurs, les ONG ont une nouvelle fois mardi crié au scandale. Dans un communiqué le Legal centre Lesvos, dont l’une des avocates assure la défense des accusés, estime que "les tribunaux ont bafoué les règles fondamentales d’un procès équitable" et ont condamné les deux jeunes Afghans "sans preuve crédible".

Selon l’association, aucun des 26 témoins à charge qui ont défilé à la barre n’ont pu identifier AA et MH. "Le tribunal de Mytilène considère qu'il peut prendre des décisions sans responsabilité. Heureusement, il y a la Cour suprême et la Cour européenne des droits de l'Homme", a réagi leur avocate Vicky Angelidou.

Le collectif Free the Moria 6, créé en solidarité des six accusés, a également observé des "irrégularités et [des] erreurs de procédure". "Nous sommes en colère contre cette nouvelle injustice. Mais nous continuerons de nous battre et d’exiger la liberté pour tous les détenus de Moria", a déclaré un de ses membres.

À l’issue du procès en appel mardi, les deux jeunes ont été reconduits à la prison d’Avlona, près d’Athènes dans un centre de détention pour mineurs, où ils sont enfermés depuis le 19 septembre 2020.

Mais ils devraient bientôt être libérés. La Cour d’appel des mineurs d’Athènes se prononçait au même moment sur une requête en libération provisoire des deux jeunes. Elle a déjà tranché en faveur de l’un d’entre eux. "AA va enfin sortir de prison, après les souffrances kafkaïennes qu’il endure depuis son arrivée en Grèce", indique le Legal centre Lesvos. La décision pour MH sera rendue le 5 juillet.

 

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