Mai 2022, un homme lave son linge près des locaux du HCR à Tunis. Il veut que sa demande d'asile soit accélérée. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants
Mai 2022, un homme lave son linge près des locaux du HCR à Tunis. Il veut que sa demande d'asile soit accélérée. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants

Des dizaines de migrants campent depuis plusieurs semaines sous des bâches en plastique devant les locaux du HCR à Tunis. Ils exigent que l’ONU les évacue de Tunisie. Reportage photo.

Depuis plusieurs semaines, des migrants manifestent devant les bureaux du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à Tunis. Ils veulent attirer l'attention des médias et des organisations humanitaires sur leurs conditions de vie. Les protestataires réclament également que l'agence onusienne accélère leurs demandes de protection internationale et les évacue du pays.


Des migrants devant les locaux du HCR à Tunis. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants
Des migrants devant les locaux du HCR à Tunis. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants


La plupart de ces migrants ont parcouru quelque 500 kilomètres pour rejoindre la capitale tunisienne depuis le sud-est du pays. Ils y avaient déjà organisé un sit-in pendant près de deux mois devant l'agence du HCR dans la ville de Zarzis, près de Médenine.

Leur mouvement a débuté par des plaintes contre le manque de services offerts aux réfugiés et la baisse des aides financières et des aides au logement du HCR. Depuis, beaucoup se retrouvent sans-abris et la plupart d'entre eux sont au chômage. Les migrants entendent également dénoncer la lenteur du traitement de leurs documents administratifs.


Des exilés font leur toilette devant les locaux du HCR à Tunis. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants
Des exilés font leur toilette devant les locaux du HCR à Tunis. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants


Certains se sont installés avec des tentes dans la cour à l'intérieur d'une station de pompage. D’autres dorment à l’extérieur sans aucune protection contre le froid.

Afin de gagner un peu d'argent, ils collectent des bouteilles en plastique dans les rues du quartier pour les stocker avant de les vendre dans des centres de recyclage.


Des migrants font du café avec des boites de conserve. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants
Des migrants font du café avec des boites de conserve. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants


Le matin, le café est préparé sur un vieux fourneau. Des boites de conserve et des bouteilles d’eau en plastique servent de tasses et de casseroles. Tous dépendant de l’aide de la population pour survivre dans cette zone huppée de Tunis. Les locaux du HCR se trouvent en effet dans le quartier Les berges du Lac, où se côtoient cafés, commerces, restaurants, ambassades et appartements de luxe.


Des Érythréens devant les locaux du HCR à Tunis. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants
Des Érythréens devant les locaux du HCR à Tunis. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants


Plus de 40 migrants participant au sit-in sont originaires d'Érythrée, un pays dirigé d’un main de fer par un régime qui contraint ses citoyens à effectuer de nombreuses années de service militaire. Tous ont vécu dans des conditions difficile en Libye voisine avant d’arriver en Tunisie. 

Abdullah Omar (à droite sur la photo du haut) a quitté l'Érythrée en 2018. "J'ai passé deux ans en Libye avant de venir en Tunisie. Là-bas, j'ai été battu, traité violemment et emprisonné. En Tunisie, les gens nous regardent comme de la saleté. Nous sommes des êtres humains, pas des saletés. Je veux partir pour aider ma famille en Érythrée", explique le jeune homme.


Les migrants gardent précieusement les affaires d'un de leurs amis, écrasé par une voiture pendant la contestation devant le HCR. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants
Les migrants gardent précieusement les affaires d'un de leurs amis, écrasé par une voiture pendant la contestation devant le HCR. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants


Ces quelques objets et le turban taché de sang appartenaient à Muhammad Faraj Abdullah, un touareg du désert libyen. Il participait au mouvement de protestation lorsqu'il a été écrasé par une voiture, la nuit, aux abords du bâtiment du HCR où campent les migrants.

Sa mort a provoqué une vague d’indignation parmi les manifestants. Muhammad était cordonnier. Il était connu pour aider les autres migrants en réparant gratuitement leurs chaussures. 


Plusieurs familles font partie des manifestants. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants
Plusieurs familles font partie des manifestants. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants


Une famille nigériane dormant sous l’une des bâches en plastique a affiché sur sa tente les revendications du mouvement en trois langues - arabe, français et anglais : "Quatre ans, ça suffit, assez de souffrance, la solution est l’évacuation".

Plusieurs familles, une vingtaine de femmes, des enfants et des nourrissons, se trouvent parmi le manifestants. En tout, 275 personnes participent au sit-in, dont 225 sont venus de la région de Médenine.


Un Soudanais et sa famille. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants
Un Soudanais et sa famille. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants


Mustafa Khater et sa famille ont fui la guerre et le génocide au Darfour. Il a été emprisonné en Libye à deux reprises, à Bani Walid et à Abu Salim, avant de réussir à quitter le pays et de de se rendre en Tunisie en 2019.

En arrivant dans le pays, il a été arrêté par des garde-frontières et condamné à deux mois de prison avec sursis pour avoir franchi illégalement la frontière. Mustafa a participé au sit-in de Zarzis avant d'arriver à Tunis. Comme les autres manifestants, il souhaite être évacué de Tunisie.


Une famille somalienne. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants
Une famille somalienne. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants


Habiba a fui la Somalie en 2002 alors qu'elle était encore mineure. Son père a été tué dans des conflits tribaux pour le contrôle de terres agricoles.

Elle s'est dirigée vers le Yémen, où elle a perdu son frère, sa mère et son mari yéménite dans la guerre. De là, elle a entamé son voyage vers la Libye, puis vers l'Algérie avant d'arriver en Tunisie.

"Nous vivons dans la rue et ne savons pas de quoi sera fait notre avenir. Nous ne pouvons pas retourner en Somalie, c'est fini. Pour qui dois-je rentrer : pour mon père, ou pour ma famille qui est morte au Yémen ? Nous voulons être évacués vers un autre pays. Nous ne voulons pas rester en Tunisie. La vie est dure pour nous ici. Nous sommes en quête d’un meilleur avenir pour nos enfants."


Une manifestation devant les locaux du HCR. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants
Une manifestation devant les locaux du HCR. Crédit : Tarek Guizani / InfoMigrants


Des divergences opposent désormais les manifestants aux migrants vivant à Tunis. Les exilés de la capitale affirment que le HCR ne traite pas leurs dossiers de manière équitable et que leurs demandes ne sont pas prises en compte au même titre que celles des migrants du sud.

Ceux de Tunis organisent ainsi une manifestation quotidienne devant le bâtiment du HCR pour protester contre la "marginalisation" de leurs demandes.

 

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