Manifestation contre l'accord avec le Rwanda au Royaume-Uni. Crédit : Picture alliance
Manifestation contre l'accord avec le Rwanda au Royaume-Uni. Crédit : Picture alliance

C'est la dernière ligne droite. Alors que le premier vol de migrants depuis le Royaume-Uni vers le Rwanda doit avoir lieu mardi 14 juin, les associations britanniques saisissent encore la justice pour tenter d'empêcher ce premier décollage. Parmi les requérants figure notamment le puissant syndicat de la fonction publique PCS, qui compte dans ses membres des agents des douanes censés mettre en œuvre les expulsions.

C’est une course juridique effrénée. Alors que le premier vol de migrants depuis le Royaume-Uni vers le Rwanda doit avoir lieu demain, les associations et ONG britanniques jettent leurs forces dans de multiples recours pour empêcher le décollage.

Quatre jours après l'échec d'un premier recours, les associations Care4Calais et Detention Action, sont partis en appel, entendu ce lundi. James Nichol, avocat et administrateur de l'association Care4Calais, a dénoncé une politique "brutale" visant "des gens qui viennent de pays déchirés par la guerre" et "sont déjà traumatisés".

"Onze personnes ont encore des billets pour un vol direct pour demain. Il s'agit notamment de quatre Iraniens, deux Irakiens, deux Albanais et un Syrien", a tweeté ce lundi matin Care4Calais.

"Situation épouvantable"

Parmi les requérants figure aussi le syndicat de la fonction publique PCS, qui compte dans ses membres des agents des douanes censés mettre en œuvre les expulsions.

Ce lundi, la Haute Cour doit aussi entendre un autre recours, intenté par l'association d'aide aux réfugiés Asylum Aid. Elle a toutefois prévu d'examiner en détail la légalité du plan gouvernemental… en juillet. "Imaginez qu'on vous dise de faire quelque chose mardi [expulser des migrants vers l’Afrique, ndlr], [et voir qu’en] juillet, [ce vol] est jugé illégal. Ce serait une situation épouvantable", a expliqué le secrétaire général du PCS, Mark Serwotka, sur SkyNews.

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Pour rappel, le 14 avril, Londres et Kigali ont signé un accord pour envoyer les demandeurs d’asile arrivés illégalement au Royaume-Uni au Rwanda. Les migrants verront leurs dossiers traités dans le pays africain et devront s’y installer. Ils n’auront pas la possibilité de revenir en Angleterre, une fois leur demande d’asile acceptée.

"Consternant", selon le prince Charles

Les plus grandes institutions s’opposent à ce projet. L'ONU a vivement condamné cette politique migratoire lors d'une audience vendredi à la Haute Cour à Londres. L'avocate du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), Laura Dubinsky, a déclaré que l'agence onusienne s'inquiétait du risque de "préjudice grave et irréparable" porté aux migrants.

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Le prince Charles, héritier du trône, a lui aussi exprimé son désaccord – une déclaration qui a fait des remous. Il a notamment jugé - en privé - que le projet du gouvernement était "consternant", a rapporté samedi le quotidien The Times. Clarence House, qui gère la communication du prince, a refusé de commenter ces propos mais a souligné que l'héritier du trône "reste politiquement neutre", comme l'exige son rôle au sein de la famille royale.

Tentatives de suicide

Vendredi 10 juin, 23 ONG ont également appelé les dirigeants du Commonwealth à faire pression sur le Rwanda pour que le pays libère des dissidents emprisonnés et permette une plus grande liberté d'expression.

Les associations britanniques s’alarment aussi de plusieurs tentatives de suicide chez des migrants qui pourraient être envoyés dans le pays africain.

En envoyant des demandeurs d'asile à plus de 6 000 kilomètres de Londres, ce qui rappelle la politique menée par l'Australie, le gouvernement compte dissuader les arrivées clandestines dans le pays, toujours plus nombreuses. Affirmant voulant s'en prendre aux passeurs, le Premier ministre Boris Johnson assure que cette stratégie d’expulsions contribuera "à briser le modèle commercial de ces criminels impitoyables".

Depuis le début de l'année, plus de 10 000 migrants ont traversé illégalement la Manche pour atteindre les côtes britanniques sur de petites embarcations, une hausse considérable par rapport aux années précédentes, déjà record.

 

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