Des Britanniques manifestent contre l'expulsion de migrants vers le Rwanda, devant la Haute Cour royale, à Londres, le 10 juin 2022. Crédit : AP
Des Britanniques manifestent contre l'expulsion de migrants vers le Rwanda, devant la Haute Cour royale, à Londres, le 10 juin 2022. Crédit : AP

Alors que le premier vol depuis le Royaume-Uni vers le Rwanda est prévu mardi 14 juin, les Anglais sont partagés sur cet accord conclu avec le pays d'Afrique de l'Est. Reportage dans les rues de Londres.

Les Britanniques partagés sur le projet de renvoyer au Rwanda des migrants


Avec notre correspondante à Londres, Marie Boëda

Cheveux gris gominés, lunettes teintées et chemise en jean, Garry promène son chien à quelques rues de la gare de Saint Pancras, à Londres. Pour ce retraité, les migrants ne doivent pas rester en Angleterre.

"De toute évidence, les gens ne peuvent pas continuer à venir ici et risquer leur vie en traversant la Manche. De ce que je comprends, certains ont déjà été envoyés là-bas (au Rwanda) et ont commencé à faire leur vie. Ils ont de bonnes conditions, certainement mieux que ce qu'ils obtiennent ici. Donc, je ne pense pas que ce soit immoral, voyons si ça marche d’abord."

Un couple venu de Manchester lève les yeux au ciel en entendant parler du sujet. Accoudée sur une table au soleil, Lise ne mâche pas ses mots contre son gouvernement : "J'ai honte, Priti Patel [ministre britannique de l'Intérieur, ndlr] est un poison qu’il faut éteindre. Je pense qu’ils devraient tout arrêter et réfléchir à nouveau à une solution plus appropriée. Les expédier au Rwanda, c'est juste ridicule." Selon Pete, son mari, cette politique ne dissuadera pas les réfugiés de traverser la Manche.

"La bataille juridique ne fait que commencer"

Il reste encore une chance pour ces 31 demandeurs d’asile de ne pas monter dans l’avion mardi. Trois associations font appel devant la Haute Cour de Londres, avec pour but, d'empêcher ce vol. Cette procédure en appel et son verdict doivent avoir lieu lundi 13 juin.

>> À (re)lire : Royaume-Uni : des tentatives de suicide chez des migrants menacés d’expulsion vers le Rwanda

L’association Freedom from Torture ne fait pas partie des organisations concernées, mais soutient leur action et a aussi déjà présenté une injonction qui a été rejetée la semaine dernière. Sa directrice Sonya Sceats espère que cet appel lance une "bataille juridique" qui obligera les juges à "un examen beaucoup plus approfondi".

"Il se peut que les juges, après un examen beaucoup plus approfondi, décident que cette injonction soit justifiée, auquel cas le vol ne décollera pas. Si l’appel est rejeté, ces personnes enfermées dans des centres de renvoi devront recevoir des injonctions individuelles : elles devront avoir accès à un bon avocat. C'est un véritable défi, c'est pourquoi nous sommes si préoccupés par l'équité procédurale, compte tenu des enjeux", explique Sonya Sceats. "Nous avons écrit à la Cour pour exprimer notre soutien aux demandes d'injonction. Quoi qu'il advienne de la procédure, il y aura un examen judiciaire complet de la légalité des mesures en juillet. Une chose est sûre, la bataille juridique ne fait que commencer."

 

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