Un abri de fortune dans un camp informel de la région d'Almería, en 2018. Crédit : InfoMigrants
Un abri de fortune dans un camp informel de la région d'Almería, en 2018. Crédit : InfoMigrants

Le camp de migrants de Palos de la Frontera, dans la région d’Huelva au sud de l’Espagne, a été ravagé dans la nuit de vendredi à samedi par un incendie. Une centaine d’abris de fortune ont été détruits, et une personne souffrant de brûlures au bras a été transportée à l’hôpital. Le bidonville abrite des centaines de sans-papiers, qui travaillent illégalement à la cueillette des fruits et légumes de la région.

Le lieu n’est plus qu’un amas de cendres. Les arbres sont calcinés, la terre poussiéreuse, et le reste des abris gisent au sol. Il ne reste presque plus rien de l’immense camp de migrants de Palos de la Frontera, dans la région d’Huelva au sud de l’Espagne. Dans la nuit de vendredi 10 à samedi 11 juin, un important incendie a décimé le bidonville, où s’entassaient des habitations de fortune construites avec des bâches et des morceaux de tôle récupérés dans les serres.

Le feu a été maîtrisé au petit matin par les pompiers mais les dégâts sont considérables. Les flammes ont ravagé une centaine d’abris, où vivaient des travailleurs sans-papiers, employés dans les champs de fruits et légumes alentour. Une personne a été transportée à l’hôpital pour des brûlures au bras et cinq autres ont été prises en charge pour des crises d’angoisse.

Des incendies récurrents

"La dignité brûle et nous laisse des cendres", a tweeté samedi matin l’association Asnuci (association des nouveaux citoyens pour l'interculturalité), qui vient en aide aux exilés vivant dans ces baraquements, principalement des Africains subsahariens et des Marocains.

"Qu’est-ce que je vais faire ? Je n’ai nulle part où aller. Je vais encore devoir reconstruire", souffle un Marocain du camp, interrogé par le média espagnol El Salto Diario, et qui a tout perdu. C’est la troisième fois que la cabane de Yousef brûle. En mars et en mai 2021, son logement sommaire avait déjà connu le même sort.

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Les incendies sont fréquents dans ces camps de migrants, notamment en période de canicule comme c’est le cas actuellement en Andalousie. Pour se faire à manger, les habitants utilisent des bouteilles de gaz qui peuvent rapidement enflammer les abris en bois, en carton ou en plastique. Les lieux ont pour la plupart été érigés loin des regards, au milieu des arbres, facilement inflammables.

En près de trois ans, quatre exilés ont été brûlés vifs dans des bidonvilles de la région. Le dernier drame remonte au 22 avril : un sans-papier qui dormait dans sa cabane a péri sous les flammes.

"On vit comme des animaux"

Selon les ONG, la région d’Huelva compte une quarantaine de campements de ce type, répartis dans les villes de Lepa, Palos de la Frontera, Moguer ou Lucena del Puerto, à l’extrême sud-ouest de la péninsule ibérique. On y compte environ 3 000 migrants, qui participent à la cueillette de fruits et légumes de l’Andalousie - principalement des fraises et des tomates - dont le pays est un des premiers producteurs européens.

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Dans ces bidonvilles, les travailleurs sans-papiers n’ont accès ni à l’eau ni à l’électricité. Les soins de santé sont inexistants et l’insalubrité omniprésente. "On vit comme des animaux", avait raconté en 2020 à InfoMigrants Seydou Diop, un Sénégalais de 28 ans qui travaillait depuis quatre ans dans les serres du sud du pays. "Mais tout ceci n’est pas nouveau, ça fait 20 ans que ça dure", assurait-il.

La situation de ces exilés est pourtant bien connue. En juillet 2020, un expert du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, Olivier de Schutter, avait alerté sur les "conditions de vie déplorables des travailleurs migrants saisonniers", et demandé aux autorités espagnoles d’améliorer leur quotidien "avant que les gens ne meurent".

Quelques mois plus tôt, en février, le rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme, Philip Alston, avait déjà fustigé le cadre de vie de ces personnes. Il avait estimé que la situation était "pire que dans un camp de réfugiés".

Construction de deux abris pouvant héberger 200 personnes

En mai dernier, le secrétaire d’État à l’Agenda 2030 Enrique Santiago, s’était rendu dans la région d’Huelva pour tenter de trouver une alternative à ces bidonvilles. Le représentant du gouvernement n’avait pas caché les difficultés à dégager des solutions, tant le nombre d’acteurs à mettre d'accord est important (administrations locales et régionales, entreprises, syndicats et organisations sociales).

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En janvier, le vice-ministre de la Présidence, de l’Administration publique et de l’Intérieur avait annoncé une aide de 600 000 euros pour la construction de deux abris dans les municipalités de Lepe et Lucena del Puerto : une auberge municipale pouvait héberger 152 personnes et un foyer de 60 lits.

Une solution pour 200 migrants certes, mais bien loin des milliers dans le besoin. La vague de chaleur débutée dimanche en Andalousie n’arrange rien à la situation, et laisse craindre d’autres incendies qui pourraient faire de nouvelles victimes.

 

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