Des opposants à l'expulsion de migrants au Rwanda manifestent devant le Home Office à Londres, le 13 juin 2022. Crédit : Reuters
Des opposants à l'expulsion de migrants au Rwanda manifestent devant le Home Office à Londres, le 13 juin 2022. Crédit : Reuters

Le gouvernement britannique se prépare à expulser ce mardi soir vers le Rwanda un groupe de sept migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni. Le vol spécialement affrété pour les exilés concernés doit décoller de Londres et atterrir le lendemain matin à Kigali. Les ONG, vent debout contre le projet, comptent poursuivre le combat devant la justice au mois de juillet.

Sauf annulation de dernière minute, le gouvernement britannique se prépare à expulser mardi 14 juin en fin de journée un groupe de sept migrants vers le Rwanda. Ces hommes arrivés illégalement au Royaume-Uni devraient monter à bord d’un vol affrété spécialement pour eux et qui devrait atterrir à Kigali demain matin.

Le projet est ouvertement critiqué par l'ONU et des associations de défense des droits humains. Mais les ultimes recours déposés en justice pour annuler le vol n’ont pas porté leurs fruits. "L’appel est rejeté", a déclaré le juge Rabinder Singh, lundi soir.

Vingt-quatre tickets ont été annulés mais sept exilés sont toujours concernés par le vol - qui risque donc de décoller quasi vide - de ce mardi soir, a rappelé l’association Care4Calais sur son compte Twitter. Parmi ceux devant partir initialement se trouvaient notamment des Iraniens, des Irakiens, des Albanais et un Syrien, selon elle.

L'organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) estime que Londres "cherche à rejeter entièrement ses responsabilités en matière d'asile sur un autre pays", ce qui va à l'encontre de la Convention de Genève de 1951. Ce projet a également été fustigé par l’ONU, le prince héritier Charles et par l'Église anglicane.

Des manifestations ont eu lieu à Londres et à Manchester, lundi 13 juin, pour protester contre le premier décollage. Les hashtags #StopRwanda, #StopTheFligths fleurissent sur les réseaux sociaux.

Mais malgré toutes ces oppositions, le gouvernement conservateur de Boris Johnson se montre déterminé à faire décoller ces vols pour décourager les traversées illégales de la Manche - qui ne cessent d'augmenter malgré ses promesses répétées d'endiguer l'immigration clandestine depuis le Brexit.

Des migrants qui resteraient... au Rwanda

Londres a signé le 14 avril un accord de 144 millions d’euros avec le Rwanda pour que Kigali accueille sur son sol des migrants de diverses nationalités arrivant du Royaume-Uni. Cet accord avec le Rwanda n’est pas étonnant. Priti Patel, la ministre de l'Intérieur, promettait depuis des années d'externaliser le traitement des demandes d'asile vers des pays tiers.

Concrètement, l’accord ne concerne que des "jeunes hommes" arrivés illégalement sur le sol britannique depuis le 1er janvier 2022. Ces derniers seront envoyés par avion sur le territoire rwandais. Les migrants verraient alors leurs demandes d'asile traitées dans ce pays d'Afrique de l'Est et seraient encouragés à s'y installer. Il ne s'agirait donc plus seulement d'externaliser le traitement mais la demande en elle-même, puisque les migrants resteraient au Rwanda.

>> À (re)lire : "Inhumain", "cruel", "cynique"… L’accord entre le Rwanda et le Royaume-Uni sur l’envoi des demandeurs d’asile à Kigali fait polémique

"Les groupes criminels qui mettent la vie des gens en danger dans la Manche doivent comprendre que leur modèle économique va s'effondrer sous ce gouvernement", a martelé lundi Boris Johnson sur la radio LBC.

Poursuite du combat devant la justice en juillet

Après ce premier vol, les associations n'entendent pas baisser les bras et comptent poursuivre leur contestation en justice. "Nous sommes déçus mais notre recours plus large contre cette politique sera défendu en juillet", a réagi l'association Detention Action à propos de l'examen détaillé de la légalité de la mesure prévue le mois prochain.

Depuis l’annonce de ce vol, les associations britanniques s’alarment de plusieurs tentatives de suicide chez des migrants. Une Iranienne qui a tenté de mettre fin à ses jours a été sauvée in extremis, début juin. Même désespoir chez un Yéménite de 40 ans qui a lui aussi tenté de se suicider. Dans une vidéo adressée au Premier ministre Boris Johnson, il a déclaré "n’avoir pas d’autre choix". Le jeune homme avait appris à son arrivée sur le sol britannique qu’il risquait d’être renvoyé à 7 000 km de là. 

Depuis le début de l'année, plus de 10 000 migrants ont traversé illégalement la Manche pour atteindre les côtes britanniques sur de petites embarcations, une hausse par rapport aux années précédentes, déjà record.


 

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