Latif, un jeune Afghan à la frontière entre la Bosnie et la Croatie. Crédit : Charlotte Boitiaux/InfoMigrants
Latif, un jeune Afghan à la frontière entre la Bosnie et la Croatie. Crédit : Charlotte Boitiaux/InfoMigrants

D'après les derniers chiffres de l'agence européenne chargée de surveiller les frontières, "12 088 migrants irréguliers ont été détectés" pour le seul mois de mai dans les pays des Balkans occidentaux. Dans la zone, les refoulements des autorités sont nombreux et très violents.

Des entrées en forte hausse. "En mai, le nombre de migrants irréguliers détectés depuis les pays des Balkans occidentaux a plus que doublé pour atteindre 12 088", a indiqué Frontex dans un communiqué, lundi 13 juin. Les principaux pays d'origine de ces exilés étaient la Syrie et l'Afghanistan.

Entre janvier et mai 2022, l'agence européenne de surveillance des frontières a enregistré au total 40 675 traversées illégales via cette région, soit près de trois fois le chiffre de la même période l'année précédente. La route des Balkans occidentaux a ainsi représenté près de la moitié du nombre total des 86 420 franchissements illégaux des frontières de l'UE sur janvier-mai. Ces chiffres ne comprennent pas les personnes ayant fui la guerre en Ukraine, a précisé l’agence.

Frontex n'a pas donné de raison à cette augmentation, mais a ajouté que la plupart des migrants se trouvaient dans la région depuis un certain temps avant de chercher à entrer dans l'Union européenne (UE).

Torture morale et physique

De nombreux migrants choisissent d'emprunter la route des Balkans occidentaux pour entrer dans l’UE. Mais les conditions de vie y sont très difficiles, et les exilés subissent régulièrement les "pushbacks" violents des autorités.

Pierre, un ressortissant congolais qui a vécu trois ans en Grèce avant de quitter le pays, a déjà été refoulé à quatre reprises par la police croate. À chaque fois, il est intercepté, les agents lui prennent son argent et son téléphone, et le renvoient côté bosnien. "Sur la route, ceux qui doivent nous protéger [la police, ndlr] nous pillent, nous violentent. La torture n’est pas que physique, elle peut aussi être morale. Tout cela est déprimant", a-t-il confié à InfoMigrants.

Des investigations menées par plusieurs médias et publiées en octobre 2021, confirment l'existence de refoulements illégaux dont sont victimes les migrants aux frontières croates. Sur une des vidéos diffusées sur le site du journal Libération, on peut voir un homme masqué et vêtu d’un uniforme assener de violents coups de matraque à des migrants qui passent en courant à côté de lui. La scène se déroule en pleine forêt croate, à la frontière avec la Bosnie Herzégovine.

>> À (re)lire : En Croatie, "les pushback sont une réalité", d'après une enquête menée par plusieurs médias

D’après les informations recueillies pour l’enquête, ces hommes masqués sont en fait des policiers croates d’élite, membres des forces d’intervention. Un policier qui a longtemps participé à ce genre d’opérations, interrogé sur place, l'admet : "Bien sûr que les 'pushbacks' sont une réalité. Tous les policiers savent qu’ils sont illégaux. Le gouvernement et le ministre de l’Intérieur nous ont dit de faire comme cela", assure-t-il à Libération.

Du "ketchup" sur "les visages ensanglantés"

Ces refoulements violents ont également été documentés par des rapports d’ONG. En juin 2020, Amnesty International relayait le témoignage d’Amir, passé par la frontière croate. Lui et 15 autres demandeurs d’asile originaires du Pakistan et de d’Afghanistan avaient été arrêtés par des policiers croates dans la nuit du 26 au 27 mai 2020, près du lac Plitvice.

"Entre huit et dix individus portant des uniformes noirs et des cagoules identiques à ceux utilisés par les forces spéciales de la police croate ont tiré en l’air et frappé de façon répétée, à coups de pied, de matraque, de tiges métalliques et de crosse de pistolet, les hommes" du groupe. "Ils leur ont ensuite étalé du ketchup, de la mayonnaise et du sucre, qu’ils avaient trouvés dans un sac à dos, sur leurs cheveux et leurs visages ensanglantés, et sur leurs pantalons", raconte l’ONG.

À cause des refoulements violents et réguliers, beaucoup de migrants se retrouvent coincés en Bosnie. Dans le nord du pays, à Bihac, ils sont une centaine à survivre dehors, dans des squats insalubres. Certains d’entre eux avaient confié à InfoMigrants avoir déjà tenté plus de 10 fois de passer la frontière. Assad, un exilé afghan de 25 ans avait raconté avoir été arrêté par les policiers croates et refoulé de l'autre côte de la frontière. Au passage, les agents lui avaient volé son téléphone et son argent. "Ils ont tout pris et je suis revenu ici".

 

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