Le cimetière d'Armo, en Calabre, a dédié un espace pour des migrants morts en mer. Crédit : Ansa
Le cimetière d'Armo, en Calabre, a dédié un espace pour des migrants morts en mer. Crédit : Ansa

Le cimetière d’Armo, petite commune calabraise dans les montagnes du sud de l’Italie, a dédié une zone spéciale à des tombes de migrants morts en mer. L’association Caritas a inauguré vendredi 10 juin cette parcelle de terrain réservé à 45 exilés décédés lors d’un naufrage au large des côtes italiennes en juin 2016.

Ils s’appelaient Mohamed, Maryan, Saida ou encore Mamadou. Ils venaient du Nigéria, de Somalie, d’Érythrée, de Guinée ou du Mali. Leurs corps reposent désormais dans un cimetière d’Armo, un petit village du sud de l’Italie de la municipalité de Reggio de Calabre.

Avec l’aide de l’association Caritas, le lieu, inauguré vendredi 10 juin, a réservé une partie de son espace pour y creuser les tombes de 45 migrants morts en mer.

En juin 2016, une embarcation composée de 45 personnes fait naufrage au large des côtes calabraises. Leurs dépouilles sont rejetées par la mer sur les plages de la région. Un drame qui a marqué les habitants. "La ville se souvient très bien de ce qu’il s’est passé il y a six ans. Une histoire que nous n’oublierons jamais", a déclaré le maire par intérim de Reggio de Calabre Paolo Brunetti, présent lors de la cérémonie de vendredi.

À cette époque, la commune avait mis à disposition un espace pour l’inhumation des corps des victimes. Mais il n’y avait que quelques fleurs pour décorer les monticules de terre : aucun nom n’était renseigné et les cadavres étaient alignés les uns à côté des autres.

Redonner de la dignité

Désormais, des pierres tombales ornent les sépultures, annotées des identités des défunts. Une volonté de redonner une dignité à ces personnes. "Ce lieu doit être un signal fort donné aux institutions nationales et européennes : tout le monde a le droit de partir et nous avons tous le devoir de les accueillir", a insisté le prêtre Marco Pagniello vendredi.

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La branche italienne de Caritas a été particulièrement investie dans le projet "en le soutenant avec ses propres ressources", a ajouté le religieux. L’Église catholique a également participé à son financement grâce à des dons, ainsi qu’à des activistes et bénévoles impliqués dans le sauvetage des migrants en Méditerranée.

La région de Calabre voit régulièrement arriver des embarcations d'exilés, notamment ces derniers mois. L’an dernier, près de 9 700 personnes ont débarqué dans la région, contre quelque 2 500 en 2020. Selon l’agence de presse AP, les arrivées en Calabre ont été multipliées par quatre en 2021 et représentaient 16% des arrivées en Italie par la mer.

D'autres cimetières en Europe et en Afrique

La majorité des canots prennent la mer depuis la Turquie. Les migrants prennent place à bord de voiliers ou de gros bateaux, loin des petites embarcations qu’empruntent ceux qui partent de Libye ou de Tunisie.

Depuis le début de l’année, plus de 21 800 personnes sont arrivées en Italie, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). Et près de 700 sont morts en Méditerranée centrale en tentant de rejoindre l’Europe.

Il existe d'autres cimetières de migrants, notamment en Espagne, en Tunisie où de nombreux corps sont également rejetés sur les plages. Dans l'extrême-nord de la Grèce, un cimetière accueille aussi les dépouilles de centaines de migrants ayant perdu la vie en tentant d'entrer dans le pays depuis la Turquie voisine.


 

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