Des familles devant l'Hôtel de ville de Paris, mardi 14 juin. Crédit : Utopia 56
Des familles devant l'Hôtel de ville de Paris, mardi 14 juin. Crédit : Utopia 56

Une centaine de personnes originaires d’Afrique de l’Ouest, principalement des femmes et des enfants, ont manifesté mardi devant l’Hôtel de ville de Paris pour réclamer un hébergement. Elles dormaient jusque-là dans des campements sauvages au nord de la capitale. Selon Ian Brossat, élu à la Mairie de Paris, l'Etat a refusé d'héberger ces familles dans un centre de la porte de Versailles réservé aux réfugiés ukrainiens, mais quasi-vide.

Elles vivaient depuis plusieurs semaines dans les rues du nord de Paris. Chaque soir, avec l’aide de l’association Utopia 56, une centaine de familles déployaient des tentes sur un bout de trottoir et les rangeaient le lendemain matin. Originaires de Côte d’Ivoire, du Mali ou de Guinée, beaucoup d’entre elles ont été déboutées de leur demande de protection ou attendent la réponse à leur recours déposé auprès de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA).

Les forces de l’ordre ont mis fin mardi 14 juin au petit matin à ce rituel. "Des policiers sont venus sur le campement installé la veille à la frontière entre Bagnolet et Montreuil et ont dit aux personnes présentes de partir. Les familles ont quitté les lieux, laissant les tentes sur place", explique à InfoMigrants Nikolaï Prosner d’Utopia 56.

Ce jour-là, pendant que leurs maris étaient partis travailler, une partie des femmes se sont rendues, de leur propre initiative, sur la place de l’Hôtel de ville, en plein centre de la capitale. Elles ont passé la journée devant les bureaux des élus de la mairie de Paris pour réclamer un logement décent.

La Ville dit avoir passé des heures à chercher des solutions avec l’État. "C’est à (l'Etat) d’assumer ses responsabilités car l’hébergement [des migrants] relève de ses compétences", affirme à InfoMigrants Ian Brossat, adjoint chargé de l’hébergement d’urgence et de la protection des réfugiés à la mairie de Paris. "Mais ayant constaté que l’État a sciemment refusé de les prendre en charge, on s’est substitué à lui", continue l’élu.

Dans la soirée du 14 juin, la mairie a en effet mis à la disposition des exilés un gymnase municipal du 12e arrondissement. Au total, 140 personnes ont été hébergées, parmi lesquelles 62 femmes dont 27 enceintes ainsi que des dizaines de bébés et d’enfants de moins de 10 ans. Certains maris ont pu les rejoindre dans la structure un peu plus tard.

"Un espace pas adapté"

À la mairie de Paris, on ne décolère pas. Avant de trouver une solution, les élus ont demandé aux autorités de loger ces familles africaines dans le centre de la porte de Versailles, géré par l’État et réservé aux déplacés ukrainiens. Le hangar, qui dispose d’environ 600 places, est quasiment vide.

Mais les autorités ont catégoriquement refusé cette alternative. Contacté par l’AFP mercredi, la préfecture d’Ile-de-France a indiqué que l’espace "Escale Versailles" est "un espace de transit à la nuitée" qui "n'est pas adapté à la demande d'hébergement formulée par ces familles présentes devant la mairie de Paris".

Des arguments qui ne convainquent pas Ian Brossat. "C’est complètement absurde, un gymnase n’est pas plus adapté qu’un hall dans un centre d’exposition", lâche l’élu. "Et c’est d’autant plus insupportable que des lieux existent avec des places disponibles. C’est bien de mobiliser des places pour les Ukrainiens mais quand ces structures sont vides, on peut les attribuer à des familles non-ukrainiennes. L’État a clairement pris la décision de laisser ces gens dormir dans la rue". 

 

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