Le mur entre la Slovénie et la Croatie avait été érigé dès 2015. Crédit : Dana Alboz / InfoMigrants
Le mur entre la Slovénie et la Croatie avait été érigé dès 2015. Crédit : Dana Alboz / InfoMigrants

Le Premier ministre slovène a annoncé, mercredi, la destruction de la clôture érigée en 2015 à la frontière avec la Croatie pour empêcher les arrivées de migrants. Le chef du gouvernement explique sa décision par un manque d’efficacité et "pour des raisons humanitaires".

C’est une décision qui va à l’encontre de la tendance actuelle. La Slovénie a décidé de retirer la clôture érigée à sa frontière avec la Croatie. Le Premier ministre libéral Robert Golob l’a annoncé mercredi 15 juin en conférence de presse.

Devant l’afflux de plus d’un demi-million de migrants traversant le petit pays alpin pour rejoindre l’Italie ou l’Autriche, ce membre de l’Union européenne (UE) et de l’espace Schengen avait dressé en 2015 des barbelés sur quelque 200 km, couvrant quasiment un tiers du tracé frontalier avec son voisin croate.

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L’objectif était d’empêcher les exilés d’entrer en Slovénie. Mais selon le chef du gouvernement slovène, "la clôture n’a pas rempli son but déclaré, qui était de décourager ceux qui voudraient franchir la frontière", a-t-il dit devant les journalistes.

"Raisons humanitaires"

Comme promis pendant la récente campagne des législatives, en avril dernier, le mur va donc être démantelé "d’ici à fin juin", "pour des raisons humanitaires et parce qu’il a échoué à atteindre son objectif", a ajouté Robert Golob.

Le nombre d’arrivées illégales a augmenté depuis le début de l’année en Slovénie, a précisé le Premier ministre. En outre, les organisations de défense des droits humaines et la police ont averti que du fait de la présence de la barrière, de nombreux clandestins empruntent désormais des routes plus dangereuses pour pénétrer en Slovénie, au péril de leur vie.

En décembre dernier, une fillette de 10 ans est morte dans la Dragonja, la rivière qui sépare la Croatie de la Slovénie. Elle était sur les épaules de sa mère, qui tentait de gagner l'autre rive, lorsqu'elle a été happée par le courant. Le même mois, le corps d'un Bangladais avait déjà été retrouvé au même endroit.

La frontière entre la Slovénie et la Croatie, longue de 670km, est très surveillée. La police y patrouille régulièrement, appuyée par des drones, des caméras thermiques et des hélicoptères. "Lorsque des migrants tentent de fuir, ils courent dans plusieurs directions et les drones permettent aux policiers de les suivre et de les appréhender plus facilement", avait déclaré le ministère de l’Intérieur slovène en juin 2020.


Une milice d'extrême-droite patrouille le long de la frontière sloveno-croate, dans la forêt. Crédit : Dana Alboz / InfoMigrants
Une milice d'extrême-droite patrouille le long de la frontière sloveno-croate, dans la forêt. Crédit : Dana Alboz / InfoMigrants


En 2019, pendant un temps, des milices en treillis militaires, visages cachés derrière des cagoules noires, patrouillaient également dans la zone frontalière. Dirigée par le leader d’extrême-droite, Andrej Sisko, cette organisation se voulait un "renfort" à l’armée régulière pour "défendre la frontière" et intercepter les migrants.

Une Europe de barbelés

Robert Golob a été investi le 25 mai, un mois après une large victoire électorale de son petit parti libéral baptisé Mouvement de la Liberté (GS). Il avait été plébiscité sur la promesse de restaurer la "normalité" et de "rétablir" la démocratie, après le mandat mouvementé du conservateur Janez Jansa.

Ce dernier, allié du dirigeant hongrois Viktor Orban, avait défendu la mise en place de ces barbelés et d’autres dispositifs destinés à empêcher les migrants d’entrer sur le sol slovène.

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En plus du démantèlement de la clôture, le nouveau Premier ministre a annoncé des mesures pour améliorer les centres d’accueil de demandeurs d’asile, qui sont, selon lui, dans un état "déplorable". Robert Golob a également indiqué qu’il souhaitait accélérer les procédures de traitement des dossiers des migrants originaires d’Ukraine ou contraints dans leur fuite à une éprouvant traversée de la Méditerranée.

Ces annonces dénotent avec les mesures mises en place dans plusieurs pays de l'Union européenne, qui visent à durcir les politiques migratoires. De nombreux États européens ont construit ces dernières années des barbelés à leurs frontières pour tenter de stopper les arrivées de migrants. C'est le cas notamment de la Grèce, la Pologne ou encore en Hongrie. Athènes a d'ailleurs annoncé il y a quelques semaines le prolongement de son mur anti-migrants à sa frontière terrestre avec la Turquie. Au sein de l'UE, il existe une dizaine de structure de ce type.

 

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