Le Louise Michel est un ancien navire des douanes françaises qui procède désormais au sauvetage des migrants en mer Méditerranée. Crédit : Louise Michel
Le Louise Michel est un ancien navire des douanes françaises qui procède désormais au sauvetage des migrants en mer Méditerranée. Crédit : Louise Michel

Le Sea Watch 4, le Sea-Eye 4 et l'Aita Mari : ces navires humanitaires attendent tous les trois que leur soit attribué un port sûr pour pouvoir débarquer les migrants qu'ils ont secourus. À bord, les conditions sont de plus en plus difficiles, surtout pour les exilés nécessitant des soins. Certains présentent de "graves symptômes" à cause de l'inhalation de carburants.

Après à peine trois jours en mer, le Louise Michel arrivait déjà à saturation. Le bateau affrété par le street-artiste Banksy a donc procédé, dimanche 19 juin, au transfert de ses 165 occupants sur le Sea Watch 4, "un navire beaucoup plus grand et mieux équipé pour prendre soin de tant de personnes", a fait savoir l’équipage sur Twitter. Le bateau de l’ONG allemande éponyme a aussi pris en charge, le même jour, les 96 personnes secourues par l’Aslihan. Le navire marchand avait accueilli les exilés à son bord la veille. Les naufragés avaient été repérés en détresse par l’avion de surveillance Seabird.

Le Louise Michel, un ancien navire des douanes françaises long de 31 mètres, avait pourtant demandé assistance à plusieurs reprises aux autorités italiennes et maltaises. En vain.

Les 165 rescapés à son bord ont été secourus ces derniers jours lors de trois opérations de sauvetage distinctes. Samedi 18 juin, 52 personnes ont été sauvées, alors qu’elles dérivaient en mer depuis trois jours. L’alerte avait été donnée par la plateforme Alarm phone. Dans la nuit du 17 au 18 juin, les 96 autres passagers d’une embarcation ont été prises en charge "en toute sécurité".

Vendredi 17 juin enfin, 17 personnes qui avait pris place à bord "d'un bateau qui n'était pas en état de naviguer" ont pu être secourues in extremis par le Louise Michel, juste avant l’intervention des garde-côtes libyens. Ces derniers avaient "probablement été alertés par un drone Frontex, [qui volait] sur place", indique l’équipage.

Repérés par les pleurs des enfants

L’Aita Mari est quant à lui toujours à la recherche d’un port sûr pour déposer ses 112 occupants, secourus lors de quatre opérations. Certains rescapés sont à bord du navire du collectif espagnol Maydayterraneo depuis près de six jours. Le dernier sauvetage remonte au vendredi 17 juin, lorsque 45 migrants - 24 hommes, 3 femmes, dont une enceinte, et 18 mineurs - ont été pris en charge, localisés quelques heures plus tôt par le voilier Nadir de Resqship. Ils avaient quitté la Libye trois jours avant.

Dans la nuit du 15 au 16 juin à minuit, 40 autres personnes avaient été secourues alors qu’elles faisaient route vers l'île italienne de Lampedusa. Les naufragés ont été repérés par les sauveteurs grâce à la lumière de l’écran d’un téléphone portable ainsi que par les pleurs des six enfants âgés de huit mois à quatre ans, qui se trouvaient à bord du canot.

La veille, le 15 juin, l’Aita Mari avait procédé au "sauvetage compliqué d'un canot pneumatique avec 103 personnes, forcées de monter sur un patrouilleur libyen pour être renvoyées dans ce pays". L’équipage avait pu porter secours à 17 d’entre elles, "qui s'étaient jetées à l'eau" par désespoir. Deux personnes ont été emmenées à l’infirmerie, mais leur état de santé est stable.

Elles ont rejoint 17 autres exilés secourus le 13 juin, alors qu’ils naviguaient "dans une embarcation précaire".

Le Sea-Eye 4 attend toujours lui aussi que les autorités italiennes ou maltaises lui attribuent un port sûr. "Certaines personnes à bord ont déjà passé sept nuits en mer, déplore l’équipage. Trop long pour les personnes épuisées, dont beaucoup ont besoin d'un traitement sur terre". Le 18 juin, sept passagers ont d'ailleurs dû être évacués en urgence "en raison de leur état de santé critique". Parmi eux se trouvait un jeune Ivoirien renversé par une voiture en Libye il y a neuf mois et deux femmes enceintes de huit et quatre mois.

Sur le navire, 483 personnes attendent encore de débarquer et de recevoir des soins. "Notre hôpital de bord est actuellement en fonctionnement continu. De nombreux survivants ont des blessures et des brûlures chimiques dues au contact d’un mélange de carburant et d'eau salée sur les bateaux. C'est pourquoi notre matériel de pansement à bord s'épuise", alerte le Sea-Eye 4 qui ajoute que "certains patients présentent des symptômes graves après avoir inhalé des vapeurs de carburant sur les canots".

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Les navires humanitaires qui sillonnent actuellement la Méditerranée centrale arrivent presque tous à saturation. La météo clémente de ces dernières semaines, propices à la navigation, poussent à la mer de nombreux canots chargés d'exilés désireux de gagner l'Europe. En seulement trois jours, le Seabird a repéré dans la zone 14 embarcations de migrants. "Cependant, nombre de ces bateaux ne sont pas détectés et sont ramenés en Libye", précise Sea-Watch, qui affrète l'avion de surveillance. De retour dans le pays, ces personnes sont placées en centre de détention, des endroits où s’appliquent tortures, viols et extorsions.

Si certains parviennent à atteindre les côtes italiennes - actuellement plus de 1 600 personnes occupent le hotspot de Lampedusa d’une capacité de 350 places - beaucoup sombrent dans les eaux méditerranéennes, après plusieurs jours de dérive en mer. Depuis le début de l'année, au moins 715 personnes ont péri en Méditerranée centrale, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM).

La rédaction tient à rappeler que les navires humanitaires (Ocean Viking, Sea Watch, Mare Jonio...) sillonnent une partie très limitée de la mer Méditerranée. La présence de ces ONG est loin d’être une garantie de secours pour les migrants qui veulent tenter la traversée depuis les côtes africaines. Beaucoup d’embarcations passent inaperçues dans l’immensité de la mer. Beaucoup de canots sombrent aussi sans avoir été repérés. La Méditerranée reste aujourd’hui la route maritime la plus meurtrière au monde.

 

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