De nombreux migrants prennent la mer depuis les côtes marocaines pour gagner l'Europe. Ici, le littoral d'Asilah, dans le nord du Maroc. Crédit : FlickrCC
De nombreux migrants prennent la mer depuis les côtes marocaines pour gagner l'Europe. Ici, le littoral d'Asilah, dans le nord du Maroc. Crédit : FlickrCC

En trois jours, la Marine marocaine a porté assistance à 105 migrants en détresse en Mer Méditerranée. Ces personnes, dont 20 femmes et 11 enfants, tentaient de gagner l'Europe à bord d'embarcations de fortune, de kayaks et de jet-skis.

Ces dernières semaines, la météo propice à la navigation poussent de nombreux migrants à prendre la mer. Notamment depuis le littoral marocain. Entre le 17 et le 20 juin, la Marine royale opérant en mer Méditerranée a secouru 105 personnes, principalement originaires d'Afrique subsaharienne. Parmi elles figurent 20 femmes et 11 enfants, retrouvés en détresse dans des embarcations, des kayaks et des jet-skis improvisés, assurent des responsables militaires.

Les rescapés ont reçu les premiers soins nécessaires à bord des navires militaires. Ils ont ensuite été transportés vers les ports marocains les plus proches puis remis à la Gendarmerie royale pour les procédures habituelles, ont-ils précisé.

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Les sauvetages en mer sont réguliers au large des côtes du Maroc. Selon le ministère marocain de l’Intérieur, au cours du premier trimestre de 2022, les autorités ont porté assistance à 97 personnes. L’année dernière, elles ont secouru, au total, 14 236 migrants en route vers l’Espagne, dans l’Atlantique, vers les Canaries, et en Méditerranée, vers le continent européen.

Les informations officielles font également état de 63 121 tentatives d’immigration déjouées dans le pays l’an dernier et de 14 746 pour les trois premiers mois de cette année.

"Interpellations brutales"

Le Maroc souhaite devenir leader sur les questions d'immigration en Afrique et intensifie, depuis quelques années, sa lutte contre l’immigration irrégulière, en mer, mais aussi sur terre. Des passeurs et des trafiquants d’êtres humains sont régulièrement interpellés sur son sol. Le mois dernier, la police judiciaire marocaine a arrêté sept suspects - dont six ressortissants marocains et un ressortissant mauritanien vivant au Maroc - pour leur implication dans un réseau de migration irrégulière.

L'année dernière, la police marocaine a démantelé au total 256 réseaux de trafic de migrants, et 52 au premier trimestre de cette année.

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Cette répression s’applique aussi aux exilés : en 2021, 12 231 migrants en situation irrégulière ont été arrêtés par les autorités. Des arrestations souvent violentes, dénoncées régulièrement par les associations et les migrants eux-mêmes. Salvador, un Camerounais vivant dans le royaume depuis sept ans, craint plus que tout "les interpellations brutales de la police". "Il suffit que vous soyez Noir. Même les étudiants, qui ont un visa, se font constamment contrôlés, avait-il assuré à InfoMigrants. Ce racisme, on est obligé de vivre avec, mais c’est de la torture. On a toujours la peur au ventre. Même quand je marche dans la rue, je ne suis pas tranquille".

Dans le sud du pays, à Laâyoune, connue pour être un lieu de départ vers les Canaries espagnoles, les arrestations de migrants se sont intensifiées ces derniers temps. Depuis la reprise des relations diplomatiques entre Madrid et Rabat, les autorités marocaines multiplient les opérations pour empêcher les traversées de l'Atlantique. Pour cela, elles arrêtent de plus en plus de migrants et les envoient dans le désert.


De nombreux migrants subsahariens prennent la mer depuis Laâyoune, au Sahara occidental, pour rejoindre les îles Canaries, en Espagne. Crédit : Google Maps
De nombreux migrants subsahariens prennent la mer depuis Laâyoune, au Sahara occidental, pour rejoindre les îles Canaries, en Espagne. Crédit : Google Maps


"Laayoune, c’est la misère. On ne vit pas en paix ici, on est continuellement harcelés par les forces de l’ordre, a confié à InfoMigrants Lamine, un autre exilé. Les policiers débarquent violemment et cassent nos portes d’entrée. Parfois, certains nous frappent, les femmes ne sont pas épargnées. Plusieurs proches ont eu la main déboitée lors de ces opérations".

 

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