Une femme devant sa tente dans le camp de Kara Tepe, à Lesbos. Crédit : Marianna Karakoulaki / DW
Une femme devant sa tente dans le camp de Kara Tepe, à Lesbos. Crédit : Marianna Karakoulaki / DW

En février 2021, une Afghane de 27 ans, enceinte à l'époque, a tenté de mettre fin à ses jours en s’immolant par le feu dans sa tente du camp de Kara Tepe, sur l’île grecque de Lesbos. Pour cet acte, elle est accusée d’incendie volontaire avec intention de mettre en danger la vie d’autrui et de destruction de biens publics et risque 10 ans de prison. Le procès, qui devait se tenir mercredi, a été reporté à une date ultérieure.

Une affaire controversée devait être jugée, mercredi 22 juin, par le tribunal de Mytilène, sur l’île grecque de Lesbos. Elle concerne une Afghane de 27 ans accusée d’incendie volontaire avec intention de mettre en danger la vie d’autrui et de destruction de biens publics. La jeune femme encourt 10 ans de prison.

En raison de l’absence des témoins, le procès a été ajourné dès le début de l’audience à une date ultérieure.

Retour sur les faits. En février 2021, M.M enceinte et mère de trois enfants vit depuis un an et demi sous une tente dans le camp de migrants de Kara Tepe (également appelé Mavrovouni), à Lesbos. Elle a obtenu le statut de réfugié mais ne parvient pas à trouver un logement pour s’installer en Grèce. La famille a été sélectionnée pour une réinstallation en Allemagne.

"Elle regrette beaucoup son geste"

Mais étant à un stade avancé de sa grossesse, les médecins refusent qu’elle prenne l’avion. Lorsque l’Afghane apprend qu’elle ne fera finalement pas partie du groupe de personnes transférées vers l’Allemagne, elle sombre dans le désespoir. Le voyage a été plusieurs reporté et M.M ne s’imagine pas accoucher, une nouvelle fois, dans le camp de Lesbos - son plus jeune enfant est aussi né en Grèce.

Désemparée, elle fait sortir ses deux filles de la tente - son mari et son fils ne se trouvaient pas à proximité de l’habitation à ce moment là - prend un briquet et met le feu à un tissu dans son abri de fortune. Elle s’allonge et attend la mort.

"Quand on lui a dit qu’elle ne pouvait pas voyager, sa détresse et sa déception étaient telles qu’elle a tenté de se suicider", avait expliqué à l’époque Nikos Triantafyllos, le juge d’instruction qui a mené l’enquête.

Les résidents du camp se précipitent pour éteindre les flammes avec des bouteilles d’eau. Ils sont épaulés quelques minutes plus tard par des pompiers et des policiers. Selon son avocat l’incendie "était petit et s’est éteint rapidement". M.M est cependant grièvement blessée et transportée à l’hôpital.

"Elle regrette beaucoup son geste. Elle a des brûlures aux mains, aux pieds et à la tête", avait précisé Nikos Triantafyllos.

"Appel au secours"

Pour le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), la tentative de suicide de la mère de famille est "avant tout comme un acte de désespoir" et "un appel au secours".

>> À (re)lire : Automutilations, idées suicidaires… Sur les îles grecques, une dégradation inquiétante de la santé mentale des migrants

Les conditions de vie dans le camp de Kara Tepe ont été maintes fois documentées par les ONG et les médias. Des milliers de migrants vivent toujours dans ce gigantesque bidonville. Le quotidien précaire des exilés, marqué par l’absence de chauffage ou d’eau chaude, associé au stress des procédures administratives, a un fort impact sur leur santé mentale. "Les gens arrivent avec un bagage traumatique et, ici, ils subissent un nouveau traumatisme", assurait l’an dernier à InfoMigrants Laure Joachim, de Médecins sans frontières (MSF).

Mardi 21 juin, la veille du procès, Amnesty international a demandé l’abandon de toutes les charges retenues contre M.M. "Quel est l’intérêt de criminaliser une réfugiée aussi vulnérable et désespérée qui s’est fait du mal à travers cette action ?", s’interroge l’ONG.

Pour l’association HIAS Grèce, qui assure la défense de la jeune Afghane, "la criminalisation d’un acte de désespoir devrait nous préoccuper particulièrement, non seulement en tant qu’avocat mais aussi en tant que citoyen".

M.M a depuis été transférée avec son mari et ses enfants en Allemagne, où elle tente de reconstruire sa vie, une épée de Damoclès au-dessus de sa tête.

 

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