Les sauveteurs en mer espagnols portent régulièrement assistance aux bateaux à moteur à la dérive, partis d'Algérie, en mer Méditerranée. Crédit : Salvamento Maritimo/Twitter
Les sauveteurs en mer espagnols portent régulièrement assistance aux bateaux à moteur à la dérive, partis d'Algérie, en mer Méditerranée. Crédit : Salvamento Maritimo/Twitter

Les autorités espagnoles ont confirmé la mort de trois migrants algériens, qui avaient tenté de rallier l'archipel espagnol des îles Baléares depuis l'Algérie. Partis le 1er juin avec cinq autres personnes, ils avaient dérivé en mer pendant huit jours avant d'être repérés par hasard par des sauveteurs en mer.

La police nationale a confirmé l’information qui circulait sur les réseaux sociaux depuis près de deux semaines. Trois passagers d’une "patera", ces petits bateaux à moteur utilisés par les migrants pour rejoindre l’Europe, sont morts au large de l’île de Formentera, dans l’archipel des Baléares. Les secours espagnols étaient pourtant intervenus le 9 juin, alors que l’embarcation se trouvait en détresse en mer après une panne de moteur.

Ce jour-là, les secours étaient déjà en intervention sur un autre sauvetage lorsque vers 12h30, ils ont aperçu ce bateau sans moteur, sur le point de chavirer. Ils se sont alors dirigés vers lui mais à leur arrivée, une personne gisait déjà dans l'embarcation. Deux autres, décédées pendant le voyage, avaient été jetées à l’eau, d’après les cinq autres passagers.

L’un d’eux a été transporté en ambulance à l'hôpital, "en raison de son mauvais état de santé". Les quatre autres ont été emmenés à leur arrivée à terre "dans des postes de police", précise El Diario de Ibiza.

Sur une vidéo partagée sur Facebook par l’ONG Heroes del Mar, on peut voir une partie des exilés sur le bateau, parti le 1er juin d’Alger. Ses huit passagers étaient "des jeunes du même quartier qui se connaissaient depuis toujours", affirme à InfoMigrants Francisco Jose Clemente Martin, fondateur de l'association basée à Almeria, en Espagne. Les cause des décès, "on ne les connaît pas encore. Les témoignages à ce sujet sont contradictoires".


Les îles Baléares sont l'un des points d'entrée des migrants qui tentent d'atteindre l'Espagne. Crédit : Google Maps/Piktochart
Les îles Baléares sont l'un des points d'entrée des migrants qui tentent d'atteindre l'Espagne. Crédit : Google Maps/Piktochart


Quelques heures plus tôt ce 9 juin, les sauveteurs en mer avaient porté assistance à une autre embarcation située dans la zone, dans laquelle étaient entassées 18 personnes. Après le sauvetage, elles ont été transférées au port d'Ibiza, où elles ont été remises à la police nationale. Le conducteur du bateau, un Algérien de 18 ans, a été arrêté le lendemain. Il a été mis à la disposition du tribunal d'instruction d'Ibiza, et placé en détention.

Les deux bateaux approchés ce jour-là étaient équipés d'un moteur hors-bord et mesuraient entre cinq et six mètres de long. Ni l’un ni l’autre n'avait de matériel de navigation. D’après les agents, chaque exilé a déboursé 1 200 euros pour y avoir une place. 

Débarquement sur une plage bondée de touristes

Même si la majorité des "harragas" ["migrants", en français] privilégient les côtes sud de l’Andalousie, l’archipel des Baléares reste un point d’entrée pour l’Europe emprunté par des centaines de candidats à l’exil chaque année. Le 19 juin au soir, la Garde civile espagnole a porté secours à une nouvelle embarcation en détresse au large de Majorque, d’après Heroes del Mar. Les douze passagers, des hommes algériens, sont tous en bonne santé et ont été transférés au port de Palma.

Un peu plus tôt le même jour, une équipe de sauveteurs en mer a procédé au sauvetage de cinq autres personnes, des ressortissants d’Algérie, à quelques kilomètres de l'île de Cabrera. Tous sont sains et saufs et ont été emmenés au même endroit.

>> À (re)lire : "Mur de la honte" : sur les plages oranaises, du béton pour dissuader les Algériens de prendre la mer

Dix jours plus tôt, le 8 juin, une embarcation avec 27 exilés à bord est arrivée d’elle-même à Formentera. Les exilés ont débarqué sur une plage de la petite ville d’Es Caló, bondée de touristes. Ils se sont ensuite dirigés vers la route principale de l'île, où ils ont été interceptés par la Garde civile et la police locale, a fait savoir la presse espagnole. Ce jour-là, d'après les autorités, 115 migrants sont arrivés aux Baléares, dont 104 Algériens. En 2021, 2 400 migrants au total, répartis sur 164 bateaux, ont atteint l'archipel, soit cinq fois plus qu'en 2019.

Davantage de refoulements ?

Si l’Espagne et l’Algérie ont jusqu’ici toujours coopéré au sujet de l’immigration, la suspension du traité d’amitié décidé par Alger le 8 juin dernier – à cause de la volte-face de l’Espagne à propos du Sahara occidental - augure de lourdes conséquences pour les milliers de migrants qui tentent chaque année cette traversée.

Car dans ce genre de bisbilles diplomatiques, ces derniers deviennent bien souvent, à leur insu, une arme de pression entre États. D’après Brahim Oumansour, chercheur à l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques) spécialiste du monde arabe, "il est désormais possible que les garde-côtes [espagnoles] se permettent davantage de refoulements aux abords du littoral".

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Cette route, même très empruntée - quelque 10 000 Algériens ont atteint les côtes espagnole l'an dernier - reste très dangereuse pour les exilés. Les petits zodiacs dans lesquels ils prennent place ne sont pas adaptés à ce type de traversée. En conséquence, les accidents sont réguliers dans la zone. En mai, 19 personnes sont mortes en quelques jours dans le naufrage de deux bateaux à moteur. Une des deux embarcations faisait route vers les îles Baléares. Des femmes et des enfants, disparus dans les naufrages, n’ont à ce jour toujours pas été retrouvés.

 

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