Le centre d’accueil pour migrants de Medininkai, en Lituanie, proche de la frontière avec la Biélorussie. Crédit : France 24
Le centre d’accueil pour migrants de Medininkai, en Lituanie, proche de la frontière avec la Biélorussie. Crédit : France 24

À l'instar des hommes, des centaines de femmes sont actuellement enfermées dans des centres de détention en Lituanie après avoir traversé la frontière biélorusse. À Medininkai, beaucoup se plaignent du manque d'intimité et redoutent les agressions des gardiens. C'est le cas de Claire, enfermée dans le centre depuis un an. Témoignage.

Claire, d'origine africaine, vit depuis le mois de juillet 2021 dans le camp de Medininkai en Lituanie, à la frontière biélorusse. D’autres structures existent sur le territoire lituanien, comme celles d’Alytus, de Pabrabé, Kyrbatai ou encore de Linkmenys. Toutes sont comparées à des prisons.

Pour les femmes de ces centres de détention, le quotidien - déjà délétère - est compliqué par les craintes d'agressions de la part des gardes lituaniens (et des hommes en général) et le manque d'intimité.

"Les agressions sexuelles ? Je pense qu'elles existent mais ici, les femmes ne parlent pas. Même entre nous, on n'en parle pas. Je pense que c'est parce que nous avons honte de ces choses-là. Personne ne m'a confié avoir été agressé à Medininkai mais je suis sûre que des victimes existent. Seulement, elles se taisent.

En fait, comment vous dire ça ? Ici, tout le monde parle de ça mais personne ne veut se confier.

On remarque des choses. Par exemple, il y a eu il y a quelques semaines une rumeur dans le camp à cause d’un psychologue de Medininkai qui aurait abusé de femmes selon des ONG. Je vois très bien qui est ce psychologue. Je l’ai croisé une fois, mais je ne suis jamais allé le voir. Dans la presse lituanienne, on a lu des choses à son sujet... Les femmes ont peur, parce qu'on ne sait pas exactement ce qu'il s'est passé avec cet homme.


Des femmes du camp de Medininkai, en Lituanie, dénudées et menottées le 2 mars 2022. Crédit : DR
Des femmes du camp de Medininkai, en Lituanie, dénudées et menottées le 2 mars 2022. Crédit : DR


Pour moi, c’est effrayant, déjà que je ne faisais pas confiance aux hommes... En ce qui concerne le domaine médical, je préfère parler à des femmes. Maintenant, il y a une femme médecin, et ça, ça nous rassure.

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À Medininkai, pour éviter les agressions, on est toujours en groupe. Quand on va aux douches ou aux toilettes, on est très souvent à plusieurs. En ce moment, il fait très chaud, la chaleur dans les conteneurs est insupportable, alors on se lave plusieurs fois par jour. Il n'y a jamais de filles seules dans les douches.


Le camp de Medininkai se trouve tout proche de la frontière avec la Biélorussie. Crédit : Google map
Le camp de Medininkai se trouve tout proche de la frontière avec la Biélorussie. Crédit : Google map


C'est important de vous le dire, parce que les gardes rentrent même quand nous sommes en train de nous laver.

"Ils sont entrés et j'étais nue"

Ils ont accès partout. Alors ils ont accès aux douches, évidemment. Ils ne demandent jamais la permission. Ils entrent parfois pour nous compter. Une fois, ils ont ouvert la porte et j'étais nue. Ils se sont excusés et sont sortis. Mais c'était très gênant. Et puis, ça ne sert à rien de s'excuser si c'est pour agir de la même manière le lendemain. Jamais personne ne frappe aux portes !

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Quand nous allons nous laver l'été, il est parfois 5h du matin, ils peuvent venir quand même. On n'a jamais d'intimité, ni le matin, ni le soir.

Dans les chambres, c'est la même chose. Il faut toujours aller vite pour se déshabiller ou s'habiller, parce qu'ils entrent sans frapper. Ça arrive tout le temps. Je ne compte plus les fois où ils m'ont vue en petite tenue ou en train de me changer.

Dans les couloirs et dans la cour de notre secteur [secteur D, réservé aux femmes], il y a des caméras partout aussi. C'est pas simple. Le seul lieu où on ne devrait pas craindre de les voir entrer, ce sont nos chambres et nos douches et ils viennent quand même !"

Outre ces comportements, les femmes - à l'instar des hommes - sont laissés dans un silence administratif assourdissant. Enfermées depuis plusieurs mois, elles ne savent ni si leur procédure d’asile est en cours d’étude, ni si les autorités lituaniennes prévoient de les renvoyer dans leur pays d’origine.

 

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